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L'aménagement dans les années 80 d'un dépotoir, aujourd'hui fermé, près de la rivière Rimouski revient hanter les contribuables rimouskois. Les travaux pour empêcher le lixiviat – si vous préférez le jus de poubelle – de s'écouler dans le cours d'eau vont coûter 40 millions de dollars, soit six fois plus que ce qui était prévu. D'importants projets destinés à revitaliser le centre-ville sont par le fait même mis sur la glace pour payer cette facture imprévue.
Du strict point de vue économique, le site va s'avérer avec le temps une aventure coûteuse pour les Rimouskois, pouvait-on lire dans un rapport rédigé en 1979 par des citoyens pour convaincre la Ville de ne pas établir un lieu d'enfouissement sanitaire si près de la rivière. Ils n'ont pas été pris au sérieux.
On en paie le prix aujourd'hui, convient le maire Guy Caron.
Les travaux pour endiguer le problème passent donc de 7 M$ à 40 M$ et il faudra faire vite parce que le gouvernement fédéral suit de très près la situation.
C'est clair que je suis déçu, mais il faut assumer nos responsabilités.
Cette somme dépasse, et de beaucoup, n'importe quel projet d'infrastructure, y compris les très couteux remplacements de conduites d'aqueducs et d'égouts.
L'amélioration du drainage au lieu d'enfouissement sanitaire accapare 13 % des sommes qui seront dépensées par la Ville au cours des cinq prochaines années, peut-on lire dans le Programme quinquennal d'immobilisations 2027-2031 présenté lundi.
En théorie, cela représente une part de 124 dollars par année pendant 20 ans pour un compte de taxes moyen. Par contre, puisque des projets ont été repoussés et que d'autres choix restent à faire, il est trop tôt pour prédire l'impact réel de ces travaux d'envergure sur l'impôt foncier.
Deux autres variables pourraient influencer le coût réel de ces travaux d'envergure. D'abord, la somme de 40 millions pourrait fluctuer de plus ou moins 25 %, car l'évaluation complète des travaux est en cours. Ensuite, même s'il ne semble pas exister de programmes d'aide financière pour ce type d'ouvrages, la Ville entend faire preuve d'imagination pour aller chercher de l'argent à Québec ou Ottawa.

Le gouvernement fédéral a émis trois avertissements pour que cesse la pollution depuis 2017. Ici, le ruisseau de la Cavée et l'écoulement toxique de couleur orange.
Photo : Ville de Rimouski
C'est la firme AtkinsRéalis qui a été mandatée pour trouver une solution permanente. L'idée est de créer une barrière, a expliqué le directeur général, Marco Desbiens. Ces travaux devraient se dérouler en 2028 et 2029.
D'ici là, des mesures immédiates seront déployées pour éviter de nouveaux écoulements.
De nouveaux écoulements
Depuis 2017, Environnement et Changement climatique Canada a émis trois avertissements à la Ville en vertu de la Loi sur les pêches.
Les travaux de canalisation du ruisseau de la Cavée prévus cette année devaient suffire pour endiguer le problème.
Mais au printemps 2025, lors de la fonte des neiges, deux nouvelles résurgences se sont produites dans d'autres secteurs du site d'enfouissement fermé en 2005.
C'est là qu'on a compris que le problème était bien plus grave.
Il y a quelques semaines, la Ville a donc reçu une directive de la part d'ECCC.
En terme clair, il s'agit d'une première étape judiciaire pour forcer les autorités municipales à agir pour faire cesser l'écoulement du lixiviat dans la rivière.

À l'époque, les matières résiduelles n'étaient pas triées et toutes enfouies au site d'enfouissement sanitaire.
Photo : Radio-Canada
Si le maire convient que la Ville doit prendre ses responsabilités, il déplore tout de même que la loi ne fasse aucune distinction entre une municipalité et une multinationale.
On a vu ArcelorMittal être condamnée à une amende importante, c'est une entreprise privée qui a une certaine capacité, mais nous, comme Ville, on ne peut pas faire faillite, on ne peut pas avoir de dettes, on ne peut pas déménager, la situation est différente et il devrait y avoir une reconnaissance dans la loi.
L'opération du site d'enfouissement sanitaire entre 1981 et 2005 s'est faite en respect des normes de l'époque, rappelle le directeur du Service génie et environnement, Rémi Fiola. Les sites par atténuation naturelle ont été largement utilisés au Québec. Le but était que s'il y avait des sorties d'eau, il y avait une distance suffisante pour qu'il y ait une épuration naturelle, explique-t-il.

L'ancien lieu d'enfouissement sanitaire a été fermé en 2005. Il se situe en surplomb de la rivière.
Photo : Radio-Canada
Vraisemblablement, cela n'a pas fonctionné à Rimouski. Dès les premières années, du jus de poubelle s'est retrouvé dans la rivière, déversant par le fait même des substances toxiques pour les poissons, comme de l'arsenic, de l'ammoniac et du fer. 600 000 tonnes de déchets dorment toujours à 300 mètres des berges.
Plus tard le centre-ville
Pour faire passer la pilule auprès du contribuable, l'ambitieux projet de réaménagement de la place des Anciens-Combattants, chiffré à près de 20 millions de dollars et censé unifier l'ouest et l'est du centre-ville est remis à plus tard. On parle d'un report de cinq ou six ans.

L'aménagement éphémère de la place des Anciens-Combattants sera donc moins éphémère que prévu.
Photo : Radio-Canada / Sébastien Ross
Juste en face, les travaux de rénovation intérieurs du presbytère Saint-Germain, acquis par la Ville en 2024 sont aussi différés.
Ces deux chantiers devaient permettre de transformer le cœur de la ville en quartier culturel, un projet porté par le maire depuis sa première campagne électorale en 2021.
L'agrandissement de l'hôtel de ville devra aussi attendre.
La Ville contestera
La loi est ainsi faite que le moindre déversement constitue un manquement passible d'amendes variant entre 100 000 $ et 4 millions $ pour une première infraction. La sanction peut même atteindre 8 millions $ pour une récidive.
Pire encore, les employés municipaux pourraient être tenus criminellement responsables si le problème de résurgence toxique ne cessait pas définitivement.

Le dg Marco Desbiens (à gauche) est ciblé personnellement par le gouvernement fédéral, puisqu'il occupe un poste décisionnel.
Photo : Radio-Canada
Ainsi, le directeur général, Marco Desbiens, de même que deux autres hauts fonctionnaires municipaux sont explicitement nommés dans la directive émise par ECCC en juin. La loi prévoit même, dans des cas extrêmes, des peines d'emprisonnements pour les titulaires de postes décisionnels.
Cet élément sera cependant contesté devant les tribunaux par la Ville de Rimouski.
La baignade encore permise

La rivière Rimouski
Photo : Radio-Canada / Émilie Talbot-Hamon
Une grande question subsiste toutefois. Est-il sécuritaire de se baigner dans la rivière Rimouski, comme le font des dizaines, et parfois des centaines de personnes, pendant les chaudes journées d'été?
Les autorités municipales n'ont pas de réponse à cette question. Actuellement, la Ville ne détient pas d'information sur la qualité de l'eau en aval du ruisseau de la Cavée.
Un comité de travail, dont la création a été annoncée l'automne dernier, devrait se réunir sous peu. En attendant, la baignade demeure permise, mais déconseillée, non pas en raison de la pollution, mais à cause des risques de noyade.
Depuis 2005, la Ville dispose d'un lieu d'enfouissement technique (LET) à proximité de l'ancien LES. Par contre, le nouveau site est doté de membranes afin d'empêcher les écoulements.


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