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L’histoire tumultueuse de la collaboration nucléaire entre le Canada et l’Inde

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Il y a environ 10 ans, l’entreprise saskatchewanaise Cameco expédiait une importante cargaison de concentré d’uranium en Inde. Cet événement a marqué la reprise de la collaboration nucléaire entre Ottawa et New Delhi, près de 50 ans après un froid diplomatique survenu parce que l’Inde avait construit et testé une ogive nucléaire, en 1974, en utilisant notamment de la technologie canadienne.

La relation diplomatique entre le Canada et l’Inde a connu son lot de défis au cours des dernières années. Sous le gouvernement fédéral de Mark Carney, cette collaboration reprend de plus belle alors que les deux pays envisagent un nouveau traité commercial.

L’énergie et le nucléaire seraient certainement au centre de ce traité en raison d’un besoin grandissant de l’Inde dans ce domaine. Selon un article paru le 24 novembre 2025 dans le Globe and Mail, Cameco et l’Inde seraient également sur le point de conclure un accord d’approvisionnement en uranium d’une valeur de 2,8 milliards de dollars sur 10 ans.

Questionnée par Radio-Canada à ce sujet, la société minière n’a pas confirmé l’information.

Cela reste toutefois crédible, selon l’experte des relations entre les deux pays à la Fondation Asie Pacifique du Canada Vina Nadjibulla, en raison des nombreuses rencontres récentes entre leurs représentants.

Le premier ministre Mark Carney saluant son homologue indien Narendra Modi à Kananaskis, en Alberta, le 17 juin 2025.

Le premier ministre Mark Carney et son homologue indien, Narendra Modi, prêchent tous deux pour une amélioration des relations entre les deux nations. (Photo d'archives)

Photo : Getty Images / AFP/GEOFF ROBINS

Pourquoi le Canada a-t-il cessé la collaboration nucléaire avec l’Inde?

Le Canada a joué un rôle clé dans la nucléarisation de l’Inde à travers les années. Ottawa a fourni au pays sud-asiatique son premier réacteur nucléaire à eau lourde dans les années 1950, exclusivement à des fins pacifiques.

Malgré une entente bilatérale sur l’utilisation de la technologie canadienne, l’Inde a utilisé ce réacteur pour produire du plutonium de qualité militaire et construire une première ogive nucléaire qui a été testée lors d'une explosion en 1974.

Champignon nucléaire, après l'explosion d'une bombe en Inde en 1974.

L'Inde a réalisé sa première explosion atomique le 18 mai 1974 dans le désert du Rajasthan. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada

Dans la foulée, le gouvernement canadien de Pierre Elliott Trudeau a dénoncé cette militarisation de l’énergie nucléaire et mis sur pause toute collaboration dans ce domaine. En 1998, le Canada a frappé le pays de sanctions économiques en raison de la violation par l'Inde du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires.

Le Canada [comme d’autres pays] ne pouvait plus du tout continuer de collaborer avec l’Inde sur ce plan, explique Vina Nadjibulla, qui a travaillé au siège des Nations unies et s’est intéressée à cette relation.

En 2008, le président américain George W. Bush a formalisé l’Accord nucléaire civil entre les États-Unis et l’Inde. Cet accord visait la collaboration nucléaire entre les deux pays, malgré la construction d’un arsenal militaire nucléaire par le pays sud-asiatique et la non-signature par ce dernier du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires.

Le Canada de Stephen Harper, encouragé par son voisin du Sud, a suivi le mouvement et signé en 2010 l’Accord de coopération nucléaire Canada-Inde, qui a mené à une entente d’approvisionnement d’uranium saskatchewanais. Cet uranium d’une valeur de 350 millions de dollars devait être fourni par Cameco de 2015 à 2020.

Un bateau rempli de cargaison.

Le 3 décembre 2015, ce bateau transportait la première cargaison du contrat de cinq ans visant à approvisionner l'Inde avec plus de 7 millions de livres de concentré d'uranium. (Photo d'archives)

Photo : Gouvernement de la Saskatchewan

Depuis 2020, la COVID-19 et les tensions diplomatiques entre les deux pays ont empêché la continuation de cette entente, mais maintenant qu’on en est sortis, c’est inévitable, estime Vina Nadjibulla.

Le président de l’Association nucléaire canadienne, George Christidis, est clair. Le Canada veut reprendre sa collaboration économique avec l’Inde, notamment en passant par le nucléaire, dit-il.

Pourquoi le Canada a-t-il besoin du marché indien?

Avec 15 % de la production mondiale, le Canada est un acteur très important de la production d’uranium. L’industrie de l’extraction et de la concentration de l’uranium, largement située en Saskatchewan, a un chiffre d’affaires annuel de 800 millions de dollars, et le pays exporte plus de 80 % de sa production, selon les données du gouvernement canadien.

Le Canada ne consomme que 15 % de l’énergie nucléaire qu’il produit.

Si le pays produit beaucoup, il consomme peu et dépend fortement de ses exportations. L’Inde a des besoins majeurs en énergie en raison de sa population et entame un virage important vers les énergies vertes, estime l’experte Vina Nadjibulla, en rappelant que l’Inde compte la population la plus importante du monde, soit plus de 1,45 milliard d’habitants.

L’occasion pour le Canada est unique en raison d’une volonté globale de diversifier sa production d’énergie, notamment avec le nucléaire.

Selon George Christidis, l’Inde a particulièrement besoin de l’uranium canadien pour approvisionner ses 24 réacteurs nucléaires et les 6 autres en construction.

Si les deux pays en venaient à signer l’entente rapportée par le Globe and Mail, qui serait d’une valeur de 2,8 milliards de dollars sur 10 ans, ce serait un avancement important des deux côtés.

Cette entente offrirait au Canada une stabilité économique importante, ce serait historique. En comparaison avec l’entente précédente de 2015, il s'agit de deux fois plus de temps et d’un montant 10 fois supérieur, estime Vina Nadjibulla.

Le gouvernement canadien n'a pas confirmé les informations du Globe and Mail. Malgré tout, Ottawa favorise la poursuite du dialogue pour renforcer le commerce bilatéral dans sa chaîne d’approvisionnement nucléaire afin de s’imposer comme superpuissance nucléaire.

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