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Nous publions ici le rapport présenté par Tom Hall au neuvième congrès du Socialist Equality Party (Parti de l’égalité socialiste, États-Unis), qui s’est tenu du 2 au 7 août 2026. Ce rapport introduisait la quatrième résolution, intitulée « Sur la lutte des classes internationale et la construction de l’IWA-RFC », laquelle a été adoptée à l’unanimité.
Camarades, ce rapport a pour objectif d’exposer les motifs de la résolution soumise à cette assemblée et d’en dégager les tâches politiques qui en découlent.
Depuis le huitième congrès, la lutte des classes s’est considérablement intensifiée sur tous les continents. Dans le cadre de ce mouvement plus vaste, une rébellion contre les bureaucraties syndicales s’est développée, tandis que le Comité international de la Quatrième Internationale (CIQI) et l’Alliance ouvrière internationale des comités de base (IWA-RFC) jouent un rôle de plus en plus décisif pour lui donner une direction consciente.
La prochaine étape exige l’élargissement des comités de base et, surtout, le recrutement de travailleurs au sein du parti qui, comme l’a démontré la campagne de Will Lehman à la présidence du syndicat United Auto Workers (UAW), introduiront une conscience socialiste dans la lutte de classe. Par cette intervention, le parti doit établir sa direction politique au sein de la classe ouvrière.
La résolution commence par une évaluation de la crise objective qui sous-tend cette évolution. Au troisième paragraphe, elle affirme :
Le présent congrès confirme l’analyse présentée dans le rapport d’ouverture du Rassemblement international du 1er mai 2026, selon laquelle « Les premiers mois de 2026 marquent le moment où la résistance de la classe ouvrière s'affirme comme une force mondiale qui riposte à l'offensive de l'oligarchie à une échelle mettant directement les questions fondamentales de l'époque – guerre ou paix, dictature ou démocratie, socialisme ou barbarie – à l'ordre du jour historique. »
La résolution fournit certaines indications de ce processus en évoquant la multiplication des grèves en Europe et aux États-Unis. J’ajouterai quelques données complémentaires. Le projet Armed Conflict Location and Event Data (ACLED) a recensé plus de 148 000 manifestations distinctes dans 197 pays et territoires au cours de l’année 2025. Le nombre de manifestations a augmenté à l’échelle mondiale pour une troisième année consécutive.
Dans son rapport de 2026 sur la violence politique et les troubles civils, Allianz Commercial a classé les troubles civils au deuxième rang des risques de violence politique auxquels sont confrontées les entreprises. L’organisation a recensé environ 250 grèves majeures, émeutes et épisodes de troubles civils au cours des cinq années précédentes et a conclu que les pressions économiques, notamment le coût de la vie, alimentent les manifestations et les grèves partout dans le monde.
Verisk Maplecroft a indiqué que son indice mondial des troubles civils avait atteint son niveau le plus élevé en six ans au cours du deuxième trimestre de 2026. L’organisation a désigné la hausse des coûts de l’énergie, les inégalités, la pauvreté et l’austérité comme les principaux facteurs à l’origine de cette situation.
Ces chiffres sont indissociables de l’intensification du conflit entre les travailleurs et l’appareil syndical, qui se manifeste par le nombre croissant de conventions collectives rejetées. Dans le cadre d’un examen prudent des résultats rendus publics des votes sur les conventions collectives aux États-Unis et au Canada au cours des cinq dernières années, j’ai recensé au moins 103 accords négociés par les syndicats qui ont été rejetés par les travailleurs. Le secteur des pièces automobiles comptait 17 rejets, celui du transport ferroviaire neuf, ceux de la transformation alimentaire et de la santé huit chacun, et celui du transport aérien sept. Depuis le début de cette année, 16 accords ont déjà été rejetés, ce qui nous place en voie de dépasser le record de 24 rejets atteint en 2021.
La croissance mondiale de l’IWA-RFC et ses fondements objectifs
La croissance de l’IWA-RFC depuis sa fondation en 2021 – et, par son intermédiaire, celle de l’autorité du parti auprès des couches les plus avancées de la classe ouvrière – constitue la forme concentrée par laquelle ce mouvement objectif grandissant se traduit en une nouvelle stratégie internationale et anticapitaliste, ainsi qu’en de nouvelles formes d’organisation nécessaires à sa mise en œuvre.
Depuis les luttes menées chez Volvo Trucks et Dana en 2021, en passant par la première campagne de Will Lehman à la présidence de l’UAW en 2022, la lutte des cheminots et le combat contre les limites bureaucratiques imposées à la grève de l’automobile de 2023, les comités se sont développés grâce à une intervention continue dans les luttes cruciales de la classe ouvrière. Le travail mené cette année chez Dakkota et Nexteer s’est appuyé sur les fondements établis au cours de ces expériences antérieures.
Ce travail s’est également développé à l’échelle internationale, par l’intermédiaire du Comité d’action de Volkswagen en Allemagne, des comités de travailleurs des postes en Grande-Bretagne, au Canada et en Australie, du Comité de base de National Steel Car au Canada et du Comité pour l’éducation publique en Australie. Les événements organisés par ces comités permettent aux travailleurs de plusieurs pays de discuter de leurs expériences et stratégies communes.
Tout porte à croire que ce travail s’accélérera fortement sous la pression de l’élargissement de la guerre, des préparatifs en vue de la dictature et de l’instabilité de l’économie mondiale. Des explosions sociales majeures peuvent rapidement entraîner des couches beaucoup plus larges de travailleurs dans un conflit direct avec les entreprises, l’État et l’appareil syndical.
Quels sont les facteurs objectifs qui alimentent l’intensification de la lutte de classe, dont l’IWA-RFC constitue l’expression la plus avancée ?
Premièrement, le chômage de masse est de plus en plus utilisé comme une arme contre la classe ouvrière. Aux États-Unis, le taux de chômage s’établit à 4,2 pour cent, tandis que le nombre de chômeurs de longue durée a atteint 1,9 million. Six millions de personnes supplémentaires ne sont pas comptabilisées comme étant au chômage, mais déclarent vouloir un emploi, tandis que 4,7 millions travaillent à temps partiel parce qu’elles ne parviennent pas à obtenir un emploi à temps plein.
