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L’élection du gouverneur de Californie bousculée par la remontada inattendue de ce candidat démocrate

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Le démocrate Gavin Newsom, bête noire de Donald Trump, ne peut pas se représenter. Une soixantaine de candidats sont en lice pour le remplacer, dont le démocrate Xavier Becerra.

EN BREF Xavier Becerra, candidat démocrate inattendu, devient favori pour l’élection du gouverneur de Californie après le retrait d’Eric Swalwell suite à des accusations de harcèlement sexuel.
Becerra est passé de 4 % d’intentions de vote à 25 % entre mars et mai, selon les sondages.
Becerra, affronte Tom Steyer et Steve Hilton, avec un possible duel en novembre contre Hilton, soutenu par Trump.

Les démocrates de Californie peuvent souffler, du moins pour l’instant. Au terme d’une campagne chaotique, les habitants de cet État progressiste de la côte ouest vont devoir choisir ce mardi 2 juin les deux personnalités – parmi une soixantaine de candidats – qui s’affronteront en novembre prochain pour devenir le prochain gouverneur. Si la gauche a un temps envisagé le scénario catastrophe d’une domination républicaine, c’est désormais un candidat auquel personne ne s’attendait qui s’impose comme favori : le démocrate Xavier Becerra.

Pour comprendre les soubresauts inattendus de cette campagne, il faut revenir au vote en 2011 de la loi californienne « Top Two Candidates Open Primary Act » qui a modifié le processus pour élire le gouverneur ou des membres du Congrès (la loi ne concerne pas les candidats aux présidentielles). Concrètement, républicains et démocrates sont soumis à un vote unique auquel tous les Californiens peuvent voter. Les deux premiers candidats arrivés en tête, peu importe leur affiliation partisane, sont qualifiés pour l’élection générale, sorte de second tour, en novembre.

C’est ce système ce qui a causé des sueurs froides aux démocrates en avril, quand un candidat qui avait réussi s’imposer comme le favori du scrutin a vu sa carrière voler en éclat. Le 10 avril, plusieurs médias ont publié des témoignages de femmes accusant le démocrate Eric Swalwell de viol et harcèlement sexuel. S’il a nié et refusé d’abandonner sa candidature dans un premier temps, celui qui était élu à la Chambre des Représentants a finalement renoncé et même démissionné du Congrès. Sa défection forcée a mis la pagaille, aucun candidat démocrate ne parvenant à s’imposer. De quoi créer une ouverture pour les républicains : les trumpistes Chad Bianco et Steve Hilton se sont retrouvés en tête dans les sondages, faisant planer la possibilité d’un second tour totalement républicain en novembre.

Une percée aussi inattendue que soudaine dans les sondages

C’était sans compter sur l’émergence inattendue de Xavier Becerra, 68 ans, qui a déclaré sa candidature dès avril 2025 mais à qui... « personne ne faisait attention », comme l’a reconnu le reporter Phil Matier sur KBCS, une radio locale, fin avril. « Il y a six semaines, personne ne regardait Xavier Becerra », a confirmé fin mai au Guardian Sara Sadhwani, professeure de science politique à l’université de Pomona, en Californie. À titre d’exemple, avant le scandale sexuel ayant mis fin à la candidature de Swalwell, Becerra plafonnait à 4 ou 5 % dans les sondages.

La remontada n’en a été que plus spectaculaire. Dès la mi-avril, un sondage du Emerson College le plaçait en 4e position avec 10 % des voix derrière Hilton, Bianco et le milliardaire démocrate Tom Steyer. Un autre sondage de l’institut Evitarus lui donnait même 13 %, en troisième position derrière les républicains. La montée a depuis été continue dans les enquêtes d’opinion. La dernière réalisée par le Emerson College fin mai est sans appel : Becerra domine avec 28 % des voix, devant Steyer et Hilton. Selon le journaliste Phil Matier, cette remontada, que vous pouvez également constater dans le graphique ci-dessous qui s’appuie sur deux sondages réalisés à deux périodes différentes par le Berkeley IGS Poll, s’explique par le report des voix des électeurs de Swalwell en faveur de Becerra.

Alors qu’il était invisible dans la campagne, l’ancien élu à la Chambre des Représentants et ex-procureur général de la Californie est ainsi devenu l’homme à abattre. Son principal opposant démocrate, Tom Steyer, insiste sur les fonds de sa campagne venus de groupes pétroliers et le surnomme « Big Oil Becerra ». Vu comme un digne représentant de l’establishment californien, Becerra est aussi critiqué pour son positionnement trop à droite. D’autres dénoncent son maigre bilan après quatre années passées au ministère de la Santé sous Joe Biden, alors qu’il aurait pu être en première ligne pendant la pandémie de Covid, et rappellent la polémique sur des milliers d’enfants migrants dont le ministère a perdu la trace (certains sont devenus victimes de réseaux de trafic d’êtres humains, selon une enquête du New York Times). Le Washington Post révèle pour sa part que ses « alliés » le trouvent « ennuyeux, ce qui en fait un choix sûr pour les électeurs qui recherchent de la stabilité ».

« Avoir de l’expérience, c’est sexy »

Becerra, lui, mise avant tout sur son expérience. « Vous savez, la compétence c’est bien. Avoir de l’expérience, c’est sexy », a-t-il pointé auprès de la chaîne ABC7 le 27 mai. « Je pense que les gens aspirent à une certaine prévisibilité. Ils veulent savoir que vous êtes capable de tenir vos promesses. Et ce n’est pas le moment, surtout avec les attaques venant de Washington, d’avoir quelqu’un qui a besoin de petites roues dès son entrée au poste de gouverneur », a-t-il aussi taclé. Une attaque visant son principal rival, le milliardaire Tom Steyer qui n’a jamais été élu. « Je ne vais pas acheter cette élection, je veux la gagner légitimement », a ajouté Xavier Becerra, toujours en direction de celui a dépensé plus de 200 millions de dollars dans cette campagne. Une somme astronomique, et même un record pour la course au poste de gouverneur en Californie.

Xavier Becerra, ici le 31 mai 2026.

APU GOMES / Getty Images via AFP

Xavier Becerra, ici le 31 mai 2026.

Malgré sa position de favori, le chemin n’est pas tout tracé pour Xavier Becerra. Il reste talonné dans les sondages par Tom Steyer, qui utilise sa fortune acquise en finance dans ses diverses entreprises politiques (il était candidat à la présidentielle en 2020). Très engagé sur les questions environnementales, Steyer s’est aussi fait remarquer par sa prise de position ferme sur l’instauration d’impôts supplémentaires pour les milliardaires. Reste également en course le républicain Steve Hilton, ex-présentateur sur FoxNews et conseiller de l’ex-Premier ministre britannique David Cameron, qui a obtenu le soutien de Donald Trump dans cette élection.

Alors, qui s’affrontera au second tour en novembre ? Le scénario privilégié est un face-à-face entre Xavier Becerra et Steve Hilton, ce qui ouvre un boulevard pour l’ancien ministre de Joe Biden au vu de l’avantage indéniable des démocrates en Californie. La partie sera en revanche beaucoup plus difficile pour le discret Xavier Becerra en cas de duel avec Tom Steyer et sa fortune colossale. Les poids lourds du parti, dont le gouverneur sortant Gavin Newsom qui ne peut pas se présenter et qui vise désormais la présidentielle 2028, pourraient aussi être forcés de s’impliquer dans la bataille, ce qu’ils ont jusqu’à présent refusé de faire. À moins qu’un autre retournement de situation change encore complètement la donne.

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