Un conseiller fédéral s’en va. Une ou un autre arrivera. La belle affaire! Il ne nous en manque que le nom. En attendant décembre, il nous faudra meubler. Tenter de maquiller en pièce à suspense une liturgie dont tous les actes nous sont déjà connus. «Un cercle restreint se complète lui-même selon des règles propres et bien définies», selon le politologue Claude Longchamp. Et puisqu’il faut bien sortir de cet ennui qui, relevait l’Italo-Suisse Giuliano da Empoli, «fait la force du système suisse… une forme d’art», on semble avoir trouvé un début de dramaturgie: une Romande, en l’occurrence la Genevoise Céline Amaudruz, a-t-elle le format pour succéder au Vaudois Guy Parmelin? Une polémique qui relève de la petite cuisine interne à l’UDC. La vie serait si triste sans quelques médiocres perversités. Car, sur l’essentiel, nul ne s’aventurera à risquer la stabilité et l’apparente cohésion d’un gouvernement de cooptation.
La Suisse n’est pas la France, qui retient son souffle tout en s’enfiévrant face à l’avenir. Ni l’Allemagne qui marche sur un fil. Pourtant, ces quarante dernières années, les remplacements au Conseil fédéral n’ont pas toujours été un simple jeu de chaises musicales. Avec d’autres enjeux que le simple profil des candidats. Un drame politique tous les dix ans. Menaçant la formule de gouvernement et le délicat équilibre helvétique. En décembre 1983, avec l’élection, par une majorité de droite, d’Otto Stich contre la candidate officielle du PS, Lilian Uchtenhagen, c’est le maintien des socialistes au gouvernement et donc la survivance de la «formule magique» qui était en jeu, déchirant le PS lors d’un congrès extraordinaire entre partisans d’un retour dans l’opposition et défenseurs du système de concordance. Nouveau drame dix ans plus tard, lorsque la candidate officielle du PS, la Genevoise Christiane Brunner, se voit évincée, toujours par la droite, au profit du Neuchâtelois Francis Mathey. Lequel renoncera pour permettre l’élection de Ruth Dreifuss. En 2003, on remet cela, mais cette fois avec la non-réélection de la démocrate-chrétienne Ruth Metzler pour permettre l’entrée au Conseil fédéral d’un deuxième UDC, Christoph Blocher. Mais après quatre années de provocations et de tensions, lasse de la polarisation autour de la personne du leader populiste, l’Assemblée fédérale lui préférera l’UDC Grisonne Eveline Widmer-Schlumpf. Avec pour conséquence l’exclusion de celle-ci par son propre parti, la création de l’éphémère Parti bourgeois-démocratique et une UDC dans un rôle d’opposition.


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