Derrière ces chiffres, les entreprises procèdent à une restructuration en profondeur de la main-d’œuvre. Les employeurs ont annoncé plus de 1,2 million de suppressions d’emplois en 2025, soit le nombre le plus élevé depuis la première année de la pandémie, tandis que les embauches annoncées sont tombées à leur niveau le plus bas depuis 2010.
L’Organisation internationale du travail (OIT) prévoit un taux de chômage mondial de 4,9 pour cent en 2026, ce qui représente 186 millions de personnes. Toutefois, son indicateur plus large de la sous-utilisation de la main-d’œuvre – le « déficit d’emplois » – s’élève à 408 millions de personnes, soit cinq millions de plus qu’en 2025.
L’OIT indique également que la croissance mondiale des salaires et des revenus du travail n’a pas suivi celle de la productivité et n’a pas permis de récupérer les pertes de revenu réel provoquées par la flambée inflationniste. La part du travail dans le revenu mondial demeure inférieure à son niveau de 2019.
Aux États-Unis, les prix à la consommation ont augmenté de près de 30 pour cent depuis le début de 2020. Au cours de la dernière année, les gains horaires réels n’ont augmenté que de 0,1 pour cent, tandis que les salaires réels des travailleurs de la production et des travailleurs non-cadres ont diminué. Les plus récentes données officielles montrent que près de 48 millions de personnes – dont des millions d’enfants – vivent dans des ménages en situation d’insécurité alimentaire.
L’intelligence artificielle (IA) est intégrée à un programme de guerre contre la classe ouvrière. Un rapport ultérieur examinera cette question plus en profondeur, mais les investisseurs qui financent son déploiement parlent déjà de concrétiser la « proposition de valeur liée au remplacement du travail humain » et de financer directement les budgets consacrés à l’IA avec l’argent auparavant affecté à la main-d’œuvre et à l’embauche.
L’accumulation de richesse à l’autre pôle de la société n’est pas moins extraordinaire.
La richesse des ménages américains a atteint environ 174 000 milliards de dollars au cours du premier trimestre de cette année. Le 1 pour cent le plus riche en possédait 55 000 milliards – près du tiers du total – tandis que la moitié la plus pauvre n’en détenait que 4300 milliards, soit 2,5 pour cent. Ce processus trouve une expression grotesque en la personne d’Elon Musk, qui est brièvement devenu le premier individu dont la fortune estimée dépassait les 1000 milliards de dollars.
Les cours des actions massivement gonflés qui sous-tendent ces fortunes constituent des droits sur une valeur qui doit être produite par la classe ouvrière. L’exigence de rendements réels entraîne les licenciements, l’accélération des cadences, la compression des salaires, l’allongement des heures de travail, l’utilisation de la technologie pour supprimer des emplois et la destruction des protections sociales. Les valorisations spéculatives doivent être validées par l’extraction de quantités toujours plus grandes de plus-value.
Cet impératif ne s’exerce pas seulement au sein des entreprises prises individuellement, mais aussi à travers une lutte de plus en plus intense entre les États capitalistes pour les marchés, les matières premières, les technologies de pointe, les voies de transport et le contrôle des chaînes d’approvisionnement mondiales.
La situation est la même que celle décrite par Trotsky dans son essai de 1934, « Nationalisme et vie économique ». Trotsky avait répondu de manière concise aux arguments de ceux qui prétendent aujourd’hui que la crise actuelle pourrait être évitée par le rétablissement d’économies nationales hermétiquement fermées ou par l’imposition de limites au déploiement de l’IA et d’autres technologies nouvelles :
La tâche progressiste consistant à adapter le domaine des relations économiques et sociales à la nouvelle technologie est renversée et présentée comme un problème consistant à restreindre et à réduire les forces productives afin de les faire entrer dans le vieux cadre national et dans les anciennes relations sociales. […]
Trotsky concluait :
Le fait est que les foyers du nationalisme sont aussi les laboratoires de terribles conflits futurs ; tel un tigre affamé, l’impérialisme s’est retiré dans son propre repaire national afin de rassembler ses forces en vue d’un nouveau bond.
Les coûts de ce démembrement de l’économie mondiale seront imposés à la classe ouvrière. L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) estime que la relocalisation des chaînes d’approvisionnement pourrait réduire le commerce mondial de plus de 18 pour cent et le PIB réel de plus de 5 pour cent. Les travailleurs en paieraient le prix sous la forme d’une hausse des prix, de pénuries et de bouleversements économiques, ainsi que par l’intensification de l’exploitation nécessaire pour rendre la production relocalisée à l’échelle nationale concurrentielle et rentable.
Ces processus soulignent la dimension internationale de la lutte des classes. Les forces productives ont depuis longtemps dépassé le cadre de l’État national. Toute tentative de rétablir l’économie nationale prétendument sûre d’une époque antérieure nécessiterait la destruction des capacités productives et une réduction colossale du niveau de vie. La classe ouvrière doit prendre le contrôle du système de production mondialement intégré et le réorganiser de manière rationnelle et scientifique afin de répondre aux besoins de l’humanité.
Une stratégie internationale visant à orienter la lutte de classe est donc indissociablement liée à la lutte contre la guerre. La même classe dirigeante consacre simultanément des ressources sans précédent à la guerre et à l’édification d’un appareil national de répression.
Les dépenses militaires mondiales ont atteint le chiffre record de 2887 milliards de dollars l’année dernière, enregistrant ainsi une onzième hausse annuelle consécutive. Les dépenses militaires américaines dépassent maintenant les 1000 milliards de dollars et l’administration cherche à obtenir 1500 milliards de dollars pour le prochain exercice financier. Selon le site Internet Iran War Cost Tracker, le coût actuel de l’assaut contre l’Iran a atteint 113,3 milliards de dollars.
