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L’Islande a des fermes où un canard sauvage revient nicher chaque été : il faut vider 60 à 80 de ses nids pour obtenir un seul kilo de ce qu’il y laisse

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En vidant 60 à 80 nids, un fermier islandais a littéralement de quoi remplir un seul kilo de duvet. Le chiffre donne le vertige au moment où l’on ressort la couette d’hiver du placard et où l’on se demande ce qu’elle contient. L’eider, ce canard sauvage qui revient nicher chaque été dans les fermes islandaises, ne fournit qu’une fraction infime du duvet produit dans le monde.

Le canard s’appelle l’eider, et son duvet obéit à une arithmétique à part.

À retenir

  • Il faut le duvet de 60 à 80 nids pour obtenir 1 kg.
  • L’Islande fournit environ les trois quarts de la récolte mondiale d’eider.
  • Le duvet d’eider est séché, chauffé à 120 °C puis trié à la main.

Sommaire

  1. 60 à 80 nids pour 1 kg de duvet
  2. De la surveillance au tri à la main
  3. 175 000 tonnes d’un côté, 4 de l’autre

60 à 80 nids pour 1 kg de duvet

Le calcul vient d’abord du producteur islandais Teigarhorn : il faut le duvet de 60 à 80 nids pour obtenir 1 kg. Une dépêche de l’AFP publiée en juillet 2021 retient un chiffre voisin, environ 60 nids par kilo. Un simple calcul (1 000 g divisés par 60 ou par 80) donne de 12 à 17 g de duvet par nid, soit à peu près deux ou trois morceaux de sucre.

À l’échelle du pays, Teigarhorn évalue la production islandaise à environ 3 000 kg de duvet d’eider par an. Multiplié par 60 à 80 nids par kilo, ce chiffre représente de 180 000 à 240 000 nids vidés chaque saison (un ordre de grandeur calculé ici, pas une statistique officielle). La récolte mondiale ne dépasse pas 4 tonnes par an, dont environ les trois quarts viennent d’Islande, selon la dépêche de l’AFP. Près de 400 fermiers islandais, d’après cette même source, s’y emploient chaque été.

Trois tonnes, c’est le poids de deux ou trois petites voitures, mais éparpillé en touffes de quelques grammes. Ces données viennent en partie d’un producteur, qui a intérêt à soigner l’image de son produit, mais la dépêche de l’AFP donne des ordres de grandeur compatibles.

Reste à convertir ces chiffres en couette. La même dépêche évoque des couettes contenant de 600 à 1 600 g de duvet, selon la qualité choisie. Avec 60 à 80 nids par kilo, cela représenterait de 36 à 128 nids vidés pour une seule couette (0,6 kg × 60 d’un côté, 1,6 kg × 80 de l’autre). Si les 3 000 kg islandais se partageaient à parts égales entre près de 400 fermiers, chacun récolterait environ 7,5 kg, de quoi remplir en théorie de 5 à 12 couettes.

De la surveillance au tri à la main

Pas de duvet tant que la femelle est sur le nid.

L’eider est une espèce entièrement protégée en Islande depuis 1847, à une époque où la France vivait encore sous la monarchie de Juillet. Cela fait donc plus de 175 ans que la règle existe. Pendant la nidification, les fermiers surveillent les colonies jour et nuit. Ils ne ramassent le duvet qu’une fois que la femelle l’a laissé et que c’est sans danger pour les oiseaux.

Le mot « ferme » peut tromper : l’oiseau reste sauvage, et c’est lui qui décide de revenir nicher chaque été. Le fermier offre une colonie gardée, dans laquelle le duvet abandonné devient une récolte.

Le calendrier appartient donc aux oiseaux, pas aux producteurs. Le chiffre de 3 000 kg par an n’est d’ailleurs qu’un ordre de grandeur, qui bouge selon la météo de l’année. À 60 à 80 nids par kilo, une centaine de nids en plus ou en moins change le volume final de 1,25 à 1,7 kg.

Une fois récolté, le duvet suit chez Teigarhorn un parcours en plusieurs étapes. Il est d’abord séché, puis chauffé à 120 °C pour être désinfecté. Vient ensuite un nettoyage mécanique, suivi d’un tri réalisé à la main, nid après nid. Le producteur précise que l’ensemble se déroule sans aucun produit chimique.

Ce procédé est celui d’un seul producteur, Teigarhorn. Rien ne permet d’étendre tel quel les 120 °C à toutes les fermes du pays. Pour les autres exploitations, les étapes pourraient différer, et seules leurs propres descriptions permettraient de le savoir.

175 000 tonnes d’un côté, 4 de l’autre

175 000 tonnes : c’est la production mondiale de duvet, tous oiseaux confondus.

Cette estimation, reprise par l’AFP, écrase la récolte d’eider, au plus 4 tonnes par an, soit environ 0,002 % du total. La tour Eiffel pèse un peu plus de 10 000 tonnes, et le duvet mondial en représente donc à peu près 17 fois le poids. Dans cette masse, l’eider pèse si peu que la couette d’hiver sortie du placard contient très probablement un autre duvet.

Côté acheteur, le mot « duvet » recouvre des réalités très éloignées. L’eider tient en 4 tonnes par an, quand tous les duvets réunis atteignent 175 000 tonnes. Un étiquetage précis (espèce d’oiseau, pays, méthode de récolte) permet de savoir ce que l’on achète. Un produit qui annonce de l’eider sans pouvoir citer un producteur ou une région d’origine mérite donc quelques questions avant le passage en caisse.

L’Islande fournit environ les trois quarts de la récolte mondiale d’eider, soit quelque 3 000 kg par an selon Teigarhorn. Une couette garnie d’un kilo de ce duvet suppose 60 à 80 nids, vidés après le départ des femelles.

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