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Dans la communauté du hockey, plusieurs croient que les joueurs du Canadien videront leurs casiers au complexe d’entraînement de Brossard dans un peu plus d’une semaine. En d’autres mots, on ne s’attend pas à ce que les hommes de Martin St-Louis veillent tard face aux Hurricanes de la Caroline.
Pour certains, cette impression résulte d’une simple analyse des forces en place. Après tout, les Hurricanes ont amassé 113 points cette saison, ce qui leur a valu la meilleure fiche de l’Association de l’Est.
Mais surtout, cette équipe pratique un style de jeu atypique et exigeant qui semble sorti tout droit du cerveau d’un maniaque des statistiques avancées.

Rod Brind'Amour et Jordan Martinook après le 4e match de la série opposant les Hurricanes de la Caroline aux Flyers de Philadelphie.
Photo : Getty Images / Bruce Bennett
Les Hurricanes ne se posent pas de questions. Ils appliquent une très forte pression sur les défenses adverses. Et au lieu de construire des jeux dans l’espoir d’obtenir des chances de marquer de qualité, ils acheminent au filet le plus de rondelles possible. Ils se nourrissent ensuite du chaos qu’ils ont généré.
Cette façon de jouer – extrêmement exigeante – fait d’eux les maîtres absolus de la possession de rondelle dans la LNH. Au cours des quatre dernières saisons, sans interruption, les Hurricanes ont maintenu un taux de contrôle des tentatives de tirs frisant ou surpassant les 60 %. Pour ceux qui l’ignorent, quand une équipe obtient une note de 60 % durant un match, ça signifie que ses adversaires n’ont presque pas touché à la rondelle.
En saison, les Hurricanes ont tenté 1410 tirs de plus que leurs adversaires. C’est près de 400 tirs de plus que l’équipe apparaissant au second rang dans cette catégorie statistique, l’Avalanche du Colorado. Pour illustrer à quel point les philosophies de Rod Brind’Amour et de Martin St-Louis sont différentes, il suffit de mentionner que le CH – nettement plus sélectif – a tenté 258 tirs de moins que ses rivaux. Montréal apparaissait ainsi au 25e rang de la LNH à la fin du calendrier.
Ce système de jeu a permis aux Hurricanes de se façonner la deuxième attaque de la LNH (291 buts) malgré le fait qu’ils ne comptent aucune supervedette offensive dans leurs rangs. Ils misent plutôt sur sept marqueurs de 20 buts et plus, soit plus que n’importe quelle autre équipe. Pour sa part, le Canadien a présenté quatre de ces marqueurs durant le calendrier. Mais il n’en reste que trois depuis le début des séries parce qu’Oliver Kapanen (22 buts) a perdu la confiance de Martin St-Louis.
D’un simple point de vue sportif, c’est donc à ça que le Canadien sera confronté à compter de jeudi.
Plusieurs observateurs font valoir que les statistiques globales des Hurricanes ne sont pas tout à fait pertinentes puisque le Tricolore a vaincu les Caroliniens trois fois en trois matchs cette saison. C’est une observation intéressante.
Dans ces trois défaites, les Hurricanes ont toutefois eu le dessus 46 à 33 au chapitre des chances de marquer de qualité. Et ils ont eu l’avantage dans une proportion de 67,5 % à 32,5 % en ce qui a trait à la possession de rondelle à 5 contre 5.
Ce qui est particulièrement intéressant dans cette histoire, toutefois, c’est que Jakub Dobes a excellé dans ces trois rencontres et que les gardiens des Hurricanes ont maintenu une affreuse moyenne d’efficacité de ,700 à forces égales dans ces rencontres.
Si le Canadien a une chance de remporter cette série, il faudra clairement qu’elle vienne de son gardien.
L’aspect sportif ayant été couvert, attardons-nous maintenant au contexte dans lequel cette série Canadien-Hurricanes sera disputée. Parce que ce contexte pèse extrêmement lourd.
Une foule de citations et de proverbes nous enseignent que l’Histoire se répète constamment. Le sport étant une métaphore de la vie, sa petite histoire se répète encore plus souvent, comme une sorte de hoquet.
Avant le début de la saison, j’écrivais dans cette chronique que parce que le Canadien misait sur la plus jeune formation de la LNH, le simple fait de se qualifier allait constituer un extraordinaire exploit.
Je soutenais alors que voir la plus jeune équipe de la LNH accéder aux séries était l’équivalent de voir un sprinter de 16 ans réussir un chrono de 10 secondes au 100 mètres dans une compétition locale. Et que si le CH réussissait ce tour de force, nous pourrions en déduire que quelque chose de spécial allait survenir au cours des prochaines années.
Avant cette saison – depuis le début de l’ère du plafond salarial – les quatre seules plus jeunes équipes à s’être qualifiées étaient les Hurricanes de 2018-2019, les Kings de la saison 2009-2010, les Blackhawks de 2008-2009 et les Sabres de 2006-2007.