Une étude du Fonds monétaire international publiée en avril 2026 a conclu que les fortes augmentations des dépenses militaires sont généralement financées à hauteur d’environ deux tiers par un accroissement des déficits. Lorsque les dépenses sont réaffectées, les dépenses primaires non militaires diminuent de plus de 20 pour cent en termes réels. En période de renforcement militaire lié à la guerre, la dette publique augmente et les dépenses sociales réelles diminuent, quelle que soit la manière dont ce renforcement est financé.
L’Europe se réarme rapidement, l’Allemagne étant à l’avant-garde. Plus de 50 000 emplois du secteur automobile y ont été supprimés en 2025, tandis que le gouvernement préparait un programme d’austérité s’attaquant aux retraites, aux soins de santé, à la protection contre le chômage et aux conditions de travail afin de financer des dépenses militaires qui devraient atteindre 184 milliards d’euros par année. Partout en Europe, la riposte de la classe ouvrière à l’austérité prend de l’ampleur : l’Italie a connu plusieurs grèves générales nationales ; des grèves générales régionales ont éclaté en Andalousie et au Pays basque, en Espagne ; et la grève générale du 3 juin au Portugal, la deuxième en six mois, a immobilisé les trains, cloué au sol des centaines d’avions et entraîné la fermeture des écoles.
La guerre à l’étranger et la répression intérieure ne sont pas des politiques distinctes. La classe dirigeante doit imposer les licenciements, l’austérité, les dépenses militaires et la destruction des droits sociaux à une population de plus en plus hostile à l’ensemble de l’ordre politique et économique. Ces mesures nécessitent la concentration du pouvoir entre les mains de l’exécutif, la criminalisation de l’opposition, la destruction du droit de grève et un recours croissant à la violence policière et militaire.
Lorsque nous parlons d’une crise terminale du capitalisme, nous ne décrivons donc pas simplement une nouvelle récession cyclique. Cette crise est fondamentale et comporte des implications révolutionnaires. La mondialisation de la production qui a poussé les contradictions du capitalisme jusqu’au point d’explosion a simultanément créé la classe ouvrière la plus nombreuse et la plus intégrée internationalement de toute l’histoire.
Toutes les manifestations ou explosions de colère sociale n’ont pas acquis un caractère consciemment ouvrier, et encore moins socialiste. Mais l’opposition sociale en vient à dominer le paysage politique et, en son sein, la classe ouvrière s’affirmera de plus en plus comme la force fondamentale.
Les origines de l’IWA-RFC et la lutte pour le pouvoir ouvrier
Le développement d’un tel mouvement conscient exige avant tout l’accroissement de l’influence du parti au sein de la classe ouvrière. Comme le camarade David North l’a formulé avec tant de force dans son rapport d’ouverture à ce congrès, les comités de base sont construits comme des instruments de la lutte de classe et des centres d’organisation d’une insurrection contre la bureaucratie. Mais ils doivent être
bien plus que de simples organisations défensives: ils doivent être des formes anticipées d'une véritable démocratie ouvrière et d'un véritable pouvoir ouvrier. En les créant, la classe ouvrière ne se contente pas de résister à l'ordre établi; elle commence à se constituer en future classe dirigeante, développant en germe les organes par lesquels elle réorganisera la vie sociale, économique et politique.
L’IWA-RFC est le fruit de décennies de travail fondé sur l’analyse par le parti des contradictions du capitalisme à l’échelle mondiale. Après la dissolution de l’Union soviétique, les bureaucraties syndicales ont étouffé l’opposition aux fermetures d’usines, aux réductions salariales et à la destruction des droits sociaux. Sous cette stabilité apparente, le capitalisme procédait à une réorganisation internationale de la production dont nous avions prédit qu’elle aurait des conséquences révolutionnaires.
Les principales caractéristiques de cette nouvelle montée de la lutte avaient été anticipées longtemps à l’avance. Dès 1988, le CIQI écrivait dans son document de perspectives :
Nous prévoyons que la prochaine étape des luttes prolétariennes se développera inexorablement, sous la pression combinée des tendances économiques objectives et de l’influence subjective des marxistes, selon une trajectoire internationaliste.
Le document de perspectives de la Workers League de 1993, La mondialisation de la production capitaliste et les tâches internationales de la classe ouvrière, déclarait :
Au cours de la prochaine période, la Workers League devra donner l’impulsion à de nouvelles formes d’organisation au sein de la classe ouvrière et dans les usines, indépendantes de l’appareil syndical, et prendre l’initiative de les créer. La Workers League devra mettre sur pied et développer de tels comités, puis les relier à la lutte pour son programme socialiste révolutionnaire et internationaliste.
En 2018, les rébellions des enseignants aux États-Unis et la résurgence des grèves à l’échelle internationale indiquaient que le musèlement de la lutte de classe qui avait duré plusieurs décennies était en train de prendre fin. La résolution du cinquième congrès expliquait : « Seul un parti marxiste […] peut déceler et analyser les processus profondément enracinés qui prendront “soudainement” la forme de luttes révolutionnaires de masse, et s’y préparer. »
La résolution appelait à la création d’un réseau interconnecté de comités sur les lieux de travail et dans les quartiers, indépendants de l’appareil syndical. Citant Trotsky, elle expliquait que les comités d’usine posent la question : « Qui sera le maître de l’usine : le capitaliste ou les travailleurs ? »
Une note interne de 2018 abordait les rapports entre les comités, le parti et le développement inégal de la conscience politique. Les conditions objectives provoquaient une résurgence de la lutte de classe, expliquait-elle, mais « le parti doit s’efforcer de créer les meilleures conditions pour que la lutte de classe se développe dans une direction révolutionnaire ».
Le document ne proposait pas de limiter les comités aux travailleurs qui étaient déjà parvenus à des conclusions socialistes. Il expliquait :
Même les travailleurs qui conservent de telles illusions conviendront qu’il est nécessaire que la base se dote de moyens de lutte sans dépendre de l’approbation de la bureaucratie ni attendre celle-ci. Donner aux travailleurs confiance dans leur capacité d’agir de manière indépendante et au mépris de la bureaucratie représente plus de 75 pour cent de la lutte visant à briser l’emprise étouffante de l’appareil syndical.
