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L’Université des Premières Nations a 50 ans : un triomphe et un rêve inachevé

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En 1976, 9 étudiants franchissaient les portes de ce qu’on appelait alors le Saskatchewan Indian Federated College. L’établissement avait été créé grâce à un partenariat entre l’Université de Regina et la Fédération des Indiens de la Saskatchewan.

Ces neuf étudiants pouvaient sembler n’être qu’un modeste début. Ce n’était pas le cas. Au contraire, ils ont été le point de départ de l’un des plus importants établissements postsecondaires autochtones au Canada.

Aujourd’hui, l’Université des Premières Nations du Canada accueille plus de 2000 étudiants chaque année. Cette croissance est importante. Elle nous montre que ce qui paraissait fragile était en réalité nécessaire. Les étudiants autochtones avaient besoin d’un lieu où l’éducation ne leur demandait pas de laisser à la porte leur langue, leur culture et leur identité. Ils avaient besoin d’un établissement qui considère les savoirs autochtones non pas comme un simple ornement, mais comme un fondement.

L’Université des Premières Nations est le plus ancien établissement postsecondaire autochtone du pays. Elle a contribué à former des générations de diplômés, de dirigeants, d’enseignants, de travailleurs sociaux, d’artistes et de gardiens du savoir. Elle a démontré qu’une éducation autochtone peut être à la fois rigoureuse, moderne et profondément enracinée dans la culture. Pour de nombreux jeunes Autochtones partout au Canada, elle représentait le symbole qu’une autre voie était possible.

Robert Falcon Ouellette est un anthropologue originaire de la nation crie Red Pheasant, en Saskatchewan. Il se spécialise dans les domaines de l'éducation autochtone, de l'éthique militaire et des sciences politiques. Il est titulaire d'un doctorat et de deux maîtrises de l'Université Laval. Il a également servi au sein des Forces armées canadiennes et a été député libéral fédéral de Winnipeg-Centre de 2015 à 2019. Il est aujourd'hui professeur agrégé à la Faculté d'éducation de l'Université d'Ottawa.

Je le sais, parce que j’aurais pu être l’un d’eux.

En grandissant à Calgary, j’entendais parler de l’Université des Premières Nations et je me disais que je pourrais peut-être y aller. Cela ressemblait à un lieu conçu pour des étudiants comme moi. Mais l'établissement était encore petit. Ses programmes étaient limités. Je voulais étudier la musique et les arts. Je voulais une expérience universitaire plus vaste. Le rêve existait, mais l’établissement n’était pas encore assez grand pour accueillir toutes nos aspirations.

L'Université des Premières Nations à Regina, en Saskatchewan, le 2 octobre 2025.

L'Université des Premières Nations à Regina

Photo : Radio-Canada / Cory Herperger

Ce n’est pas une critique de celles et ceux qui l’ont bâtie. C’est un rappel de l’ampleur du combat qu’ils ont dû mener simplement pour créer et maintenir quelque chose qui n’aurait jamais dû être controversé au départ.

Nous devons aussi être honnêtes à propos de ce qui n’a pas bien fonctionné. En 2010, l’Université a failli s’effondrer. Le gouvernement de la Saskatchewan lui a retiré son financement. Des campus ont été fermés. Des membres du personnel ont perdu leur emploi. Les étudiants craignaient que l’établissement disparaisse. Ce fut un moment brutal, qui a entraîné une remise en question de la gouvernance, de la reddition de comptes et du leadership. Pendant un temps, la survie même de l’Université a été mise en doute.

Et pourtant, elle a survécu.

Cela aussi est important. On ne juge pas les établissements seulement à leurs échecs. On les juge aussi à leur capacité d’apprendre, de se réformer et de durer. L’Université des Premières Nations a duré parce que trop de gens connaissaient sa valeur.

Toutefois, 50 ans plus tard, une question demeure, et nous devrions avoir le courage de la poser : pourquoi s’appelle-t-elle l’Université des Premières Nations du Canada, sans être véritablement celle du Canada?

Ses campus demeurent en Saskatchewan. Son impact est national, mais sa structure reste provinciale. Pendant ce temps, des établissements postsecondaires autochtones existent partout au pays, au Québec, en Ontario, au Manitoba, en Saskatchewan, en Alberta et en Colombie-Britannique.

La façade de l'Institut Kiuna.

L'Institut kiuna, au Québec, offre des formations collégiales aux étudiants autochtones.

Photo : Radio-Canada / Marie-Laure Josselin

Pourtant, ils ne fonctionnent pas comme un seul réseau, une seule vision commune, ou un seul établissement national au service des apprenants des Premières Nations. Chacun a bâti quelque chose d’important. Mais pourquoi n’avons-nous pas construit cela ensemble?

Pourquoi n’existe-t-il pas une université autochtone nationale à Ottawa, dans la capitale du pays, où des Autochtones de toutes les régions pourraient se rassembler, étudier, débattre, créer et exercer leur leadership?

C’est peut-être là le rêve inachevé.

J’ai récemment parlé avec Rongo Wetere, l’un des fondateurs d’une université maorie Te Wānanga o Aotearoa, en Aotearoa, ce qu’on appelle aujourd’hui la Nouvelle-Zélande. Leurs débuts, eux aussi, ont été modestes. Mais ils ont travaillé de façon collective et ont construit quelque chose d’assez grand pour attirer non seulement des étudiants autochtones, mais bien d’autres aussi. Ils ont imaginé l’ampleur. Ils ont imaginé une importance nationale. Ils ont imaginé un établissement trop précieux pour être ignoré.

Le Canada, lui, ne l’a pas encore fait.

Alors, en célébrant les 50 ans de l’Université des Premières Nations du Canada, faisons-le avec honnêteté. Rendons hommage au courage de ces neuf premiers étudiants. Reconnaissons les crises, les échecs et la quasi-disparition de l’établissement. Mais exigeons aussi davantage des 50 prochaines années, pour les Premières Nations et pour le pays tout entier.

Kihci-kiskinwahamâtowikamik, un mot si grand qu’il dépasse bien des voix.
Trop vaste pour plusieurs, trop fort pour tenir dans une seule voie.
Mais le rêve, lui, est encore plus grand que ce mot.
Il devrait l’être. Il doit l’être.

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