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Née le 15 juillet 1943 à Lurgan, en Irlande du Nord, Jocelyn Bell a grandi dans une ville industrielle où l'accès aux études scientifiques pour les filles relevait de l'exception. En 1965, après avoir obtenu une licence de physique à l'Université de Glasgow, elle intègre Cambridge pour préparer une thèse en radioastronomie.
Une série de signaux trop nets et trop réguliers
Dans le cadre de ses études, elle participe à la conception et à la construction de l'Interplanetary Scintillation Array, un radiotélescope destiné à traquer les quasars, ces noyaux de galaxies lointaines très lumineuses dont la nature était encore mystérieuse. Une fois l'instrument opérationnel, son travail quotidien consiste à examiner avec minutie des milliers d'ondes radio imprimées sur papier pour identifier d'éventuelles anomalies.
En août 1967, elle repère une série de signaux trop nets et trop réguliers, différents de la signature des quasars, qui se répètent toutes les 1,33730 seconde, et qui proviennent d'une petite région du ciel, située à environ 2 000 années-lumière de la Terre dans la constellation boréale du Petit Renard. Intriguée, elle note cette anomalie, en détaille les caractéristiques, reprend les observations pour les vérifier à nouveau. Jocelyn Bell venait de découvrir l'existence des pulsars, des étoiles à neutrons en rotation rapide, vestiges d'étoiles massives ayant explosé en supernova, qui émettent des faisceaux d'ondes radio balayant l'espace comme un phare.
Peu de temps après, pour qualifier ce signal périodique extrêmement stable, son directeur de thèse, le radioastronome Antony Hewish, lui donne le nom « Little Green Men », suggérant ainsi qu'une civilisation extraterrestre est à l'origine de ces pulsations. Pourtant, le 28 novembre, un enregistrement plus fin met en lumière trois autres sources identiques dans trois régions du ciel, ce qui confirme le caractère naturel de ce phénomène.
Jocelyn Bell, découvreuse des pulsars, n'a pas reçu le prix Nobel qu'elle méritait. © New York Times Opinion, YouTubeLa naissance d'une controverse
La communauté scientifique mesure vite la portée de cette découverte, qui permet de tester la théorie de la relativité générale et de mesurer avec une précision inédite le temps cosmique.
Sept ans plus tard, en 1974, le prix Nobel de physique est attribué à Antony Hewish pour le rôle qu'il a joué dans la découverte des pulsars, sans que Jocelyn Bell ne soit citée une seule fois, ni même invitée à la cérémonie.
Le malaise est immense. Lors de conférences et d'interviews, Fred Hoyle, astronome très influent à l'époque, clame que cette exclusion est injuste et infondée, et que Jocelyn Bell aurait dû être récompensée. L'astrophysicien et cosmologiste Thomas Gold estime quant à lui qu'en ayant identifié le signal et en ayant insisté sur son importance, elle était bel et bien à l'origine de la découverte.
Cette injustice illustre l'effet Matilda, la tendance, aujourd'hui largement documentée, à minimiser ou à nier la contribution des femmes aux progrès de la science. Depuis, l'erreur commise par le comité Nobel a été rectifiée.
En 2018, Jocelyn Bell a reçu le Special Breakthrough Prize in Fundamental Physics, assorti d'une récompense de 2,3 millions de livres, pour la découverte des pulsars.


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