Mais la haine de la bureaucratie ne constitue pas encore une rupture complète avec son programme. Si la lutte demeure limitée à l’exercice de pressions sur les dirigeants syndicaux, la tendance à l’accommodement subsistera et pourra, en définitive, engendrer une nouvelle bureaucratie. La bureaucratie existante n’est pas simplement le produit d’une corruption accumulée. Elle est la cristallisation de la faillite historique du réformisme national, qui subordonne les travailleurs à la rentabilité des entreprises et à l’État capitaliste.
S’adapter au développement inégal de la conscience signifierait renoncer à une lutte irréconciliable contre l’appareil bureaucratique au nom des revendications immédiates. Un danger connexe serait de mener une « lutte politique » détachée de la rébellion et des luttes vivantes par lesquelles des couches plus larges entrent en mouvement. Les organisations de base doivent diriger ces luttes tout en armant politiquement les travailleurs en vue de la lutte pour le pouvoir. Le parti fournit une direction, combat les pressions opportunistes qui s’exercent sur la classe ouvrière et démontre concrètement sa capacité à diriger des luttes de masse.
C’est là que réside le lien entre la démocratie ouvrière et le socialisme. Les travailleurs peuvent initialement s’organiser pour faire respecter un vote de grève, s’opposer à la fermeture d’une usine ou empêcher une nouvelle trahison. Mais leur tentative d’établir un véritable contrôle sur la production les met en conflit avec le prétendu « droit » des capitalistes de tout déterminer en fonction du profit.
La lutte pour la démocratie ouvrière ne peut pas davantage être menée à son terme sans remettre en cause le pouvoir des trusts, rompre avec les partis capitalistes et unifier la classe ouvrière à l’échelle internationale. Le parti n’exige pas l’acceptation de l’ensemble de son programme comme condition préalable à l’adhésion à un comité. Les travailleurs marxistes luttent au sein du mouvement plus large afin de clarifier la signification de ses expériences et de démontrer qu’un véritable contrôle ouvrier est incompatible avec la dictature du profit et les divisions nationales imposées par le capitalisme.
La résolution du congrès de 2022 expliquait :
Bien que l’IWA-RFC ne remplace pas le parti révolutionnaire, elle n’est pas non plus un simple instrument de lutte syndicale conventionnelle. Son objectif est de favoriser le développement d’un mouvement échappant au contrôle de l’appareil corporatiste et étatique de l’AFL-CIO, et de libérer l’immense puissance sociale de la classe ouvrière américaine.
En tant qu’initiative du parti, l’IWA-RFC constitue la forme organisationnelle à travers laquelle un tel mouvement peut se développer. Le PES doit s’efforcer d’introduire dans ces luttes les leçons tirées des expériences historiques de la classe ouvrière internationale, afin d’élever le niveau politique et culturel de l’ensemble de la classe et de créer les conditions nécessaires au développement de la conscience socialiste.
La résolution définit donc les comités de base regroupés au sein de l’IWA-RFC comme « les organisations de combat et les écoles de la révolution de la période actuelle ».
La portée de la campagne de Will Lehman à la présidence de l’UAW
Cette conception tout entière a trouvé son expression pratique la plus concentrée aux États-Unis dans la campagne de Will Lehman à la présidence du syndicat United Auto Workers en 2022. Lehman a officiellement obtenu 4777 voix, et ce, malgré les entraves au vote qui ont fait que seulement 9 pour cent des membres ont soumis leur bulletin. La campagne a permis à ce programme de rejoindre un public national et a mis en contact des travailleurs de différentes usines et entreprises.
Parallèlement, la campagne a porté un coup puissant à la manœuvre bureaucratique visant à réhabiliter l’appareil après des décennies de trahisons. La pseudo-gauche a présenté Shawn Fain comme la preuve que le syndicat pouvait être renouvelé en changeant les dirigeants à son sommet. Seul Lehman a rejeté cette affirmation et lutté plutôt pour un programme de pouvoir ouvrier. Sa campagne insistait sur le fait que l’appareil était un agent institutionnalisé de la direction des entreprises et de l’État, dont le pouvoir devait être aboli et remplacé par celui des travailleurs dans les ateliers.
Des affirmations selon lesquelles Fain inaugurerait une ère de syndicats réformés et prétendument « démocratiques », il ne reste pas pierre sur pierre. Des milliers de travailleurs temporaires ont été licenciés après la conclusion des conventions collectives de 2023 avec les trois grands constructeurs automobiles, et les licenciements se sont propagés à l’ensemble de l’industrie. Les rapports du contrôleur fédéral ont révélé l’existence d’un régime de gangsters à Solidarity House, lequel exerce des représailles contre ses opposants et utilise l’appareil bureaucratique pour enrichir ses partisans et les membres de leur famille.
Une série de conventions collectives présentées comme « historiques » ou « transformatrices » ont été suivies, quelques semaines plus tard, de compressions massives. Les enseignants de Chicago ont ratifié une convention qui ne les protégeait pas contre les licenciements ; plus de 3700 postes ont ensuite été supprimés. Les enseignants de Philadelphie ont voté à 94 pour cent en faveur de l’autorisation d’une grève, mais la Fédération des enseignants de Philadelphie l’a bloquée et leur a imposé des augmentations annuelles de 3 pour cent, alors que des fermetures massives d’écoles étaient en préparation. L’American Federation of State, County and Municipal Employees (AFSCME) a mis fin à la puissante grève de la section DC 33 de Philadelphie après huit jours, sans soumettre la décision au vote des membres, tout en maintenant isolées les autres sections de travailleurs.
Au cours de ces luttes, nous en sommes venus à formuler la règle générale suivante : plus la possibilité objective d’une lutte unifiée est grande, plus l’appareil intervient directement pour la diviser.
Les adversaires de Lehman l’ont dénoncé pour avoir indûment introduit la « politique » dans les syndicats – entendant par là la politique socialiste, et non la politique bourgeoise. L’appareil lui-même s’intégrait toujours plus directement à l’État capitaliste, auquel il offrait ses services en matière de politique commerciale, de discipline au travail et de préparation à la guerre. Depuis l’élection de 2022, Fain s’est imposé comme l’un des principaux représentants de ce processus.
