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Lors d'un rassemblement dans son fief berlinois, le parti a tentéde mobiliser adhérents et passants. Sauf que les antifas, présents en masse et bien décidés à perturber l'événement, ne l'entendent pas de cette oreille.
"Notre pays d'abord", "make Germany great again", peut-on lire sur les affiches de campagne ou les casquettes des participants, le ton est donné, en cette fin d'après-midi.C'est dans son fief de Marzahn-Hellersdorf, à l'extrême Est de Berlin, que l'AfD a convié à l'un de ses premiers meetings de campagne. Car le 20 septembre prochain, les Berlinois sont appelés aux urnes pour renouveler leur parlement local. Alors forcément, quelques jours seulement après l'attentat terroriste islamiste qui a fait un mort et une trentaine de blessés lors de la Marche des Fiertés, le parti mise gros. Mais de l'autre côté du cordon de sécurité de la police, des centaines d'antifas sont réunis en nombre pour dire non aux idées "fascistes" de l'AfD. Ils sont d'ailleurs au moins trois fois plus nombreux que les militants d'extrême-droite.
Deux rassemblements dans le calme
Pas de quoi décourager les quelque 200 personnes qui ont fait le déplacement pour écouter leurs champions de l'AfD, en pleines vacances scolaires. Jörn Geissler, vice-président du parti dans cet arrondissement, espère que la place se remplira encore un peu: "les premiers discours auront lieu dans une vingtaine de minutes, on peut encore espérer un peu de monde! Après, il fait très chaud aujourd'hui", concède-t-il, avant d'essuyer quelques gouttes de sueur de son front.
De l'autre côté, chez les antifas, Michael, père d'une petite fille, est ravi qu'autant de personnes aient fait le déplacement, pour ne pas "banaliser" le parti: "si l'AfD est à 30% dans les sondages, on peut espérer que 70% des gens pensent comme nous", explique le jeune homme, se basant sur les derniers sondages d'opinion, qui placent l'extrême droite à ce niveau. "Il faut montrer qu'on est là, pas seulement rester chez soi, même s'il fait très chaud, même si on n'a pas envie."
"S'en prendre à une marche des fiertés, c'est s'en prendre au droit fondamental d'être soi-même, ouvertement et sans crainte"Un attentat dans toutes les têtes
Au meeting de l'extrême-droite comme à la contre-manifestation, un événement est dans toutes les têtes: l'attentat de la Pride de la semaine précédente à Berlin. Martin Kohler de Generation Deutschland en est sur: son parti va profiter des retombées électorales de cet attentat. "On le dit depuis des années", exhorte t-il. Un peu plus loin, Momo, Croate né à Berlin l'assure: l'attaque de la Pride n'est pas une surprise. Il ajoute: "Il faut expulser tous ces criminels!". Lui qui revient de vacances "all-inclusive" en Égypte avec sa femme espèreque Berlin s'inspirera de la politique menée au Caire: "en Égypte, la sécurité est une prioritéabsolue : personne n'y entre sans y être autorisé", termine t-il, avant de remettre ses lunettes de soleil sur son nez bronzé. Denny, 38 ans, prof de fitness très musclé, partage l'avis de Momo. Et ajoute: "ils ne parviennent même pas à empêcher cela, alors qu'il s'agissait d'un individu connu pour être une menace islamiste."
Car sur le plan juridique, Abdul B., 21 ans, le terroriste de la Pride, avait été condamné en mai dernier à un an et dix mois de prison par la justice des mineurs. Il avait, selon le tribunal de Berlin, préparé un acte de violence après avoir tenté de rejoindre l'organisation État islamique. Le tribunal l'avait remis en liberté, sous un régime proche du sursis. L'appel du parquet sur cette décision jugée trop clémente n'avait pas encore été jugé lorsque le jeune homme a foncé dans la foule, en marge de la Marche des Fiertés. De quoi faire dire à Martin Kohler de Generation Deutschland, qu'il aurait dû être expulsé. A la remarque selon laquelle Abdul B. était Allemand, et donc inexpulsable, il répond: "l'AfD souhaite revenir sur le droit du sol."
Sur ce sujet, loin de botter en touche, les antifas demandent une chose: "créer une société plus inclusive, où chacun trouve sa place", explique Milo Neuhaus, estimant que la marginalisation favorise les processus de radicalisation. Avant que ses camarades sortent un immense drapeau LGBTQI+, en souvenir de la victime de cet attentat.
Attaque contre la gay pride de Berlin : l'auteur présumé tué par la police, la piste terroriste se préciseUne élection cruciale
Janine, mère de famille et fervente électrice de l'AfD a un sujet de prédilection: la fraude électorale. Elle est sûre que les élections locales du 20 septembre prochain seront "volées" à son parti: "j'ai lu sur les réseaux sociaux que dans les bureaux de vote, on s'entend à l'avance pour faire disparaître des voix." Pourtant, ici, à Marzahn, l'AfD fait de très hauts scores depuis des années. Si bien que le député au Bundestag de cette circonscription est un élu du parti. Milo Neuhaus, responsable presse de la contre-manifestation, regrette que de nombreux incidents d'extrême droite aient lieu dans ce quartier : "cette semaine, un groupuscule d'extrême droite a mis le feu à un centre d'accueil pour migrants à seulement quelques kilomètres d'ici". Lui comme d'autres personnes rencontrées, dont Michael ou encore Ulli, une vieil homme "profondément anticapitaliste", l'affirment: "il ne fait pas bon être pro-démocratie dans ce quartier de Berlin".
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