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L’avenir politique du chef conservateur Pierre Poilievre se jouera cette semaine. Réunis à Calgary pour un congrès national, des milliers de délégués trancheront vendredi soir, par vote secret, s’ils maintiennent leur confiance envers leur chef.
C’est la première fois depuis son élection à la direction du Parti conservateur, à l’automne 2022, que M. Poilievre sera soumis à un tel exercice. Les règles du parti prévoient automatiquement un vote de confiance lorsqu’un chef décide de rester en poste après une défaite électorale.
Si plusieurs analystes s’attendent à ce que Pierre Poilievre survive sans trop de difficulté, d’autres rappellent qu’un vote de confiance comporte toujours une part d’imprévisibilité.
« Personne ne peut réellement prédire l’issue du vote. Les délégués qui disent aujourd’hui qu’ils appuieront son leadership peuvent changer d’avis d’ici au congrès », prévient Ian Brodie, ancien chef de cabinet du premier ministre Stephen Harper.
M. Brodie évoque notamment le vote de confiance à l’endroit de Jason Kenney, l’ancien premier ministre de l’Alberta, il y a bientôt quatre ans. « Beaucoup s’attendaient à ce qu’il obtienne un bon résultat », souligne-t-il au Devoir. « Son équipe était confiante, mais il n’a récolté qu’environ 52 %, et il a choisi de démissionner. »
Même avec des résultats plus convaincants, l’histoire offre plusieurs exemples de chefs ayant quitté leurs fonctions malgré l’obtention d’une majorité. C’est le cas notamment de l’ancien chef progressiste-conservateur Joe Clark, qui avait récolté 66,9 % des voix en 1983, ou encore du chef du Parti québécois Bernard Landry, qui avait démissionné après avoir obtenu 76,2 % des appuis en 2005.
De récents sondages montrent qu’une majorité d’électeurs conservateurs soutiennent encore leur chef. Mais, « comme il s’agit d’un vote à bulletin secret, certains délégués pourraient voter différemment de ce qu’ils déclarent publiquement, une fois seuls dans l’isoloir », indique Ian Brodie.
Dans l’entourage de Pierre Poilievre, on refuse de s’avancer sur le seuil recherché. Le chef a lui-même esquivé la question de l’existence d’un chiffre « magique » pour demeurer en poste. « Non, je ne crois pas à la magie », a-t-il répondu lors d’une entrevue de fin d’année au réseau CTV News.
Un discours pour convaincre
Les résultats du vote de confiance seront connus tard vendredi soir au deuxième jour du congrès. La période de vote se termine à 21 h 30, heure locale. Au Québec, il faudra donc attendre les petites heures du matin pour connaître le verdict.
Ce soir-là, le chef de l’opposition devra d’abord « mettre la table ». Il prononcera un discours devant les délégués, immédiatement suivi du vote secret. Les participants ne devraient même pas quitter la salle entre la fin de l’allocution et le passage aux urnes.
Dans ce contexte, le discours revêt une importance capitale, compte tenu du caractère imprévisible d’un vote de confiance. « La durée entre la fin du discours de M. Poilievre jusqu’au bureau de vote sera un moment de réflexion pour tous les délégués. Les gens sont capables de changer d’avis juste avant d’entrer dans l’isoloir », témoigne l’ancien chef de cabinet de Stephen Harper, Ian Brodie.
Les délégués auront de nombreux facteurs à considérer au moment d’arrêter leur choix. Les défenseurs du chef soutiennent souvent que, sous sa direction, les conservateurs ont somme toute bien « performé » aux dernières élections, ayant fait élire 25 députés de plus et obtenu 41 % des suffrages.
Ian Brodie se souvient aussi de la mobilisation « impressionnante » au soir de son élection à la tête du parti, en 2022. « Il a réussi à provoquer une mobilisation massive. Des gens qui n’avaient jamais été impliqués dans un parti politique, sans aucun lien préalable avec le Parti conservateur [se sont inscrits]. J’ai été sidéré par l’ampleur de son appui. »
Un goût amer
À l’inverse, plusieurs délégués pourraient garder en mémoire la déception des dernières élections, qui paraissaient gagnées d’avance. En l’espace de quelques mois, le chef conservateur a vu fondre l’avance considérable que son parti détenait dans les sondages, après l’arrivée de Mark Carney sur la scène politique en début d’année.
La popularité personnelle du chef auprès de l’électorat pèse également sur celle de son parti. Selon le plus récent sondage d’Angus Reid, 58 % des répondants disent avoir une opinion défavorable de Pierre Poilievre, tandis que Mark Carney bénéficie d’un taux d’appui favorable de 60 %.
Le style de leadership et le ton jugé négatif du chef de l’opposition ont été soulevés par les deux députés conservateurs qui ont choisi de joindre les banquettes libérales, en décembre.
À l’approche du vote de confiance, Pierre Poilievre a d’ailleurs révisé son approche envers ses adversaires politiques, ce dernier ayant offert de collaborer sur les questions d’abordabilité, les ententes commerciales et de grands projets structurants avec les libéraux.
« Je sais que le chef de l’opposition est un peu inquiet à l’idée de la semaine qui s’en vient », a lancé tout sourire le ministre des Finances, François-Philippe Champagne, à la période des questions, lundi. Le gouvernement venait d’annoncer une bonification du crédit de TPS pour diminuer le coût de l’épicerie, une mesure en plein dans les talles des conservateurs.
Le congrès national, d’une durée de trois jours, s’achèvera samedi à Calgary.


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