Durant la « grève debout » de 2023, la Maison-Blanche est demeurée en étroite communication avec la direction de l’UAW dans le cadre de l’opération visant à limiter la grève et à imposer une trahison. Biden est apparu aux côtés de Fain pour présenter cette trahison comme une victoire historique.
Fain a de plus en plus agi comme un membre de fait de l’administration Biden. Biden l’a nommé au Conseil présidentiel sur les exportations, l’a invité au dîner d’État d’avril 2024 organisé en l’honneur du premier ministre japonais Fumio Kishida et a personnellement rédigé la notice consacrée à Fain dans la liste des 100 personnes les plus influentes de l’année publiée par le magazine Time.
La préparation de la classe ouvrière à la guerre mondiale est au cœur de cette fusion croissante de l’appareil bureaucratique et de l’État. En invoquant à maintes reprises l’« Arsenal de la démocratie » – l’économie de guerre américaine de la Seconde Guerre mondiale –, Fain affirme que l’appareil est prêt à discipliner les travailleurs au nom de la guerre commerciale, du réarmement et de la guerre. Biden a exprimé la même conception lorsqu’il a qualifié l’AFL-CIO de son « OTAN nationale ».
Le passage soudain de Fain du soutien à Biden au soutien à Trump, en particulier à sa politique commerciale, exprimait la continuité de l’orientation de la bureaucratie syndicale vers l’État. Fain a appuyé les droits de douane de Trump et en a fait le programme propre de l’UAW en faveur d’une guerre économique nationale. Lors du récent débat des candidats, il s’est vanté que l’UAW avait participé aux discussions sur l’ACEUM (Accord Canada–États-Unis–Mexique) à Mexico et avait travaillé en étroite collaboration avec le représentant au Commerce de Trump.
Le livre blanc publié par l’UAW en juin, intitulé « Le commerce et le rêve américain », développait ce programme corporatiste. Sa proposition « Construire ici pour vendre ici » exige un ratio d’un véhicule produit pour chaque véhicule vendu comme condition préalable à tout allègement des droits de douane. Le Mexique produit 249 véhicules pour chaque tranche de 100 véhicules qui y sont vendus ; ramener la production au niveau des ventes intérieures dévasterait son industrie automobile et détruirait des centaines de milliers d’emplois. Le document réclame également une place officielle pour les bureaucraties syndicales américaines au sein d’une structure commerciale continentale dominée par les États-Unis, qui culminerait dans la création d’une « commission trinationale » réunissant syndicats, gouvernements et experts universitaires afin de travailler avec l’industrie à la rationalisation des chaînes d’approvisionnement. L’appareil bureaucratique propose de fournir le personnel par lequel la guerre commerciale, la restructuration industrielle et la discipline imposée à la main-d’œuvre seront administrées dans toute l’Amérique du Nord.
Fain et ses défenseurs, dont le Workers World Party, présentent maintenant l’enquête fédérale comme une mesure de représailles contre la prétendue position antigénocide de l’UAW. En réalité, Fain figure parmi les représentants les plus fervents du soutien de la bureaucratie à l’impérialisme américain.
La résolution sans aucune portée adoptée par l’UAW sur Gaza évitait de qualifier les événements de génocide et en appelait à Biden et au Congrès. Quelques semaines plus tard, la bureaucratie a apporté son soutien à Biden et a fait expulser de la salle les délégués qui réclamaient un cessez-le-feu, sous le regard de Fain. Il a ensuite retardé et limité la grève antigénocide à l’Université de Californie, n’appelant initialement à la grève qu’environ 2000 travailleurs d’un seul campus.
Trotsky avait mis en lumière la tendance sous-jacente en 1940, dans « Les syndicats à l’époque de la décadence impérialiste », où il soulignait le « rapprochement et la fusion » des syndicats avec le pouvoir d’État. Cette tendance « découle des conditions sociales communes à tous les syndicats ». Tant qu’elles demeuraient sur le terrain de la propriété privée, les bureaucraties recherchaient la collaboration de l’État capitaliste et s’efforçaient de démontrer qu’elles lui étaient indispensables, « particulièrement en temps de guerre ».
Dans le Programme de transition, Trotsky expliquait que, durant les périodes de lutte de classe aiguë, les organes dirigeants des syndicats « s’efforcent de se rendre maîtres du mouvement de masse afin de le rendre inoffensif ». En temps de guerre ou de révolution, « les dirigeants syndicaux deviennent généralement des ministres bourgeois ». La Quatrième Internationale devait donc « créer, dans tous les cas où cela est possible, des organisations de combat indépendantes répondant plus étroitement aux tâches de la lutte des masses contre la société bourgeoise » et, lorsque cela était nécessaire, envisager « une rupture directe avec l’appareil conservateur des syndicats».
Le corporatisme, la pseudo-gauche et le mot d’ordre de grève générale
Le corporatisme constitue depuis longtemps le programme de la couche sociale dont est issue la pseudo-gauche contemporaine. En 1979, Democratic Left a salué l’entrée du président de l’UAW, Doug Fraser, au conseil d’administration de Chrysler comme « la percée la plus récente et la plus médiatisée ». Fraser a ensuite contribué à imposer d’énormes reculs et à détruire 60 000 emplois au nom de la compétitivité de Chrysler.
La promotion du milieu des Democratic Socialists of America (Socialistes démocrates d’Amérique, DSA) et de Labor Notes à la direction des syndicats poursuit cette même politique dans des conditions beaucoup plus explosives. Des personnalités dotées de références de gauche sont mises de l’avant afin de contenir l’opposition croissante, de réhabiliter la bureaucratie syndicale et de servir de conseillers politiques. Leur accession à des postes de direction prépare des concessions historiques et des attaques directes contre la classe ouvrière, y compris des menaces de violence contre les opposants révolutionnaires.
Comme l’indique la résolution, Teamsters for a Democratic Union (TDU) constitue un modèle de ce type de faction bureaucratique. Pendant des décennies, TDU a fait de l’élection directe des dirigeants sa revendication centrale, affirmant que le principe «un membre, une voix » permettrait d’éliminer le gangstérisme du régime Hoffa et d’ouvrir la voie au contrôle par la base.
