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L’annulation de 600 milliards de dette : une opportunité pour sortir de l’impasse ?

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Alors que la dette publique française atteint des sommets et que la charge d’intérêts pèse de plus en plus lourd sur le budget de l’État, une proposition revient avec insistance dans le débat politique : l’annulation des titres de dette détenus par la Banque de France. Portée notamment par Jean-Luc Mélenchon, cette annulation d’environ 600 milliards d’euros suscite l’hostilité hystérique de la classe dirigeante centriste. Même si l’on déteste les idées propagées par Mélenchon, il convient d’analyser cette proposition précise au regard des intérêts de la France. Cette mesure prise seule peut avoir des effets bénéfiques mais est inefficace si elle n’est pas accompagnée d’un plan drastique d’économies budgétaires.

Les effets positifs

Le cœur de la proposition est simple : la Banque de France, qui appartient à l’État, détient environ 17 % de la dette publique française. Annuler cette dette reviendrait, selon ses partisans, à un simple jeu d’écriture dans les comptes publics, car l’État se doit de l’argent à lui-même.

Une baisse mécanique du taux d’endettement

L’effet le plus visible serait une réduction immédiate du ratio dette publique/PIB. Avec une dette totale avoisinant les 3 500 milliards d’euros , le ratio de 117 % du PIB pourrait être ramené en dessous de 100 %. Un recul qui placerait la France dans une situation plus proche de la moyenne européenne et enverrait un signal politique fort.

Une économie substantielle sur la charge d’intérêts

Même si le montant exact des intérêts versés spécifiquement à la Banque de France n’est pas publié, une approximation est possible à partir des données disponibles. La charge totale d’intérêts de la dette en 2025 s’élevait à 64,7 milliards d’euros. La Banque de France détenant environ 17 % de la dette, on peut estimer que les intérêts correspondants s’élèvent à environ 11 milliards d’euros par an.

Ces 11 milliards d’euros sont en théorie partie reversés à l’État par la Banque centrale sous forme de dividendes. Mais la Banque de France était déficitaire en 2023 et 2024, l’État n’a pas perçu pas de dividendes. L’excédent de 2025 n’a été atteint que grâce à une opération exceptionnelle sur les réserves en or.

L’impératif du rééquilibrage des comptes

Mélenchon et les économistes qui lui sont proches1 projettent d’utiliser cette marge de manœuvre pour accroître les investissements dans la « transition énergétique ». Mais c’est une idée démagogique. En effet l’annulation de la dette détenue par la Banque de France ne concerne qu’une partie de la dette. Et elle pourrait avoir des conséquences inattendues.

Le spectre de la hausse des taux d’intérêt

La majorité de la dette française (environ 55 %) est détenue par des investisseurs étrangers. Ces derniers, inquiets d’un précédent dangereux, pourraient exiger des taux d’intérêt plus élevés pour acheter la dette française. Les emprunts à taux variables deviendraient alors plus coûteux, annulant potentiellement les bénéfices de l’opération et renchérissant le coût de financement de l’économie tout entière.

Cette évolution n’est cependant pas mécanique : en effet les investisseurs privés ne seraient pas lésés par l’annulation de la dette de la Banque de France. Ils pourraient en outre être rassurés par la baisse du taux d’endettement et surtout par une politique drastique de réduction des dépenses et d’excédent budgétaire.

Cette situation rend impératif, un rééquilibrage des comptes publics.

L’impératif de l’équilibre des comptes : Sarah Knafo et Polémia, la traque des dépenses inutiles ou nuisibles

Les marges de manœuvre nouvelles créées par l’annulation ne sauraient servir à financer de nouvelles dépenses pérennes sans un effort drastique sur les dépenses jugées inutiles ou nuisibles.

Sarah Knafo a proposé un contre-budget 2026 prévoyant 80 milliards d’euros d’économies2. Son plan détaille plusieurs postes de dépenses à supprimer : la réservation des prestations sociales non contributives aux seuls Français (15 à 20 milliards), la suppression de l’aide publique au développement (14,8 milliards), la fin de la politique de la ville (7,9 milliards), la dissolution d’agences comme l’Ademe ou l’Arcom (8 à 12 milliards), ou encore la privatisation de l’audiovisuel public (3,9 milliards).

Ces propositions s’inscrivent dans le droit fil des travaux du cercle de réflexion Polémia, fondé par Jean-Yves Le Gallou, qui promeut le concept de « dépenses nuisibles ». Polémia vise 150 milliards d’euros d’économies, en ciblant notamment la politique migratoire, la transition énergétique et les subventions aux médias et associations militantes3.

