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Après avoir choisi le roman de l'auteur canadien, C'était ça ou mourir lors de sa première sélection, au début septembre, l'Académie Goncourt a retiré l'œuvre de Thélyson Orélien de sa sélection, selon l'Agence France-Presse. L'auteur est soupçonné d'avoir utilisé l'intelligence artificielle dans le cadre de la rédaction de ce roman, ce qu'il nie.
Récipiendaire de nombreux prix et en lice pour plusieurs autres, le romancier est dans la tourmente depuis qu'un compte X au nom de Balance ton Claude a partagé les résultats de son analyse de plusieurs extraits de son roman.
Le compte a fait appel à l'aide de l'outil de détection de contenu généré avec l'IA, Pangram, qui a déterminé que le roman est rédigé presque intégralement par une intelligence artificielle.
Nous avons testé plusieurs passages, à divers endroits du manuscrit, pour presque toujours le même résultat : 100 % IA, peut-ont lire sur le compte Balance ton Claude, qui accompagne sa publication de captures d’écran des deux premiers chapitres du roman soumis à Pangram.
En ce qui concerne les analyses de livres, Pangram estime que son taux de faux positifs est de 0,003 % (ou 3 sur 100 000 textes analysés).
L'an dernier, des chercheurs de l’Université de Chicago ont, eux aussi, conclu que Pangram ne génère à peu près jamais de faux positifs pour les passages de longueur moyenne à longue.
Un des responsables de « Balance ton Claude » révèle son identité
L'essayiste Samuel Fitoussi, chroniqueur au Figaro, a reconnu vendredi sur X faire partie de ce projet collectif, dont les autres acteurs n'ont pas révélé leur identité à ce stade.
Il a expliqué avoir agi en défense de la littérature. Pourtant plutôt techno-optimiste, je redoute qu'après plusieurs millénaires de civilisation fondée sur l'écrit, l'IA provoque la disparition de la lecture et de l'écriture, écrit-il dans un long message.
Ni les idées politiques d'Orélien ni le thème de son livre ne nous importaient, a-t-il assuré, alors que C'était ça ou mourir" raconte le périple à travers douze pays d'un professeur d'histoire-géographie qui fuit son pays englué dans la violence des gangs.
À tous ceux qui nous reprochent d'avoir nui à Orélien, pensez plutôt à l'auteur qui a passé des centaines d'heures sur son manuscrit pour écrire un magnifique livre, qui aurait mérité le Goncourt, et qui ne l'aurait pas eu, a-t-il poursuivi.
Interrogé ces derniers jours par l'AFP sur son implication dans cette polémique, Samuel Fitoussi avait assuré à plusieurs reprises ne pas être derrière le compte qui en est à l'origine.
Alors que des journalistes et experts se penchaient sur la fiabilité des outils de détection de l'IA comme Pangram, des chroniques signées par l'auteur dans plusieurs médias canadiens et français ont été analysées par l'équipe des Décrypteurs.
Résultat : certaines d'entre elles ont été plagiées. Parmi les cas notables, ont pet compter Ne mettons pas nos héros sur un piédestal, publié le 28 février 2012 dans La Presse. Celle-ci ressemble en tout point à celle publiée cinq jours plus tôt dans un média philippin par Dean Andy Bautista.
Parmi d'autres exemples de plagiat décelés par les Décrypteurs se trouve un récit qui a permis à Thélyson de remporter un prix décerné par Radio-Canada. En 2012, il a été primé pour Où va le monde, dont la moitié des phrases et des paragraphes sont tirés du livre en français Le matin des magiciens, de Louis Pauwels et Jacques Bergier, publié en 1960.
Perte de confiance
C’était ça ou mourir a déjà décroché plusieurs prix, dont le prix Méduse, le prix Strasbourg Espoir CIC et le prix du roman Fnac en France. Sans compter le prix Goncourt, pour lequel il a maintenant été écarté, le roman est en lice pour remporter les prix Renaudot, Femina et Médicis.
Son éditeur Boréal avait annoncé jeudi qu'il suspendait la promotion du roman, le temps de faire la lumière sur les allégations.
Malheureusement, il nous est impossible à ce stade-ci d’infirmer ou de confirmer les allégations auxquelles l’auteur fait face. Dans ces circonstances, il est primordial de ne pas tirer de conclusions hâtives [...] En l’absence de preuves sérieuses et tangibles, il ne nous appartient pas de décider s’il a le droit d’exister, écrivait l'éditeur jeudi.
En entrevue avec Patrick Masbourian à l'émission Tout un matin jeudi, le vice-président et éditeur adjoint de La Presse, François Cardinal, a affirmé que le plagiat était une ligne rouge à ne pas franchir au sein de son média.
Lorsqu'on lui a demandé si Thélyson Orélien faisait maintenant partie de la liste noire des collaborateurs potentiels du journal, M. Cardinal ne s'est pas avancé. On n’en est pas encore à se poser cette question-là, parce qu’on est plus à regarder le passé pour l’instant, a-t-il expliqué.
Rappelons également que le Salon du livre de l'Estrie a annoncé jeudi qu'il annulait la participation de Thélyson Orélien à l'événement et qu'il lui retirait son titre d'invité d'honneur.
Thélyson Orélien nie les allégations
Jeudi, l'auteur dénonçait une volonté de le faire taire auprès de l'Agence France-Presse (AFP).
Par rapport à tout ce qui se passe dans l'actualité, je suis prêt à m'exprimer quand tout sera calme, a-t-il indiqué. Je préfère donc prendre un peu de recul et attendre que tout se calme.
Il a assuré à l'AFP se porter bien malgré la pression, avant de prendre la parole à un festival de littérature en France, sous les applaudissements de quelques centaines de personnes.
Il n'a pas évoqué la polémique et n'a pas été interrogé par l'animatrice, qui a déclaré en préambule : On va mettre cette polémique dans un sac plastique et parler littérature, avec notre intelligence naturelle.
Avec les informations de Agence France-Presse


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