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L’autrice des Quatre filles du docteur March avait posé ses valises en Bretagne pour découvrir la France

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Louisa May Alcott, l’autrice des Quatre filles du Docteur March est venue deux mois à Dinan (Côtes-d’Armor) en 1870 avec sa sœur. C’était la première étape d’un tour d’Europe.

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Chez Madame Coste - Porte Saint-Louis - Louisa May Alcott -Dinan

Le bâtiment où les sœurs Alcott ont logé, chez Madame Coste, existe toujours dans Dinan (Côtes-d’Armor). Il est situé près de la porte Saint-Louis. ©Bleuenn SIMON

Par Bleuenn Simon Publié le 6 sept. 2026 à 18h06

Pas besoin d’avoir lu le livre ou vu l’une de ses nombreuses adaptations au cinéma pour connaître Les Quatre filles du Docteur March, un classique de la littérature américaine. En 1870, le deuxième et ultime tome vient de sortir après que le premier s’est vendu à des milliers d’exemplaires. Son autrice, Louisa May Alcott, décide de profiter de l’argent gagné grâce à ce succès pour visiter l’Europe. Son premier arrêt : Dinan, en Côtes-d’Armor, où elle restera deux mois.

Lettres et croquis décrivent Dinan

Nous sommes le 17 avril 1870 lorsque Louisa May Alcott pose ses bagages à Dinan. Elle est accompagnée de sa sœur, surnommée simplement May et de leur amie Alice Bartlett. Durant leur tour d’Europe qui durera quatorze mois, les sœurs écriront régulièrement à leurs familles. Leur description de Dinan offre un témoignage détaillé de la vie dans cette ville à la fin du XIXe siècle.

Leurs mots sont complétés par les nombreux croquis de May, artiste-peintre – tout comme l’est le personnage d’Amy dans le livre de sa sœur.

Des Américaines dépaysées

Pendant les deux mois que les trois femmes passeront à Dinan, elles logeront dans une pension de famille au pied des remparts, celle de Madame Coste située porte Saint-Louis. Dès leur première promenade dans la ville, elles sont enchantées. Louisa May Alcott écrit dans sa première lettre à sa mère « Je ne saurais te dire à quel point c’est charmant », avant d’expliquer que sa sœur souhaite dessiner tout ce qu’elle voit.

Porte Saint Louis - Little Women Abroad - May Alcott

Le logement de la Porte Saint-Louis est l’une des « maisons les plus modernes de Dinan » (Côtes-d’Armor) à l’époque d’après May. Le dessin est publié dans « Le Pays de Dinan » de 2014. ©Le Pays de Dinan / Collection de l’auteure

Pour des Américaines nées dans un pays à l’histoire encore récente, les vieilles pierres de Dinan sont un vrai dépaysement. C’est pourquoi elles aiment flâner sur les remparts, se promener jusqu’à Léhon ou même partir en excursion à Saint-Malo. Louisa est fascinée par un dolmen qu’elle voit et dont elle parle comme l’une de ces « reliques dont la Bretagne est pleine » tandis que sa sœur May est ravie de dessiner le château de la Garaye (situé à Taden), l’église Saint-Malo ou la basilique Saint-Sauveur « la plus intéressante église ici ».

Un séjour reposant

Mais si leur séjour à Dinan est ponctué de balades dans les églises et les ruines des environs, elles sont surtout là pour se reposer. « Nous menons une vie tranquille et désœuvrée, les jours passent et nous ne faisons rien », rapporte Louisa. Et cela lui fait le plus grand bien car elle est malheureusement en mauvaise santé.

Elle qui s’était engagée en tant qu’infirmière lors de la guerre de Sécession en est revenue malade. Sa visite à Dinan est marquée par les passages chez le médecin, voir l’annulation de certaines excursions, pour cause d’intenses douleurs.

Les lettres des sœurs à leur famille sont remplies, non seulement de descriptions du paysage, mais aussi d’anecdotes du quotidien : l’achat d’un oiseau qu’elles nommeront Du Guesclin, le mariage d’une jeune française de leur connaissance, l’absence de bain dans les maisons… Les détails abondent pour décrire leur vie dinannaise.

Un aperçu de la Bretagne à la fin du XIXe siècle

Les lettres des sœurs sont remplies de descriptions. Comme celles des Bretons dans leurs costumes par Louisa « les femmes coiffées de chapeaux blancs, assises çà et là sur les pentes verdoyantes, ressemblaient à des fleurs. Les chemises bleues des hommes, ainsi que leurs chapeaux à larges bords renforçaient cet effet. »
Léhon est un coup de cœur pour les deux jeunes femmes. Louisa le décrit comme un « joli endroit avec son église en ruines pleine de corbeaux, son vieux moulin dont la roue à eau est recouverte de vignes, [...] sa rivière sinueuse et ses prairies couvertes de jacinthes bleues et de marguerites roses ». Quant à May, elle est dithyrambique : « Je n'entre jamais à Léhon sans être profondément impressionnée par son incroyable ancienneté et sans avoir la certitude que la ville est exactement ainsi depuis la nuit des temps. »
Dinan avait apparemment en 1870 « les murs gris en ruine recouverts d'un lierre des plus luxuriants et de vignes grimpantes de toutes sortes » d'après May qui estime que « à l'exception de la Rome antique, cette ville est aussi ancienne que tout ce que l'on puisse imaginer ».
D'autres endroits sont brièvement évoqués comme les villes sur la côte, qui séduisent moins les jeunes femmes. « Nous avons eu une belle vue sur la mer à Saint-Malo. Nous n'avons pas aimé Dinard et n'y retournerons pas. »

Le voyage continue

Le 15 juin 1870, après deux mois à Dinan, les Américaines quittent la ville et reprennent leur périple. Elles avaient songé à s’installer quelque temps au Guildo, mais c’est finalement la vallée de la Loire et ses châteaux qu’elles visiteront – Tours, Blois, Amboise – avant de quitter la France pour la Suisse.

De leur passage à Dinan, il ne reste aujourd’hui aucune trace, si ce n’est les lettres qu’elles auront envoyées chaque semaine à leur famille pendant deux mois, vingt-trois en tout.

« Little Women Abroad » le recueil des lettres

Lettres et croquis sont disponibles en anglais dans le livre « Little Women Abroad », publié aux Presses de l’université de Georgie et éditée par Daniel Shealy. Jean-Yves Ruaux en fait également une description précise dans un article du « Pays de Dinan » de 2014, que son directeur de publication Loïc-René Vilbert nous a donné l’autorisation d’utiliser.

C’est grâce à cet article que l’on apprend pourquoi les sœurs Alcott ont choisi de visiter Dinan : elles ont simplement suivi les recommandations d’un guide touristique londonien le Murrays. C’est donc à ce livre qu’elles doivent d’avoir découvert les charmes de la Bretagne et de Dinan.

L’article du Pays de Dinan de 2014 est consultable à la bibliothèque de Dinan. Little Women Abroad peut-être emprunté via des bibliothèques universitaires.

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