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Porter ses plus beaux vêtements pour la messe du dimanche ou des fêtes : c'est le thème de la nouvelle exposition torontoise « Sunday Best : The Glory of Black Style », qui retrace l'histoire de l'identité noire grâce à la mode, au Musée des beaux-arts de l'Ontario (AGO).
Organisée en cinq sections thématiques : Origins (origines), Church (église), Migration (migration), Liberation (libération) et Call & Response (appel et réponse), l’exposition rassemble 50 vêtements, 70 photographies, 10 peintures ainsi que des œuvres audiovisuelles, des accessoires et des objets issus de collections publiques et privées d’Amérique du Nord, du Royaume-Uni, d’Europe et des Caraïbes.
Cette exposition est la première présentée par un grand musée nord-américain à documenter et à expliquer un concept aussi universel que difficile à définir que celui du Sunday Best. Elle explore les multiples manifestations, en faisant dialoguer le passé et le présent, explique le cocommissaire de l’exposition, Jason Cyrus.
Le concept de Sunday Best

L'exposition regroupe des vêtements, chapeaux et accessoires issus de collections publiques et privées d’Amérique du Nord, du Royaume-Uni, d’Europe et des Caraïbes.
Photo : Musée des beaux-arts de l'Ontario (AGO) / Jamel Shabazz
Né dans le contexte de la traite transatlantique, le Sunday Best désigne les plus beaux vêtements, traditionnellement réservés à l’église ou aux grandes occasions. Pour les personnes réduites en esclavage, le fait de s’habiller avec soin a progressivement pris une signification qui dépasse l’apparence : celle d’affirmer sa dignité, son identité et sa valeur.
Cette tradition s’est également inscrite dans l’histoire des migrations caribéennes. Après la Seconde Guerre mondiale, des milliers de personnes ont quitté les Caraïbes pour rejoindre le Royaume-Uni, tandis que d’autres ont immigré vers le Canada et les États-Unis.
À Toronto, le programme canadien West Indian Domestic Scheme, lancé en 1955, a notamment permis à environ 3000 femmes caribéennes de venir travailler au Canada. Beaucoup se sont établies à Toronto ou à Montréal.
Dans ce contexte migratoire, les vêtements ont aussi pu devenir des marqueurs d’identité et d’appartenance, permettant de préserver des traditions, tout en s’adaptant à une nouvelle société.

Les chapeaux sont aussi au cœur de l'exposition avec une section dédiée.
Photo : Musée des beaux-arts de l'Ontario (AGO) / Evetta Petty
L'une des premières mannequins noires
Linda Violet Carter est mannequin, personnalité médiatique, actrice, productrice et figure incontournable de la mode au Canada.
Dans les années 1960, elle est devenue l’un des premiers mannequins noirs canadiens à accéder au statut de supermodèle, menant une carrière internationale aux côtés de nombreuses grandes maisons de haute couture.
Elle attribue sa passion pour la mode à sa famille et à ses origines barbadiennes et st-christophiennes.
Quand j’ai commencé, surtout lorsqu’on allait côtoyer la communauté noire, il fallait s’assurer d’être à son meilleur.
Les chaussures devaient être cirées, les vêtements bien repassés et les cheveux impeccablement coiffés. Le Sunday Best, c’est le fait de sortir et de se retrouver parmi des gens qui vont vous juger. Alors, il faut être bien habillé, confie-t-elle au Musée des beaux-arts de l'Ontario dans une publication.
Pendant l’exposition, on peut trouver une sélection de la collection de Mme Carter, entre autres des accessoires, des photographies, et sa garde-robe lorsqu'elle était enfant.
S’habiller pour affirmer son identité

Cette tenue rouge, composée d’un haut ajusté et d’une jupe évasée, a été portée par l’actrice Lana Turner et a été dessinée par Geoffrey Holder en 1980.
Photo : Musée des Beaux-Arts de l'Ontario / Geofrrey Holder
Pour Nigel Lezama, professeur de mode à l’Université métropolitaine de Toronto, cette relation entre vêtements et dignité remonte à l’époque de l’esclavage.
En évoquant les travaux de l’historien Steeve O. Buckridge sur les pratiques vestimentaires en Jamaïque, il rappelle comment les femmes réduites en esclavage ont dû trouver des moyens de confectionner leurs propres vêtements, malgré les ressources limitées dont elles disposaient.
En Jamaïque et à Cuba, notamment, elles ont appris, auprès des peuples autochtones à fabriquer un tissu à partir d’écorce, qu’elles ont ensuite utilisé pour confectionner leurs vêtements.
Des robes du début du XIXe siècle témoignent, selon lui, d’un souci d’élégance qui rivalisait avec celui de la culture européenne dominante.
La section Migration explore les déplacements des populations africaines et de la diaspora vers différents territoires d’Amérique du Nord et du Royaume-Uni, notamment le Canada et les États-Unis. Elle montre non seulement comment ces populations se sont présentées dans ces nouveaux espaces, mais aussi comment leur style vestimentaire a évolué et influencé les cultures locales à partir des années 1910. explique Julie Crooks, commissaire d’exposition.
L’exposition Sunday Best : The Glory of Black Style est disponible jusqu'au 28 février 2027 à l'AGO.


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