Pourtant, lors du congrès de juin, TDU a contribué à reconduire au pouvoir, sans opposition, Sean O’Brien, ouvertement favorable à Trump. Aucun candidat adverse n’a obtenu l’appui minimal requis des délégués au congrès pour figurer sur le bulletin de vote, et 1,3 million de membres des Teamsters ont été privés de la possibilité même de voter pour les plus hauts dirigeants.
Dans une entrevue accordée à Jacobin, le coprésident de TDU, Antonio Rosario, a résumé ainsi la défense d’O’Brien par son organisation : « Si vous êtes contre Trump, je suis personnellement avec vous à 100 pour cent. Mais TDU ne l’est pas. » Cette déclaration définit la fonction de TDU : cette organisation n’est pas là pour organiser la lutte de la classe ouvrière contre le capitalisme et le fascisme, mais pour faire respecter la domination d’une bureaucratie anticommuniste et nationaliste.
Il ne s’agit pas ici d’un affrontement de programmes au sens subjectif, comme si la pseudo-gauche avait simplement commis une erreur intellectuelle susceptible d’être corrigée par un débat amical. La pseudo-gauche est l’expression politique d’une couche sociale bien définie : les sections privilégiées de la classe moyenne supérieure, dont les intérêts matériels sont menacés par un mouvement de la classe ouvrière dirigé contre l’ordre social dont dépendent leurs positions.
Voilà pourquoi la pseudo-gauche s’est unanimement opposée à Will Lehman. Aucune de ces organisations ne lui a accordé son soutien. Sa revendication visant à abolir la bureaucratie et à transférer le pouvoir à la base menace leurs positions au sein de l’appareil ainsi que leur voie d’accès à l’État capitaliste. L’accusation selon laquelle la campagne et les comités chercheraient à « détruire le syndicat » assimile le syndicat à l’appareil et les intérêts de la bureaucratie à ceux des travailleurs.
Cette hostilité organique s’est considérablement développée. La pseudo-gauche occupe maintenant des postes de responsabilité au sein de la bureaucratie et, par l’intermédiaire de personnalités comme Zohran Mamdani, au sein même de l’État capitaliste.
Mamdani a été porté au pouvoir par l’opposition populaire aux inégalités, avant de s’empresser de rassurer Wall Street, de multiplier les pèlerinages à la Maison-Blanche auprès de Trump et de s’allier à la gouverneure de l’État de New York, Kathy Hochul – un processus qui rappelle celui de Syriza en Grèce, mais à l’échelle et au rythme des États-Unis.
Durant la grève de la New York State Nurses Association, Mamdani s’est présenté sur les piquets de grève tout en s’alignant sur Hochul, dont les décrets d’urgence ont facilité le recours à des infirmières briseuses de grève venues d’autres États. Son administration a fourni la force policière, tandis que la bureaucratie isolait la grève et imposait des conventions très inférieures aux revendications des infirmières.
Durant la grève du Long Island Rail Road, Mamdani a refusé de soutenir les travailleurs et a dirigé les usagers vers des navettes utilisées pour briser la grève. Parallèlement, le Transport Workers Union a maintenu au travail 40 000 employés du métro et des autobus, faisant ainsi respecter l’interdiction de grève prévue par la loi Taylor. Mamdani porte la responsabilité politique de ce dispositif en raison des fonctions qu’il exerce et de son soutien à Hochul.
La convention collective couvrant environ 90 000 travailleurs de la section DC 37 à l’échelle de la ville expire le 6 novembre, créant les conditions d’une confrontation encore plus directe entre les employés municipaux et son administration.
À mesure que la crise s’aggravera, les luttes des travailleurs revêtiront un caractère de plus en plus politique et les placeront en conflit direct avec l’État ainsi qu’avec les responsables de la pseudo-gauche chargés d’appliquer ses politiques.
L’apparition du mot d’ordre de grève générale à Minneapolis préfigurait cette dynamique future. Cette revendication a surgi spontanément d’en bas, au milieu de l’indignation populaire provoquée par les meurtres commis par l’ICE et l’occupation fédérale, et non des syndicats, du Parti démocrate ou de toute autre institution existante.
L’appareil syndical est intervenu pour empêcher que cette évolution ne débouche sur une grève organisée. La pseudo-gauche s’est ensuite employée à dissimuler ce fait décisif. La fédération AFL-CIO du Minnesota et la Minneapolis Regional Labor Federation ont officiellement « appuyé » la manifestation du 23 janvier, mais ont insisté pour que les travailleurs demeurent au travail et respectent les clauses antigrève négociées par les syndicats eux-mêmes. Fain et l’UAW, qui prétendent soutenir une grève générale pour mai 2028, n’ont mobilisé aucun de leurs propres membres.
La pseudo-gauche a fourni une couverture de gauche à cette campagne. Avant la mobilisation du 23 janvier, Left Voice affirmait que les syndicats étaient « tous […] impatients de passer à l’action », alors que la bureaucratie bloquait en réalité toute grève. Lorsque l’administration Trump a réduit tactiquement la visibilité de son déploiement, tandis que les opérations de l’ICE se poursuivaient, Left Voice a salué les « concessions notables obtenues par le mouvement ».
Cette esquive politique était liée à un effacement complet des enjeux de classe. Jacobin, les DSA et Labor Notes ont adopté différentes variantes de la même ligne fondamentale : brouiller la distinction entre la pression venant d’en bas et le rôle de l’appareil officiel, présenter verbalement une manifestation et un boycottage économique comme quelque chose s’apparentant à une grève générale, puis ramener les travailleurs vers les mêmes dirigeants qui avaient bloqué l’action collective.
