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Accueillir le homard pêché grâce aux permis exploratoires au cours des prochaines années sur la Côte-Nord ne sera pas une mince affaire. Pour plusieurs compagnies de l’industrie, les capacités de transformation doivent être acquises à vitesse grand V.
On se doit d’être agiles, affirme le directeur général de l’Association québécoise de l’industrie de la pêche (AQIP), Serge Fortin. Celui-ci explique que l’augmentation fulgurante des prises de homards dans la région coïncide avec une baisse historique des quotas de pêche au crabe des neiges.
Ça a accéléré les investissements, ajoute M. Fortin. Des dépenses qui s’élèvent à plusieurs millions de dollars dans plusieurs usines de la Côte-Nord, que ce soit pour l’automatisation des procédés de transformations ou pour l'installation de viviers.
Pour l’AQIP, ces acquisitions vont permettre à l’industrie de se maintenir à flot. En effet,Serge Fortin croit que les quotas de crabe des neiges continueront de baisser pour plusieurs années encore.
Pendant ce temps, les homards, eux, sont de plus en plus nombreux dans nos fonds marins en raison des changements climatiques, selon lui.

M. Fortin qui est actuellement directeur adjoint prendra la place de Jean-Paul Gagné en avril prochain.
Photo : Gracieuseté : Serge Fortin
Dans un esprit de conserver les emplois, il fallait bouger.
Serge Fortin précise que quatre usines de la Côte-Nord ont ainsi augmenté leurs capacités au cours de la saison morte.
UMEK, à Sept-Îles, est l’une d’entre elles. Sa priorité a été d’augmenter les capacités d’accueil des prises des pêcheurs. L’entreprise doit justement mettre en fonction des viviers qui vont plus que la décupler, grâce à des investissements de près de 8 M$, selon des chiffres dévoilés par Investissement Québec.
L’été dernier, l’augmentation rapide des prises de homards avait d’ailleurs poussé UMEK à trouver des solutions créatives pour garder les homards vivants. Ses viviers avaient une capacité de seulement 10 000 livres de crustacés en vie; la compagnie a donc demandé aux pêcheurs de garder leurs prises un certain temps dans des bacs en pleine mer.

Les boîtes contenant les homards sont préservés au frais en étant submergées dans l'eau de la baie de Sept-Îles, en 2025. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Simon Lavictoire
Pas question de répéter l’expérience cette année : plus de 200 000 livres de homards pourront s’entasser dans les nouveaux viviers d’UMEK.
Leur acquisition est une première étape pour la compagnie, qui veut augmenter ses capacités de transformation dans les prochaines années. Or, pour réaliser ces ambitions et en profiter, il faut développer de nouveaux marchés.
C’est le principal défi pour les deux années à venir, confirme Serge Fortin. Quelque 80 % des exportations faites par ses membres sont destinées aux États-Unis et à la Chine.
Une pêche d'avenir
Ça a travaillé fort, reconnaît Guy Vigneault, le directeur des Pêcheries Shipek, qui ne s'inquiète plus pour la capacité des usines nord-côtière, notamment à Sept-Îles et Longue-Pointe-de-Mingan.
La compagnie détient six permis de pêche au homard, et croit pouvoir le livrer majoritairement dans la région. Ce que l'industrie locale ne peux pas prendre, Guy Vigneault envisage de le faire livrer en Gaspésie.

Guy Vigneault est le directeur de pêcheries Shipek et le coordonnateur des pêches pour les communautés d'Ekuanitshit et de Pakuashipi.
Photo : Radio-Canada / Alban Normandin
Si l'ancien capitaine milite depuis des années pour le développement de cette pêche sur la Côte-Nord, c'est parce qu'il y voit une pêche d'avenir. Pour y en avoir, il y en a! dit-il au sujet du fameux crustacé.
Cela dit, le prognostic de l'AQIP concernant le crabe des neiges l'inquiète. D'un côté, Guy Vigneault en conteste en l'exactitude; selon lui, les prises des crabiers sont plutôt nombreuses dans certains secteurs de la côte. En même temps, il se dit conscient que le homard est appelé à prendre de plus en plus d'importance dans la région.
Presser le pas
Pour faciliter cette transition, l’AQIP a demandé à la ministre des Pêches et Océans, Joanne Thompson, de rendre les permis exploratoires officiels le plus rapidement possible.
Le problème avec les prises obtenues via une pêche exploratoire, c’est qu’elles n’obtiennent pas les certifications requises par plusieurs grandes chaînes d’alimentation. Pour la vente sur les marchés internationaux, ça pose un enjeu, explique Serge Fortin.
Celui-ci dit par ailleurs avoir senti une certaine ouverture de la part de la ministre Thompson, dont le cabinet n’a pas répondu à nos questions pour le moment.
M. Fortin affirme comprendre la nécessité de bien faire les choses afin de s’assurer que la nouvelle pêche au homard sur la Côte-Nord est durable.


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