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International 04/06/2026 19:01 Actualisé le 04/06/2026 20:14
Le Premier ministre israélien est accusé par ses opposants et certains de ses alliés d’être le pantin de Donald Trump à quatre mois d’élections législatives cruciales.
Pris en étau. Le ministre israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, a accusé, ce jeudi 4 juin, Benjamin Netanyahu de prendre de « mauvaises décisions », qualifiant de « grave erreur » l’accord de cessez-le-feu entre Israël et le Liban, déjà violé et refusé par le Hezbollah. Les critiques de ce ministre d’extrême droite mettent en évidence la position délicate du Premier ministre israélien, obligé de composer avec Donald Trump poussant pour la désescalade et les exigences de sa coalition réclamant une ligne beaucoup plus dure contre le mouvement chiite.
Conscient de sa dépendance au soutien américain, tant sur le plan militaire que diplomatique, le Premier ministre israélien doit à tout prix conserver son alliance avec Donald Trump. Le président républicain s’est d’ailleurs félicité mercredi d’avoir empêché une vaste opération militaire israélienne à Beyrouth. Selon le média américain Axios, Donald Trump aurait bloqué des frappes visant Dahiyé, un fief du Hezbollah dans la capitale libanaise, avec un coup de pression à Benjamin Netanyahu. « Tu es un p***** de malade. Sans moi, tu serais en prison. Tout le monde te déteste désormais. Tout le monde déteste Israël (...) », lui a-t-il lancé au téléphone. Benjamin Netanyahu a finalement renoncé à ces bombardements.
Et si Trump met autant la pression sur Netanyahu c’est qu’il craint qu’une reprise des affrontements entre Israël et le Hezbollah compromette les discussions en cours avec l’Iran, analyse l’Associated Press. Téhéran exige en effet que tout accord avec Washington englobe un cessez-le-feu au Liban. Le locataire du Bureau ovale sait aussi qu’il doit mettre fin rapidement à l’escalade dans la région, car la hausse des prix de l’énergie et l’incertitude économique menacent les perspectives des républicains aux élections de mi-mandat.
Accusé de céder le pouvoir à Donald Trump
Mais quand il répond aux exigences de Donald Trump, Benjamin Netanyahu fait alors face aux critiques de ses opposants politiques l’accusant d’être le pantin de la Maison Blanche. « Un véritable État vassal », a ainsi taclé Yair Lapid, le chef de l’opposition israélienne classé au centre-gauche, dans un message publié sur X. Naftali Bennett, candidat d’extrême droite au poste de Premier ministre lors des prochaines élections législatives, a, de son côté, estimé que le gouvernement avait « perdu le contrôle de la souveraineté israélienne », rapporte le New York Times.
Les critiques s’élèvent aussi dans sa propre coalition. À propos du cessez-le-feu au Liban, son ministre Itamar Ben-Gvir a fustigé sur X : « Le Premier ministre aurait dû dire au président Trump : “nous vous aimons et vous apprécions, mais Israël est un État souverain et indépendant” (...) Il y a des moments où il faut savoir dire “non” même au président des États-Unis », sinon « nous aurons affaire au Hezbollah la prochaine fois, alors qu’il sera bien plus fort et bien plus dangereux ».
Acculé, Benjamin Netanyahu a temporisé quelques heures seulement après l’annonce par Donald Trump de l’accord de cessez-le-feu. Il a déclaré qu’Israël poursuivrait ses opérations dans le sud Liban et que Tsahal répliquerait à chaque frappe du Hezbollah : « Notre position reste inchangée ». Un discours destiné à rassurer sa base électorale alors que d’après une enquête du centre de recherche israélien INSS citée par le Wall Street Journal, 69 % des Israéliens soutiennent la poursuite des opérations contre le Hezbollah.
Son soutien s’effrite dans le nord d’Israël avant les législatives
Benjamin Netanyahu perd même des soutiens dans ses fiefs, comme à Kiryat Shmona, dans le nord d’Israël particulièrement visé par les tirs de roquettes du mouvement chiite. Dans cette ville à la frontière libanaise, les habitants sont épuisés. « Toute la nuit, on entend des explosions très fortes », raconte Moshe Yifrah, 45 ans, opposé à un cessez-le-feu avec le Hezbollah. « Avec qui conclurions-nous un accord ? Des meurtriers qui veulent nous tuer ? », dénonce-t-il à Reuters.
La colère des habitants se ressent aussi dans les sondages, pas favorables au chef du gouvernement israélien. Seuls 23 % des électeurs du nord du pays se disaient prêts à soutenir le Likoud (le parti de Benjamin Netanyahu) lors des prochaines élections, contre 35 % lors des dernières élections de 2022, d’après un sondage de l’institut Agam Labs de l’Université hébraïque d’Israël relayé par Reuters. « Nous assistons à un revirement spectaculaire », explicite Nimrod Nir, analyste politique à Agam Labs. « C’est presque l’inverse de ce que nous avions observé lors des élections précédentes, où les deux tiers des électeurs avaient l’intention de voter pour le bloc anti-Netanyahu »
Des médias israéliens s’inquiètent aussi que les négociations entre l’Iran et les États-Unis au sujet du Liban ne se fassent au détriment des citoyens de l’État hébreu. Le cessez-le-feu « a donné la priorité à un succès diplomatique rapide pour Washington » plutôt qu’aux besoins de sécurité d’Israël et le prolonger davantage reviendrait à « échanger des vies israéliennes contre quelques jours de calme supplémentaires », juge ainsi un éditorialiste du quotidien proche du gouvernement israélien Jerusalem Post.
Toutes ces critiques constituent un handicap politique supplémentaire pour Benjamin Netanyahu déjà fragilisé par ses procès pour fraudes et corruption. À l’aube des élections législatives, prévues au plus tard en octobre, ce scrutin prend de plus en plus l’allure d’un référendum sur son maintien au pouvoir, après 17 ans de règne. Les électeurs israéliens jugeront aussi sa gestion de la crise après l’attaque du 7 octobre 2023, ainsi que des conflits qui ont suivi à Gaza, au Liban et en Iran.


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