La déclaration du Parti de l’égalité socialiste du 29 janvier prenait pour point de départ le fait décisif suivant : « Il est extrêmement significatif que la revendication d’une grève générale émerge – non pas des dirigeants syndicaux, des politiciens démocrates ou d’une quelconque section de l’establishment officiel, mais d’en bas. » Elle appelait à la création de comités de base « dans chaque usine, dépôt, entrepôt, bureau, école et hôpital », à la tenue d’assemblées d’urgence, à l’élection de délégués, à la formulation de revendications par les travailleurs eux-mêmes et à l’établissement de liens directs entre les différents secteurs et régions. Par cette déclaration, le parti expliquait aux travailleurs comment donner à l’impulsion naissante une orientation politique et une organisation conscientes : prendre l’initiative dans chaque lieu de travail, coordonner une action de masse, défendre les personnes attaquées et développer les comités à l’échelle internationale par l’intermédiaire de l’IWA-RFC, afin d’en faire les fondements d’une grève générale.
Le travail des comités de base
Durant la lutte entourant les conventions collectives des trois grands constructeurs automobiles en 2023, le Réseau des comités de base des travailleurs de l’automobile a défendu un programme visant à unir les travailleurs des États-Unis, du Canada et du Mexique. Il s’est constamment efforcé de combattre les limites bureaucratiques imposées à la « grève debout » et d’organiser l’opposition à la nouvelle convention collective.
Au début de 2024, des travailleurs temporaires licenciés ont formé un comité exigeant leur réintégration ainsi que l’unification des travailleurs temporaires et permanents, avec ou sans emploi.
L’enquête sur la mort de Ronald Adams père en 2025 a constitué un autre développement majeur. Avec l’appui de sa famille, l’IWA-RFC a interrogé des travailleurs et des spécialistes, révélé le contournement des dispositifs de verrouillage de sécurité et enquêté sur les modifications apportées au logiciel de la machine.
L’enquête a culminé avec la tenue d’une audience publique et la publication de conclusions préliminaires, et elle a mis de l’avant la revendication de comités de sécurité élus ayant le pouvoir d’interrompre toute production dangereuse. Elle a commencé à exercer des fonctions abandonnées depuis longtemps par l’appareil syndical, affirmant l’autorité des travailleurs sur les questions de vie ou de mort liées à la production.
L’élection de l’UAW de cette année se déroule dans le contexte d’une nouvelle montée de l’opposition parmi les travailleurs de l’automobile. En 2024, chez Dakkota à Chicago, les travailleurs ont rejeté quatre accords négociés par l’UAW. Le comité a établi un contact direct avec les travailleurs de l’usine d’assemblage Ford de Chicago et les a appelés à refuser d’utiliser des pièces fabriquées par des briseurs de grève : une initiative visant à surmonter la division entre une usine de pièces et l’usine d’assemblage qu’elle approvisionnait.
Cette rébellion grandissante s’est poursuivie cette année chez Nexteer, à Saginaw. Environ 1300 travailleurs ont rejeté trois accords négociés par l’UAW – respectivement par 96, 73 et 55 pour cent – et ont voté à 86 pour cent en faveur de l’autorisation d’une grève que l’UAW a refusé de déclencher. Les travailleurs ont formé le Comité de base de Nexteer après le deuxième rejet.
Le comité a appelé les travailleurs à « devenir l’autorité » dans cette lutte. Sa déclaration affirmait : « Notre autorité repose sur notre travail. Sans nous, les chaînes d’assemblage des trois grands constructeurs s’arrêtent en quelques jours. » Après avoir rejeté trois conventions et voté en faveur de la grève, concluait-elle, « à partir de maintenant, ce sont les travailleurs qui deviendront l’autorité ».
La bureaucratie a finalement obtenu la ratification de justesse d’un quatrième accord grâce à une collaboration active avec la direction. Antwiane Sanders a été licencié après s’être prononcé contre la convention lors d’une réunion de présentation tenue dans l’usine, puis le vote lui-même s’est déroulé à l’intérieur de celle-ci. Le comité a néanmoins poursuivi sa lutte contre les licenciements, les représailles et les conditions de travail dangereuses. En juillet, dans des conditions de chaleur extrême et d’air toxique, 188 travailleurs de Nexteer se seraient déclarés absents, tandis qu’une vague massive d’absences paralysait presque complètement l’usine d’assemblage Ford du Michigan. Ces actions étaient spontanées et n’avaient pas été organisées par l’IWA-RFC. Les comités se sont toutefois battus pour donner à cette résistance un caractère conscient et coordonné, exigeant l’arrêt de toute production non essentielle avec plein salaire et le contrôle des travailleurs sur la sécurité.
Un travailleur de Nexteer a récemment comparé les comités de base aux comités de liaison qui avaient préparé la Révolution américaine : le transfert de l’autorité aux travailleurs dans les ateliers exigeait la création d’organismes indépendants leur permettant de s’organiser et d’agir.
Le Comité d’action de Volkswagen organise la lutte contre les compressions massives en Allemagne, notamment contre la suppression possible de jusqu’à 100 000 emplois chez Volkswagen seulement, qu’IG Metall se prépare activement à entériner.
Le Comité d’action de Volkswagen a déclaré :
Les travailleurs n’ont pas de patrie. Partout, ils sont confrontés aux mêmes problèmes. Ils font face aux mêmes entreprises mondiales et à des gouvernements qui intensifient l’exploitation et répriment toute résistance à celle-ci.
L’IWA-RFC assure également une coordination mondiale parmi les travailleurs des postes, qui disposent de comités actifs en Grande-Bretagne, au Canada et aux États-Unis.
En 2025 et 2026, le Comité de l’USPS a lancé des enquêtes indépendantes sur les décès survenus au travail. Au centre de traitement de Palmetto, près d’Atlanta, où quatre travailleurs sont morts en l’espace de deux ans, il a révélé l’absence de protocoles d’urgence élémentaires, de personnel médical, de défibrillateurs accessibles et de moyens de communication fiables.
Le comité a souligné que les conditions dangereuses au sein du service postal étaient la conséquence de vastes attaques favorables aux entreprises contre ce service public essentiel. Lors de la réunion du Conseil des gouverneurs de l’USPS du 8 mai, le directeur général des Postes, David Steiner, a qualifié l’obligation actuelle de service universel d’« insoutenable ». Il a réclamé le pouvoir de réduire le nombre de jours de livraison et les niveaux de service, de fermer les bureaux de poste « non rentables » et d’augmenter les tarifs du courrier de première classe. Puisque plus de la moitié des bureaux de poste locaux sont considérés comme non rentables par l’USPS, ce programme menacerait la majorité des bureaux du pays et subordonnerait ouvertement l’ensemble du service au critère du profit.
