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Le soutien du gouvernement Carney à l’expansion de l’industrie pétrolière en Alberta devrait faire grimper les émissions de gaz à effet de serre (GES) liées aux sables bitumineux à plus de 1,7 milliard de tonnes chaque année, soit plus de 20 fois les émissions du Québec. Cette pollution alimentera la crise climatique, qui coûte déjà des milliards de dollars chaque année au Canada, dénoncent les groupes environnementaux.
En annonçant jeudi la construction d’un nouveau pipeline, le premier ministre Mark Carney a soutenu que cette infrastructure d’exportation d’énergie fossile est un projet de « développement durable » qui servira à « bâtir un avenir propre ».
Sur le plan des GES, ce pipeline et les projets d’expansion de la production pétrolière réitérés jeudi par la première ministre albertaine Danielle Smith laissent toutefois entrevoir une croissance des émissions qui aggravent les dérèglements du climat et menacent de rendre le monde « méconnaissable », selon le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC).
À lui seul, le nouveau pipeline transportant un million de barils de pétrole des sables bitumineux chaque jour devrait contribuer à la production de 219 millions de tonnes de GES chaque année, en incluant l’utilisation de cette ressource. Si on ajoute à cela les émissions liées à l’expansion du réseau Trans Mountain, le total dépasse les 400 millions de tonnes par année.
Huit millions de barils
Or, l’Alberta ne veut pas s’arrêter là. Danielle Smith a souligné jeudi, aux côtés de Mark Carney, sa volonté de voir la production des sables bitumineux grimper à huit millions de barils par jour d’ici 2035. En incluant l’utilisation du pétrole, une telle quantité de barils représenterait des émissions de GES de près de cinq millions de tonnes par jour, soit plus de 1,7 milliard de tonnes chaque année, calcule le titulaire de la Chaire de gestion du secteur de l’énergie de HEC Montréal, Pierre-Olivier Pineau. Cela équivaut à près de 22 fois les émissions du Québec pour l’année 2023.
Les scientifiques répètent depuis plusieurs années que la sortie des énergies fossiles est essentielle pour atteindre la « carboneutralité » et ainsi espérer éviter le naufrage du climat de la planète. Est-ce possible avec l’ajout de pipelines et l’expansion de l’industrie pétrolière ?
« Il est évident qu’il est très difficile d’imaginer un monde où la production de pétrole au Canada serait en croissance et où on atteindrait la carboneutralité. Il faudrait que les autres producteurs diminuent drastiquement leur production alors que la nôtre augmente. Cela n’aurait aucun sens économique parce que le pétrole canadien coûte plus cher à produire que le pétrole conventionnel que l’on trouve encore en abondance au Moyen-Orient », explique Pierre-Olivier Pineau.
Danielle Smith répète pour sa part que le marché pétrolier est « en pleine croissance », en citant l’Organisation des pays exportateurs de pétrole. Cela justifierait d’augmenter la production et de construire de nouveaux pipelines, comme ceux financés par le gouvernement fédéral, à défaut de promoteurs privés intéressés.
Facture climatique
Le gouvernement fédéral fait toutefois fausse route sur le plan financier et climatique, fait valoir M. Pineau. « L’annonce de Carney sur le nouveau pipeline est cependant déplorable à cause du financement public qui l’accompagne et de l’abandon de mesures qui auraient pu être efficaces pour réduire la consommation de pétrole au Canada, comme la taxe carbone. »
« Le gouvernement fédéral ouvre la voie à des producteurs qui bénéficient déjà de multiples subventions du gouvernement, alors même que la société s'appauvrit en surconsommant des produits pétroliers de manière largement frivole. Contrairement à M. Poilievre, qui a le mérite de ne jamais avoir voulu lutter contre les changements climatiques, le gouvernement Carney ajoute une couche d’hypocrisie dans son attitude », ajoute-t-il.
Le responsable de la campagne Climat et Énergie chez Greenpeace Canada, Louis Couillard, estime que l’ancien envoyé spécial des Nations unies pour le financement de l’action climatique a décidé de faire fi des coûts de la crise pour les Canadiens. « Ce sont les contribuables qui subiront et paieront pour les inondations, les feux de forêt et les canicules qu’elle provoque. Ce soir, dans les bureaux des pétrolières à Calgary, on sable le champagne. La facture, elle, est refilée aux générations futures. »
Selon l’Institut climatique du Canada, les pertes en PIB liées aux « dommages climatiques » devraient atteindre 25 milliards de dollars annuellement au cours des prochaines années.


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