Nikolaj Ehlers célèbre un but lors du 4e match opposant les Hurricanes de la Caroline aux Flyers de Philadelphie.
Photo : Getty Images / Jaylynn Nash
Les Hurricanes sont des aspirants à la Coupe Stanley depuis ce temps. Ils en sont d’ailleurs à leur quatrième finale d’association. Les Kings de Los Angeles ont remporté deux coupes au cours des saisons suivantes et les Blackhawks en ont remporté trois. Pour des raisons financières, les Sabres ont pour leur part été démantelés avant de concrétiser leurs promesses.
Par contre, malgré leur immense talent et leur exceptionnelle précocité, aucune de ces équipes n’est parvenue à franchir le troisième tour des séries à titre de plus jeune équipe de la LNH. Et il est très facile de comprendre pourquoi. Il faut être équipé pour veiller très tard pour se rendre jusqu’à la finale de la Coupe Stanley et il est impossible de faire pousser une fleur plus rapidement en tirant dessus.
L’autre facteur circonstanciel qui influencera considérablement la série Canadien-Hurricanes est la qualité des parcours que viennent de traverser les deux camps.
Au cours du dernier mois, les Hurricanes ont voyagé sur l’autoroute – ou plutôt sur l’autobahn – pendant que le Canadien se tapait un sentier de garnotte, comme disait un vieil ami.
Il y a près de deux semaines, les Hurricanes sont devenus la première équipe en 41 ans (depuis les Oilers de la saison 1984-1985) à remporter leurs huit premiers matchs des séries. Grâce à cet exploit, ils auront bénéficié d’un repos de 11 jours avant de croiser le fer avec le CH. Pour les Hurricanes, dont le style de jeu est extrêmement exigeant, cette pause constitue une véritable bénédiction.
Dans l’histoire moderne de la LNH – depuis 1943 – seulement quatre équipes ont entrepris leur tournoi printanier en remportant leurs huit premiers matchs. Et trois d’entre elles ont remporté la Coupe Stanley.
Les seuls qui n’ont pas soulevé le trophée sont les Blues de la saison 1968-1969. Mais cela s’explique. Saint Louis, alors une équipe d’expansion, avait disputé ses deux premiers tours contre deux autres équipes d’expansion. Arrivés en finale, les Blues avaient donc été balayés à leur tour par le Canadien (mené par Jean Béliveau, Yvan Cournoyer ainsi que les jeunes Jacques Lemaire et Serge Savard).
Quant au Canadien, il vient de se taper deux séries de sept matchs. Les joueurs n’étant pas des machines, ces rencontres supplémentaires laissent inévitablement des traces.
Depuis le début des années 2000, 11 équipes ont remporté leurs deux premières séries en sept matchs. Et ce n’est pas un hasard si neuf de ces équipes (82 %) n’ont pas survécu au tour suivant.

Claude Giroux faisait partie des Flyers de Philadelphie qui ont mis fin au « printemps Halak » lors des séries éliminatoires 2010.
Photo : La Presse canadienne / Ryan Remiorz
Le fameux printemps Halak de 2010 constitue un bel exemple des effets dévastateurs de la fatigue et des blessures accumulées. Complètement vidé après avoir galvanisé la ville pendant un mois, le CH s’était fait liquider en cinq matchs par les Flyers.
Les Rangers de New York de 2014, dont Martin St-Louis faisait partie, font partie des exceptions. Cette année-là, ils ont remporté la finale de l’Est malgré le fait qu’ils avaient disputé 14 matchs lors des deux premiers tours. Les partisans du CH se souviendront toutefois que Kris Kreider avait facilité la tâche des Blueshirts en blessant Carey Price en lever de rideau.
Toujours en 2014, les Rangers se sont retrouvés en finale contre les Kings. Et ces derniers, tenez-vous bien, avaient eu besoin de sept rencontres pour remporter chacune de leurs trois premières séries.
Les Kings ont remporté la coupe Stanley malgré tout en 2014. Et ceux qui voient le verre à 9 % plein se disent que tout est possible pour le Canadien. Cette conquête des Kings était toutefois leur deuxième en trois ans. Contrairement au CH, la troupe californienne était alors à son apogée.
Pour toutes ces raisons, les petits gars ont une immense commande sur leurs jeunes bras meurtris.


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