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L’art textile de Magdalena Abakanowicz face aux cauchemars du XXe siècle

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De grandes artistes du XXe siècle ont transformé l'art textile et de la tapisserie en art de la sculpture, parfois de taille monumentale, comme Sheila Hicks, Annie Albers, Olga de Amaral, et, chez nous, Tapta. Il faut ajouter à cette liste celle que le beau musée Bourdelle à Paris remet en lumière, la formidable artiste Magdalena Abakanowicz (1930-2017), grande figure de l'avant-garde polonaise à l'époque communiste.

Hommage à Tapta, notre grande sculptrice

Née à Varsovie d'une famille d'aristocrates et de propriétaires terriens, elle étudie la peinture et le textile à l'Académie des Beaux-Arts de Gdansk puis de Varsovie. Toute son œuvre témoigne de sa traversée d'un siècle tragique. Elle a connu dès son plus jeune âge la guerre, la censure et les privations sous le régime communiste.

Abakan rougde (1969), Sisal, Tate Modern

Magdalena Abakanowicz :Abakan rougde (1969), Sisal, Tate Modern ©photo : D.R.

On retrouve au musée Bourdelle ses premières grandes pièces, qui ont fait sa renommée à partir de 1962 en cordes et tissus de récupération, qu'elle appelait les Abakans. Dont un grand visage rouge vif, ébauché et mystérieux de 4 m de haut, avec un nez pointu, accroché au plafond. À côté, posé au sol, une énorme blessure ouverte, rouge, avec une cicatrice dans laquelle tombe un fil de sang.

 Abakan (1971), Tate

Magdalena Abakanowicz : Abakan (1971), Tate ©Photo :: D.R.

La tapisserie devient sculpture affranchie de la cimaise. Dans les années 1960, elle expose ses Abakans un peu partout en Europe.

Ses "foules"

Dans les années 1970, elle se tourne vers la figuration, à partir du moulage sur nature d'un corps sans tête. Elle appose à l'intérieur du moule des bandes de toile de jute, solidifiées avec de la colle et de la résine. La "coque" qu'elle obtient a l'apparence d'une peau ou d'une écorce.

Magdalena Abakanowicz, série de "Dos", présentée à la Biennale de Venise 1980

Magdalena Abakanowicz, série de "Dos", présentée à la Biennale de Venise 1980 ©photo : D.R.

Elle réalise des Dos qui rappellent ceux que fit Rodin. Elle représenta aussi le corps morcelé (une main, un bras), à nouveau tel Rodin, ou comme si on avait retrouvé ces pièces pétrifiées dans les fouilles de Pompéi.

Elle change encore, entre autres pour la Biennale de Venise 1980, où elle représentait la Pologne, recherchant des effets de foule avec ses corps faits de toiles de jute emballant des pommes de terre, liées par la colle et la résine. Des corps sans tête tous différents.

Plongez dans les envoûtants, colorés et superbes textiles d'Olga de Amaral

Elle fit, entre 1986 et 1997, des Foules, angoissantes, avec ces corps massés l'un contre l'autre, où la solitude de chacun se noie dans la multitude, où on ressent l'histoire des tueries et des destructions insensées dont l'homme est capable. Elle disait : "J'ai vu dans mon enfance la façon dont les foules vénèrent sur commande et haïssent sur commande." Elle ajoutait : "Plusieurs siècles avant Jésus-Christ, Hérodote observait déjà qu'il est bien plus facile pour un dirigeant de convaincre une foule qu'un individu."

Dans une autre œuvre, elle montre ces corps humains, ces "coques", alignés, vus de dos cette fois, assis pliés, sans tête, comme rassemblés par un rituel ou évoquant les images toutes récentes des prisonniers assis l'un contre l'autre dans les prisons du Salvador.

Ces corps sans tête peuvent parfois danser dans une ronde et se tenir par la main. Elle avait découvert au Japon cette danse censée conjurer le désastre atomique. "Ces corps sans visage, se tiennent par la main sans se voir, comme dans une débandade."

 Figures dansantes (2001)

Magdalena Abakanowicz: Figures dansantes (2001) ©Photo : D.R.

Dans sa série les "mutants", les corps humains sont devenus ceux d'étranges animaux.

À la fin de sa vie, Abakanowicz réalisa de grandes sculptures mêlant des troncs d'arbres et des pièces métalliques, leur donnant un titre comme un oxymore : Jeux de guerre.

On découvre aussi au musée Bourdelle ses beaux dessins d'embryons réalisés à l'encre ou ceux d'une mouche morte fortement agrandie dessinée au crayon avec la transparence des ailes.

  • Magdalena Abakanowicz, au musée Bourdelle, Paris, jusqu'au 12 avril. Rens.: Rens.: Bourdelle.paris.fr.

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