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Plus de cinquante ans après avoir été arrachées à leurs terres, les familles expropriées du parc national Forillon tentent d'empêcher le transfert de plus de 4000 artéfacts de Québec vers les entrepôts de Parcs Canada à Gatineau, prévu cet automne.
Dans une lettre adressée au député fédéral Alexis Deschênes, le Regroupement des personnes expropriées de Forillon sollicite l'appui de l'élu pour stopper ce déménagement et rapatrier une partie de leur patrimoine en Gaspésie.
C’est une part de notre histoire qui va être encore déménagée plus loin de Gaspé et auquel les familles expropriées et leurs descendances n'ont pas accès, souffle Hermeline Smith.
La présidente du Regroupement avait 18 ans lors de l’expropriation de Forillon. Sa sœur, Lynn-Ann, était âgée de 9 ans. Tout a été brûlé, nos églises, nos écoles, toutes nos maisons, se souvient la cadette.
Au micro de l’émission de radio Première Escale, les deux femmes décrivent leur nouvelle bataille : qu’une partie de cette collection puisse être installée en Gaspésie afin d’être accessible aux familles.
C’est pour continuer notre mission de garder la mémoire de l'expropriation pour les générations futures.
C’est pour nos descendants , appuie Lynn-Ann Smith. Moi, mes enfants, je ne peux pas leur montrer où j'ai été baptisée, l'école de mes sœurs, notre église. Il y a même plus une trace pour dire qu'il y avait notre maison à cet endroit.

La collection historique de Forillon compte environ 12 500 objets, dont 4 100 sont associés à l’expropriation de familles déplacées lors de la création du parc. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Archives
Plus de temps pour mieux choisir
Selon le Regroupement, des milliers d’objets entreposés à Québec seront transférés cet automne dans une nouvelle installation de conservation de Parcs Canada, à Gatineau.
Ce que demande Hermeline Smith, c’est avant tout du temps avant le déménagement.
Elle précise qu'un délai supplémentaire permettrait de sélectionner les objets relatifs aux familles expropriées, de trouver du financement et d’explorer les solutions d’entreposage avec des partenaires, comme le musée de la Gaspésie.
Une piste d’agrandissement du musée de la Gaspésie à cet effet avait d’ailleurs été explorée par l’institution en 2023.
Le député de Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine-Listuguj, Alexis Deschênes, accuse réception de la lettre à son égard. Par écrit, il précise que certaines démarches ont été faites depuis, mais qu’il souhaite rencontrer les personnes du Regroupement avant de commenter.

Le nouveau Centre des collections et conservations de Parcs Canada pourrait rassembler plus de 25 millions d’objets, dont certains proviennent du parc national Forillon. (Photo d’archives)
Photo : Partenariat architectural entre Moriyama & Teshima Architects et la firme d'architectes NFOE
Dans un communiqué récemment publié, Parcs Canada indique qu’une consultation auprès des familles expropriées est envisagée concernant l’utilisation future de certains objets ayant une valeur patrimoniale.
Des entrepôts remplis de souvenirs
Le même communiqué présente une collaboration renouvelée entre le Regroupement des personnes expropriées de Forillon, le Musée de la Gaspésie et Parcs Canada.
Depuis 2023, un groupe de travail examine les objets, leur état, leur valeur patrimoniale. Hormis le déménagement des artéfacts, Hermeline Smith trouve qu’il s’agit d’une très bonne collaboration.

Une partie de la collection historique de Forillon est entreposée dans un hangar à Québec. (Photo d'archives)
Photo : Groupe PVP
Lynn-Ann Smith se souvient d’ailleurs de la première fois qu’elle a visité les entrepôts de Québec, grouillants d’artéfacts de son enfance. C’était très émouvant, ça fait remonter beaucoup de tristesse, de peine, confie-t-elle.
Un poêle en particulier ressemblait à celui de sa cuisine, à Forillon. Lors de l’expropriation, les parents Smith ont eu 18 mois pour quitter le territoire.
La collection, qui compte près de 12 500 objets, illustre la vie quotidienne des communautés présentes sur la péninsule avant la création du parc. Elle comprend des outils, du mobilier et des instruments agricoles ou de pêche, dont environ 35 % proviennent directement des familles expropriées.
Source : Parcs Canada
C'était très difficile de se trouver une maison ou un terrain à un prix abordable ou même à se faire construire. Ils ont dû faire le choix d'aller dans les HLM, raconte l’aînée.
On s'est retrouvé dans des boîtes de carton, complète Lynn-Ann Smith. On a pas joué aux belles balançoires, on se faisait des petits bâtons avec un fil et on allait à la pêche dans le ruisseau en arrière.
Si le souvenir d’une époque où les familles étaient autosuffisantes leur semble lointain, les sœurs ne comptent pas abandonner leur lutte pour ramener à la Côte-de-Gaspé une preuve de leur histoire sur le territoire.
Avec les informations de Renée Dumais-Beaudoin


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