Les syndicats des postes se préparent à imposer cette restructuration. La dernière entente de principe de la National Association of Letter Carriers (NALC) a été rejetée par environ 70 pour cent des facteurs, mais des conditions essentiellement identiques ont ensuite été imposées par un arbitrage obligatoire. Les négociations sur la prochaine convention étant en cours, le syndicat se prépare à passer directement à l’arbitrage, privant potentiellement les travailleurs de l’apparence même d’un vote de ratification. La défense des emplois, de la sécurité et du service universel place donc les travailleurs des postes en conflit avec la direction, le Congrès et une bureaucratie qui impose un système de médiation, d’arbitrage et d’interdiction de grève contrôlé par l’État.
La défense du service postal soulève également des questions démocratiques fondamentales. Celui-ci a été établi durant la Révolution américaine afin d’assurer la diffusion des journaux, des informations politiques et de la correspondance. Son réseau universel demeure essentiel à la circulation de l’information politique et à l’exercice du droit de vote. Les attaques de Trump contre le vote par correspondance ont fait de l’affaiblissement et de la privatisation du réseau postal un élément de l’offensive plus vaste contre les droits démocratiques.
Ces enjeux démocratiques sont profondément ressentis par les travailleurs des postes. Cela s’est manifesté à Minneapolis en janvier, lorsque des centaines de travailleurs des postes, de résidents et d’étudiants ont défilé pour dénoncer l’utilisation de propriétés du service postal par l’ICE comme bases logistiques pour ses rafles. Les travailleurs des postes se sont opposés à la transformation d’installations appartenant à un service public en bases de la répression fédérale.
La deuxième campagne de Lehman et la réaction de la bureaucratie
Cet examen du travail de l’IWA-RFC démontre que la deuxième campagne de Will Lehman à la présidence de l’UAW se déroule maintenant à un niveau de développement beaucoup plus avancé que la première. De son côté, la bureaucratie perçoit plus clairement le danger, ce qui confère dès le départ à la campagne de 2026 un caractère plus direct et plus âpre.
L’appareil bureaucratique a interdit aux travailleurs l’accès au congrès, suspendu ses propres règles afin de bloquer toute discussion et cultivé un climat d’intimidation. Will a néanmoins obtenu sa mise en candidature et porté sa campagne dans les usines, alors que la rébellion grandit parmi les travailleurs de l’automobile.
Le débat des candidats a donné une expression concentrée au fossé de classe qui règne. Cinq candidats ont débattu, sous une forme ou une autre, de la personne qui devrait administrer la bureaucratie. Seul Lehman a contesté son droit de gouverner. Fain a défendu la « grève debout » comme un succès et s’est vanté de sa collaboration avec l’administration Trump en matière de commerce. Tous les candidats, à l’exception de Lehman, ont soutenu les droits de douane. Lui seul s’est opposé à l’ensemble de ce cadre nationaliste, expliquant que les droits de douane font augmenter les prix et divisent les travailleurs à l’échelle internationale. Il a proposé comme solution les comités de base, l’internationalisme et le socialisme.
Le débat a également révélé l’attitude de la bureaucratie syndicale envers une véritable contestation venant de la base. Raymond Jensen, qui était jusqu’à récemment directeur adjoint de la région 9 de l’UAW et qui demeure un permanent de l’organisation internationale ayant touché plus de 200 000 dollars l’année dernière, avait publié une image montrant Will ligoté, bâillonné et ensanglanté, tandis qu’un homme armé et masqué pointait un fusil vers son dos. Le profil de Jensen le présentait comme un partisan de Fain.
Lorsque Will a confronté Fain à ce sujet pendant le débat, celui-ci a d’abord tenté d’ignorer la question. Il a ensuite déclaré : « Je n’approuve pas ce genre de choses », avant d’ajouter : « Si tu te présentes à la présidence, prépare-toi, mon frère, parce que tu en recevras tous les jours. » Il n’a annoncé aucune mesure contre Jensen. Le message était que les menaces de violence devaient être considérées comme une conséquence normale de toute contestation de la bureaucratie.
La bureaucratie se sent assiégée parce qu’elle fait face à une vague de rejets de conventions collectives, d’actions spontanées sur les lieux de travail et au développement d’une opposition organisée de la base. La menace de mort exprime la brutalité avec laquelle un appareil privilégié défendra ses intérêts lorsque son pouvoir sera sérieusement menacé.
En même temps, la réponse ne peut être ni le recul ni l’adaptation. La défense de Will Lehman et de son droit de faire campagne doit servir de fondement à l’approfondissement et à l’élargissement de son soutien parmi les travailleurs de l’automobile et dans l’ensemble de la classe ouvrière.
Camarades, je souhaite conclure en vous appelant à adopter cette résolution. Nous anticipons un développement considérable de tous les processus que nous avons examinés : l’éruption de la lutte des classes, la croissance des comités de base, l’affrontement politique avec la bureaucratie et la pseudo-gauche, ainsi que les efforts de plus en plus conscients des travailleurs pour trouver une voie révolutionnaire.
Le facteur conscient sera décisif. Ce serait une grave erreur politique de supposer que la crise objective se résoudra d’elle-même ou que notre rôle se limite à observer les événements et à les commenter après coup. Les conditions objectives créent la possibilité et la nécessité de la révolution socialiste. Elles ne fournissent pas automatiquement le programme, l’organisation et la direction nécessaires à la victoire.
Notre tâche consiste à intervenir : à déterminer ce qui, dans la situation, est objectivement révolutionnaire et à agir sur cette base ; à développer les comités en tant qu’organes de lutte indépendante de la classe ouvrière ; à introduire dans la lutte des classes les leçons historiques et le programme politique du trotskysme ; et, par ce travail, à construire le Parti de l’égalité socialiste en tant que direction révolutionnaire de la classe ouvrière.


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