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International 13/05/2026 17:00 Actualisé le 13/05/2026 17:38
La Commission européenne reconnaît que ces pratiques sont « inacceptables » et « violentes », mais elle se contentera de recommander aux États membres de les interdire.
Par Maxime Dhuin avec AFP
La pratique est « honteuse », mais Bruxelles ne légiférera pas pour y mettre fin. La Commission européenne a affirmé ce mercredi 13 mai qu’elle n’a pas les moyens d’interdire les thérapies dites « de conversion » visant les personnes LGBT+. L’institution assure qu’elle poussera, à défaut, les États européens à le faire. Ces pratiques sont déjà interdites en France depuis plusieurs années.
Ce renoncement est une déception pour les associations de défense des personnes LGBT+, alors qu’il y a près d’un an après la pétition citoyenne contre ces supposées thérapies avait récolté plus d’un million de signatures. L’initiative avait été relayée par de nombreuses personnalités, politiques ou non, qui allaient de la chanteuse Angèle à Gabriel Attal, en passant par Stromae ou Jean-Luc Mélenchon.
Dans un communiqué sur ses réseaux sociaux, l’association ACT (Against Conversion Therapy), qui a porté la pétition, a fait part de sa déception et rappelle qu’« une large majorité des députés européens avait voté en faveur de [sa] proposition » – certains élus s’y étant tout de même opposés ou abstenus, notamment les eurodéputés RN.
C’est une « occasion manquée » et « ce n’est pas à la hauteur de l’urgence », insiste ACT dans son communiqué, que vous pouvez consulter ci-dessous. « Dans un contexte politique international où la montée des idées réactionnaires touche le monde entier, il y a urgence à ce que l’Union européenne agisse », martèle l’association.
Une « pratique honteuse » et une « violence déguisée »
Les thérapies de conversion assimilent l’homosexualité à une maladie, et prétendent à tort pouvoir modifier l’orientation sexuelle ou l’identité de genre d’une personne. Elles peuvent prendre la forme de stages, de séances d’exorcisme, ou encore d’électrochocs. Dès juillet 2020, l’expert indépendant de l’ONU sur l’orientation sexuelle et le genre les qualifiait d’« intrinsèquement discriminatoires, cruelles, inhumaines et dégradantes », jugeant qu’elles peuvent être « assimilées à des actes de torture ».
Ces pratiques n’« ont pas leur place dans notre Union », a souligné Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, devant laquelle flottait un drapeau LGBT+ ce mercredi. « C’est une pratique honteuse, c’est une pratique inacceptable, il ne s’agit pas de soins, c’est une violence déguisée. Personne ne devrait avoir à vivre ça », a appuyé la commissaire européenne Hadja Lahbib, en charge de l’égalité.
Les thérapies de conversion sont, pour l’heure, complètement interdites dans huit pays de l’Union européenne : la France, la Belgique, Chypre, l’Allemagne, Malte, le Portugal, l’Espagne et la Grèce. La pétition de mai 2025, massivement relayée sur les réseaux sociaux, réclamait de l’UE qu’elle les interdise à l’échelle du Vieux Continent.
La gauche française étrille l’« immobilisme » de la Commission
Mais Bruxelles a estimé, à ce stade, ne pas avoir les compétences légales pour bannir ces pratiques « efficacement ». La Commission craignait de se heurter à des blocages juridiques ou d’empiéter sur les prérogatives des États membres. Elle va donc leur renvoyer la balle, en proposant, en 2027, un texte qui recommanderait aux 27 pays de l’UE de bannir ces pratiques – sans toutefois les obliger à le faire.
Cette réponse est « trop timide », dénonce l’eurodéputée lesbienne Mélissa Camara, au vu « des dommages et traumatismes causés par ces pratiques ». Le Parti socialiste français s’est aussi fendu d’une critique sur son compte X, dénonçant un « immobilisme coupable » et « un immense coup porté au droit de chacun·e à aimer et à vivre librement ».
« La honte ! », a dénoncé l’élue insoumise au Parlement européen Manon Aubry, constatant que « l’Europe condamne, mais n’agit pas ». Le candidat insoumis à la présidentielle, Jean-Luc Mélenchon, a aussi dénoncé la décision de la Commission européenne dans un message sur X. « Ces pratiques violentes doivent être bannies dans toute l’Union européenne, a-t-il écrit, il y va de notre respect de l’humanité des autres. »
En face, la commissaire Hadja Lahbib continue de défendre l’initiative de Bruxelles, la qualifiant d’« historique » et soulignant qu’elle a été prise après avoir reçu les témoignages de victimes de ces pratiques, sujettes à des « médications forcées, des violences verbales et physiques, des décharges électriques, des abus sexuels et des viols ». « Je n’oublierai jamais ce que j’ai entendu », a assuré la responsable européenne.


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