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L'Iran est-il à l'aube d'un changement politique et idéologique majeur ? À tout le moins, le pays a acté dimanche la fin du long règne du guide suprême Ali Khamenei, tué samedi dans une vague d'attaques aériennes lancées conjointement par les États-Unis et Israël. Preuve que la mort de son principal dirigeant constitue bien un séisme politique en Iran, la République islamique a décrété un deuil de quarante jours qui a débuté ce 1er mars. L'a rejoint ce même jour l'ancien président ultraconservateur Mahmoud Ahmadinejad (2005-2013), tué lui aussi à Téhéran dans un de ces assauts menés en dehors de tout cadre onusien mais, selon Washington, avec la "légitimité" de régler une "question de sécurité mondiale".
L'ayatollah Khamenei, qui avait 86 ans, était la plus haute autorité du pays, avalisant et orientant tant sa politique intérieure qu'extérieure. Il était au pouvoir depuis plus de 37 ans, après avoir succédé à l'un de ses mentors, l'ayatollah Khomeini, fondateur de ce régime théocratique. Selon Israël, il est mort dans le bombardement d'une propriété de la capitale iranienne où se tenait une importante réunion, au milieu d'une quarantaine de hauts responsables des Gardiens de la révolution, de l'armée et des services de renseignement. Donald Trump a affirmé dimanche que 48 dirigeants avaient été tués depuis le début de cette offensive.
De Jérusalem à Tel-Aviv, les Israéliens prêchent la chute du régime iranien : "Cette euphorie frénétique risque de se dissiper"Vacance de pouvoir et violente riposte
Si la question de sa succession était posée depuis plusieurs années, la mort brutale d'Ali Khamenei a ouvert une période de vacance du pouvoir suprême que les dirigeants de la République islamique se sont empressés de refermer tant bien que mal, en vertu du scénario prévu en cas de décès. Le président de la République Massoud Pezechkian, qui fait partie du triumvirat censé assurer la transition dans l'attente de l'élection d'un nouveau guide, n'en a pas moins inscrit son pays dans une dynamique de vengeance. Venger la mort d'Ali Khamenei est un "droit et un devoir légitime", a-t-il déclaré dimanche tout en fustigeant une "déclaration de guerre contre les musulmans". Une tentative visant à susciter une hypothétique solidarité islamique alors que l'Iran est le premier et seul État au monde constitué par des chiites, largement minoritaires dans l'espace musulman.
Les forces armées iraniennes, dont celles des Gardiens de la révolution (pasdarans), ont lancé dès samedi une violente riposte qui a touché Israël mais aussi les territoires de l'Arabie saoudite, des Émirats arabes unis, du Qatar, du Barheïn, du Koweït, et même de la Jordanie. Des agressions qui ont suscité la vive réprobation des autorités de ces pays, hôtes de bases américaines dans la région. "Votre guerre n'est pas avec vos voisins", a déclaré dimanche à l'adresse de Téhéran le ministre d'État émirien aux Affaires étrangères, Anouar Gargach. Les pasdarans ont aussi affirmé dimanche que quatre de leurs missiles balistiques avaient touché le porte-avions américain USS Abraham Lincoln, qui croise en mer d'Arabie, non loiin du détroit d'Ormuz.
Emmanuel Macron : "L'escalade en cours est dangereuse pour tous""Game changer" et mutation étatique
Les États-Unis ont fait état dimanche de la mort en action de trois membres de leurs forces et de plusieurs blessés graves. "C'est un game changer", souligne le spécialiste de l'Iran Clément Therme. "S'il y a des morts américains, cela veut dire qu'ils vont aller jusqu'au bout", poursuit le chercheur associé à l'Institut français des relations internationales (Ifri).
Washington et Tel Aviv avaient préalablement affirmé qu'ils allaient continuer à bombarder l'Iran cette semaine. "Nos forces frappent actuellement au cœur de Téhéran avec une intensité croissante, qui s'amplifiera encore dans les jours à venir", a déclaré dimanche le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou. L'État hébreu, qui a rappelé 100 000 réservistes, mobilise "toute la puissance" de son armée, "afin d'assurer (son) existence et (son) avenir".
Tous les moyens semblent mis en œuvre pour parvenir à un changement de régime en Iran. Par ailleurs, il est vrai que la légitimité des dirigeants iraniens est déjà largement entamée depuis de nombreuses années. Et au rythme où les dirigeants sont tués, une mutation de l'État iranien semble plus que probable. "Sous la forme actuelle, la République islamique ne pourra pas survivre", affirme Clément Therme. Pour lui, le "statu quo" qui prévalait jusqu'ici est "devenu intenable". D'une part parce que les pays de la Péninsule arabique ne vont plus accepter la survie d'un régime qui les bombarde. D'autre part parce que la majorité de la population iranienne ne veut plus des dirigeants actuels.
Les monarchies du Golfe prises en étauDes options sans effondrement
Le chercheur entrevoit deux options possibles. Soit "une nouvelle république islamique, avec un nouveau dirigeant qui va accepter les conditions américaines, sur le modèle du Venezuela". Soit "une transition qui fait la connexion entre l'opposition en exil de (l'ancien prince) Reza Pahlavi et des dirigeants qui ne sont idéologisés afin de promouvoir les intérêts nationaux de l'Iran". Selon lui, l'idéologisation s'amenuise à mesure que l'on s'écarte des plus hautes sphères pouvoir et que l'on descend dans la hiérarchie.
Ces deux scénarios ont l'avantage d'assurer une certaine continuité des structures étatiques. "C'est l'idée d'un changement de régime mais sans effondrement de l'État, précise-t-il, parce que tout le monde a retenu la leçon de l'Irak", où les Américains avaient démantelé l'ensemble des institutions après la chute de Saddam Hussein en 2003.
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