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Treize ans après la tragédie ferroviaire de Lac-Mégantic, l'autorisation de construire la voie de contournement ravive les tensions dans la région. Si plusieurs y voient enfin une étape vers un sentiment de sécurité retrouvé, d'autres dénoncent toujours le tracé retenu et craignent ses répercussions sur l'environnement.
L'Office des transports du Canada (OTC) a donné son feu vert hier au projet, qui prévoit la construction d'une nouvelle voie ferrée de 12,5 kilomètres afin de détourner le trafic ferroviaire du centre-ville de Lac-Mégantic. La décision peut être contestée à l'intérieur de 30 jours. Les motifs détaillés de l'OTC seront publiés au mois d'août.
Pour les municipalités voisines et les citoyens expropriés, l'annonce de l'OTC suscite de vives inquiétudes, principalement axées sur les impacts environnementaux et la sécurité des infrastructures d'eau potable.
À Frontenac, où certains propriétaires seront expropriées, l'annonce est accueillie avec inquiétude. La nappe phréatique s'avère aussi au cœur des préoccupations de Yolande Boulanger, une résidente de 88 ans dont la terre agricole sera scindée en deux par le nouveau tracé.
J'ai aucune objection contre une voie de contournement, mais pas ce tracé-là. Ce tracé-là, il y a trop de risques de contamination de la nappe phréatique. L'environnement est bien trop attaqué.
Elle dit poursuivre sa mobilisation avant tout pour protéger les sources d'eau potable plutôt que pour défendre sa propriété.
Le maire de Nantes, Daniel Gendron, partage ces préoccupations. Selon lui, le projet déplace simplement les risques vers les municipalités voisines.
On n'a jamais été contre l'idée de sortir le train de Lac-Mégantic. Le problème, c'est qu'il est dompé dans la cour du voisin, affirme-t-il. Il craint notamment des impacts sur les milieux humides, les puits privés et la rivière Chaudière, malgré les mesures d'atténuation prévues.

Le tracé de 12,5 kilomètres doit traverser plusieurs terres agricoles et forestières à Nantes et à Frontenac.
Photo : Gouvernement du Canada
Le maire de Nantes, Daniel Gendron, ne cache pas non plus son scepticisme face aux engagements de surveillance pris par la compagnie ferroviaire CPKC. Il rappelle que l'entreprise n'avait versé aucune indemnité à la suite de l'accident.
Il n'y a aucun sérieux là-dedans. Est-ce que vous pensez que CPKC est un bon citoyen corporatif? Est-ce qu'ils ont déjà donné un dollar à la ville de Lac-Mégantic ou aux résidents autour? Ils n'ont participé à aucune réunion. Eux se font donner un cadeau, là.
M. Gendron déplore également les répercussions financières pour sa municipalité de 1500 habitants. L'expropriation des terres entraîne une perte nette de revenus fonciers évaluée à au moins 15 000 $ par année, ce qui forcera une surtaxation des citoyens pour équilibrer le budget municipal.
Les citoyens opposés à la décision disposent d'un délai de 30 jours pour la contester. Yolande Boulanger critique également ce délai, soulignant qu'il coïncide avec les vacances de la construction, une période où de nombreux professionnels et avocats ne sont pas joignables.
Soulagement à Lac-Mégantic
À l'inverse, pour l'administration de Lac-Mégantic, cette approbation est accueillie comme un immense soulagement, attendu depuis plus d'une décennie.
La mairesse, Julie Morin, insiste sur le fait que la sécurité de sa population doit primer, rappelant la configuration topographique unique et dangereuse du centre-ville, situé au bas de la deuxième plus longue pente ferroviaire au Canada.
Non seulement c'est la sécurité qui va être garantie, c'est un sentiment de sécurité aussi qui va regagner les citoyens, et on va pouvoir finaliser le développement de notre centre-ville qui reste actuellement avec un grand vide.

La mairesse Julie Morin insiste sur le fait que la sécurité de sa population doit primer. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Jean-François Bélanger
La mairesse reconnaît toutefois que les inquiétudes de ses opposants sont réelles. Elle estime que le projet répond à leurs préoccupations en s'assortissant de nombreuses mesures d'atténuation.
Du côté de la Coalition des citoyens et organismes engagés pour la sécurité ferroviaire de Lac-Mégantic, ces mesures d'atténuation ne suffisent pas. Elle se dit contente de la décision, mais pas satisfaite complètement […] puisqu'aucun élément majeur de sécurité au niveau des opérations ferroviaires à venir n'a été ajouté aux mesures.
L'autorisation de l'OTC constitue la dernière grande étape réglementaire avant le début de la construction. L'échéancier des travaux et leur coût final restent toutefois inconnus.


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