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Soulagement. Doutes. Scepticisme. Les témoignages venant de l’Iran font état de sentiments mitigés face au mémorandum d’entente conclu avec les États-Unis. Les bombardements sont certes finis, mais les problèmes économiques demeurent pour la population exsangue. Et les traumatismes liés à la répression meurtrière des derniers mois sont encore très vifs.
« Beaucoup de personnes sont prudemment soulagées que la guerre soit enfin terminée, mais il y a ce sentiment que beaucoup de nos problèmes, surtout économiques, restent non résolus », souligne au Devoir Ali Nazifpour, expert de la politique états-unienne au groupe de réflexion Madain à Téhéran.
Il n’y a ni euphorie ni grand enthousiasme au sein de la population, rapporte-t-il, comme ce fut le cas en 2015 lorsque l’accord de Vienne sur le nucléaire iranien avait été conclu sous la présidence d’Obama. Actuellement, beaucoup d’Iraniens retiennent leur souffle en attendant de voir si un accord durable sera conclu avec les États-Unis. Le mémorandum d’entente n’est que la première étape en vue de la négociation d’un accord global.
Ali Nazifpour se dit néanmoins satisfait de cette entente préliminaire, qui semble être à l’avantage de l’Iran. « Les États-Unis ont adopté une vision plus réaliste de la situation et ne poursuivent plus une forme de capitulation inconditionnelle de l’Iran. Ils prennent désormais en compte les préoccupations de l’Iran ainsi que ses lignes rouges dans l’accord. »
Hakimeh Saghaye-Biria, experte des relations entre les États-Unis et l’Iran à l’Université de Téhéran, croit aussi que la République islamique était en position de force à la table des négociations. « Les États-Unis avaient vraiment besoin de cet accord, indique-t-elle au Devoir. C’est pour ça qu’ils ont fait certaines concessions de dernière minute, notamment concernant la levée immédiate du blocus. » Cette mesure permet une reprise immédiate des exportations de pétrole iranien, avant même la négociation d’un accord global.
Le mémorandum d’entente prévoit aussi un cessez-le-feu en Iran et au Liban, en plus d’un dégel d’avoirs iraniens bloqués. Il est aussi prévu qu’un calendrier pour la levée de toutes les sanctions visant l’Iran sera mis en place dans l’accord global. En contrepartie, l’Iran s’engage à rouvrir le détroit d’Ormuz et à ne pas se doter de l’arme nucléaire.
Le nucléaire, une fierté
La prochaine série de négociations de 60 jours, qui s’ouvriront dès vendredi après la signature de l’entente préliminaire en Suisse, abordera de front l’épineux dossier du nucléaire iranien. « Pour une partie des Iraniens, le programme nucléaire est une source de fierté et d’indépendance nationale. Et je ne parle pas seulement des partisans de la République islamique », indique M. Nazifpour, en précisant que certains membres de l’opposition en sont aussi partisans.
Mais bien d’autres Iraniens estiment que le programme est insensé, qu’il a coûté trop cher et qu’il n’a apporté aucun bénéfice au pays, ajoute-t-il. « La majorité de la population adopte une position intermédiaire : elle souhaite un allègement des sanctions, un développement économique et estime que si l’Iran est capable d’avoir un programme nucléaire civil, ça peut être positif, mais c’est encore plus important de parvenir à un accord et à un compromis sur le nucléaire pour obtenir un allègement des sanctions. »
Pas de répit immédiat
Depuis des années, les Iraniens subissent une importante crise économique découlant à la fois des sanctions internationales et de la mauvaise gestion des autorités iraniennes. Dans les derniers jours, le rial, la devise iranienne, a connu un rebond de 15 % par rapport au dollar états-unien, créant un vent d’espoir. Mais les 93 millions d’Iraniens devront s’armer de patience avant d’avoir un réel répit, prévient Hamed Mousavi, professeur à l’Université Carleton, à Ottawa, et autrefois affilié à l’Université de Téhéran.
« La levée des sanctions prend du temps à se répercuter sur l’économie, tout comme l’imposition de sanctions prend du temps à produire ses effets. » C’est seulement si un accord permanent est trouvé et que « l’économie iranienne parvient à s’intégrer à l’économie mondiale que la vie des citoyens iraniens devrait s’améliorer », estime l’expert, évoquant un échéancier de plusieurs années.
Et encore faut-il qu’un accord global soit trouvé. Selon M. Mousavi, il est peu probable que les États-Unis et l’Iran parviennent à une entente sur le nucléaire en seulement deux mois. Mais d’un commun accord, les discussions pourront se poursuivre au-delà de ce délai. « Un échéancier plus réaliste serait de cinq à six mois », estime-t-il. L’accord de Vienne sur le nucléaire iranien (en anglais Joint Comprehensive Plan of Action [JCPA]) avait pris deux ans pour être négocié par le gouvernement Obama.
« Et tout le chaos dans lequel nous nous trouvons actuellement — la guerre, l’instabilité — a commencé en mai 2018 lorsque Donald Trump a quitté cet accord », rappelle-t-il. Le JCPA imposait des restrictions au programme nucléaire iranien en échange d’une levée de certaines sections et d’un dégel d’avoirs. Un accord qui était en grande partie semblable à celui qui sera négocié dans les prochaines semaines.
La méfiance est donc de mise, relève Hakimeh Saghaye-Biria. « La population iranienne demande au gouvernement de maintenir le niveau de prudence le plus élevé possible ». Le retrait des États-Unis du JCPA sous Trump est encore frais dans les mémoires, dit-elle. « Comment pouvons-nous être sûrs que cela ne se produira pas une nouvelle fois ? »


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