Ces chiffres sont impressionnants. Mais il ne faut pas se tromper : si le bloc centriste reste au pouvoir ou si le FMI intervient, l’austérité sera à l’ordre du jour, mais elle frappera les travailleurs et les retraités français, pas les dépenses  inutiles ou nuisibles, tout en préservant les rentes dont bénéficient l’oligarchie et ses soutiens de la bourgeoisie de gauche et leurs clientèles de colons extra-européens.

Le chiffre de 150 Mds d’économie correspond à peu près au montant du déficit public total (État, collectivités territoriales et régimes sociaux). Il permet donc de revenir à l’équilibre. Il n’intègre pas les économies qui pourraient être demandées aux collectivités territoriales, pourtant génératrices de gabegies significatives.

À noter que le RN, hostile à l’annulation partielle de la dette, ne prévoyait que 30 Mds d’économies nettes dans son contre-budget 2026.

L’influence de l’IA sur l’emploi public : l’angle mort des économies

Un facteur majeur est pourtant ignoré par ces plans d’économies : l’impact massif de l’intelligence artificielle sur la fonction publique. Selon un rapport inter-inspections récent, 700 000 agents pourraient voir une partie ou la totalité de leurs tâches automatisées.

Selon le professeur Olivier Meier4un peu moins de 10 % des emplois publics pourraient être transformés ou supprimés par cette vague d’automatisation.

Une étude du cabinet Roland Berger va plus loin, estimant que 7,5 % des postes de fonctionnaires pourraient être entièrement automatisés5 .

L’État pourrait, à terme, se séparer de centaines de milliers d’agents, réalisant des économies bien plus importantes que celles envisagées par les plans politiques actuels. L’IA représente potentiellement des dizaines de milliards d’euros d’économies annuelles sur la masse salariale, un levier que les contre-budgets traditionnels n’ont pas encore intégré.

Incidences économiques et politiques : le bras de fer

Au-delà des chiffres, l’annulation de la dette détenue par la Banque de France aurait des conséquences géopolitiques majeures.

Des tensions avec l’Allemagne et Bruxelles

La France, en agissant seule, violerait les dispositions des traité sur le fonctionnement de l’Union européenne. La présidente de la BCE a rappelé qu’ une annulation n’est pas compatible avec les traités. Les tensions avec l’Allemagne et la Commission européenne seraient extrêmement vives. Cependant, la France est un contributeur net au budget de l’UE, ce qui lui donne un levier de négociation. Des sanctions sont possibles, mais difficiles à appliquer contre un pays aussi central.

La compétitivité française serait renforcée

Le débat ravive la question de la valeur de l’euro. Un euro fort, qui a profité à l’Allemagne en rendant ses exportations compétitives grâce à une monnaie plus faible que ce que le mark aurait été. Il a, à l’inverse, nui à la compétitivité française. L’industrie française a souffert de cette situation6. Une perte de confiance dans l’euro et un affaiblissement de la monnaie unique, agitée par les politiciens centristes, pourrait paradoxalement aider la France à regagner en compétitivité. Serait ainsi corrigée l’erreur commise par François Mitterrand lors de la mise en place de la monnaie unique.

Des importations plus chères mais une relocalisation possible

Un euro plus faible renchérirait le coût des importations, notamment en hydrocarbures. Cet effet négatif serait toutefois plus limité pour la France que pour l’Allemagne, dont le mix énergétique est plus dépendant du gaz et dont l’industrie est plus énergivore. La France, grâce à son parc nucléaire, est moins vulnérable aux fluctuations des prix du gaz et du pétrole.

Mais une hausse du prix des importations pourrait avoir un effet positif : les consommateurs français, confrontés à des produits étrangers plus chers, se tourneraient davantage vers les produits français. Ce mécanisme de substitution, favoriserait la relocalisation de la production.

Conclusion : une voie vers l’indépendance

L’annulation de la dette détenue par la Banque de France est une option radicale qui comporte des risques, mais aussi des promesses d’indépendance retrouvée.

Les risques sont réels : perte de confiance des marchés, tensions avec les partenaires européens, et possibilité d’une sortie sauvage de l’euro si la situation dégénérait. Mais ces risques valent la peine d’être pris face à l’impasse des politiques menées depuis quarante ans par les partis centristes.

Mais pour qu‘elle porte ses fruits elle doit être accompagnée d’une réduction drastique des dépenses publiques sans augmentation des prélèvements obligatoires, déjà parmi les plus élevés du monde.

Le pire programme n’est pas celui qui propose de briser les chaînes de la dépendance, mais celui qui, au nom de l’orthodoxie, continue de ruiner la France en maintenant un système inique dont les seuls bénéficiaires sont les oligarchies et leurs obligés.

Jean Lamolie

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