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L’Égypte a 31 pyramides alignées sur une étroite bande de désert : ce qui a fixé leur place n’était ni le soleil ni la roche

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Ni l’orientation du soleil, ni la nature de la roche : pour une équipe de chercheurs, c’est un cours d’eau qui aurait fixé l’emplacement de 31 pyramides égyptiennes, dont celles de Gizeh. Ces 31 pyramides auraient été construites le long d’un bras du Nil de 64 km, enfoui depuis longtemps sous les terres agricoles et le désert. L’étude, publiée le 16 mai 2024 dans la revue Communications Earth & Environment (groupe Nature), présente cette explication comme une hypothèse forte, pas comme un fait établi.

Aucune explication convaincante n’existait jusque-là.

À retenir

  • Un bras du Nil de 64 km aurait longé 31 pyramides égyptiennes
  • Radar, géophysique et carottes confirment d’anciens chenaux sous les terres cultivées
  • Des chaussées de pyramides aboutissent à des temples de la vallée, anciens ports possibles
  • L’étude propose une hypothèse forte, non une certitude démontrée

Sommaire

  1. Un champ de pyramides collé au désert
  2. Radar, carottes et un nom arabe
  3. Des chaussées qui finissent au bord de l’eau
  4. Un fleuve qui s’éloigne, et ce que l’étude ne tranche pas

Un champ de pyramides collé au désert

Le plus grand champ de pyramides d’Égypte se concentre sur une bande de désert étroite, ce que les auteurs soulignent dès leur introduction. Entre Gizeh et Lisht, ces pyramides bordent aujourd’hui l’Ouest du désert, une partie du Sahara, et ont été élevées sur près de 1 000 ans à partir d’il y a environ 4 700 ans. Les 31 monuments concernés vont de l’Ancien Empire à la Deuxième Période intermédiaire, soit de 2686 à 1649 av. J.-C. Cela couvre l’intervalle entre la Troisième et la Treizième dynastie.

Les sédiments indiquent que le Nil avait autrefois un débit bien plus élevé et se divisait par endroits en plusieurs bras ; des chercheurs avaient supposé que l’un d’eux longeait les pyramides, sans que cela soit confirmé. Il manquait une preuve tangible, enfouie quelque part sous les cultures de la vallée.

Radar, carottes et un nom arabe

Eman Ghoneim et ses collègues, rattachés à l’Université de Caroline du Nord à Wilmington, sont partis de l’imagerie satellite. Ils ont cherché l’emplacement d’un ancien bras courant au pied du plateau du désert occidental, tout près des champs de pyramides. Les images optiques ne montrent rien, car ces segments de rivière sont masqués par les terres cultivées de la plaine d’inondation, d’où le recours au radar.

Restait à vérifier sous terre.

Des relevés géophysiques et des carottages ont ensuite confirmé la présence de sédiments fluviaux et d’anciens chenaux sous la surface actuelle. Dans les carottes prélevées, on passe brutalement de sables moyens bien triés en profondeur à des matériaux plus fins au-dessus. Le chenal mesurerait environ 64 km de long pour 200 à 700 m de large. Cela représente à peu près la distance entre Paris et Fontainebleau, avec un lit pouvant atteindre l’équivalent de sept terrains de football mis bout à bout.

Le point fort de ce travail, à mon sens, tient à la convergence des méthodes. Le radar repère, la géophysique confirme sous la surface, les carottes livrent la matière même du lit. Trois approches indépendantes qui racontent la même histoire pèsent plus lourd qu’une trace isolée.

Les auteurs proposent de nommer ce bras « Ahramat », ce qui signifie « pyramides » en arabe. L’équipe est composée de chercheurs d’Égypte, des États-Unis et d’Australie.

Des chaussées qui finissent au bord de l’eau

L’indice le plus parlant tient à l’architecture des complexes funéraires. Beaucoup de pyramides de l’Ancien et du Moyen Empire ont des chaussées qui mènent au bras et s’achèvent sur des temples de la vallée, lesquels auraient pu faire office de ports fluviaux. Le conditionnel est celui des auteurs eux-mêmes, et il est de mise.

À Gizeh, les chaussées de quatre pyramides rejoignent une baie, baptisée « Giza inlet » par les chercheurs, qui communique avec le bras Ahramat. L’étude produit aussi la première carte de l’environnement paléohydrologique de la région Lisht-Gizeh.

Pour les auteurs, le bras était actif en même temps que les chantiers. Ils suggèrent qu’il servait de voie de transport aux ouvriers et aux matériaux jusqu’aux sites des pyramides. Le déplacement des blocs de calcaire, dont certains dépassent la tonne, intrigue les historiens depuis des siècles. Une voie d’eau offrirait une réponse à cette question de logistique, sans qu’aucun texte ne l’ait encore documentée dans cette étude.

Le site se trouvait aussi près de Memphis, alors capitale de l’Égypte ancienne.

Un fleuve qui s’éloigne, et ce que l’étude ne tranche pas

La disparition du bras reste attribuée à plusieurs causes combinées. Les auteurs évoquent une accumulation de sable apporté par le vent, liée à une grande sécheresse débutée il y a environ 4 200 ans, qui expliquerait sa migration vers l’est et son ensablement. Ils citent aussi l’activité tectonique et la baisse du débit du fleuve, due à l’aridité croissante.

Reste la prudence. Le rôle du bras dans le choix des emplacements relève de l’hypothèse forte des auteurs, pas d’une certitude démontrée : ils disent « suggérer » ce rôle, et leur travail ne mesure pas le poids d’autres critères. La formule « ni le soleil ni la roche » est une image, pas un résultat : l’étude ne teste pas ces deux facteurs, elle avance seulement que l’eau expliquerait mieux la concentration observée. Une pyramide demande un sol solide, une main-d’œuvre et un pouvoir politique, trois paramètres qu’un tracé de rivière ne dit pas.

Ce bras retrouvé pourrait aussi aider à situer d’anciens habitats et à les protéger de l’urbanisation rapide, au profit de la conservation du patrimoine égyptien. Les fouilles futures diront si les anciens ports de Gizeh et de Lisht dorment bien sous les champs cultivés de la vallée.

Sources : phys.org | eurekalert.org

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