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Le rappeur D-Track présente un nouvel album, écrit et enregistré par des détenus de la prison de Hull. Un jour en prison donne la parole à une vingtaine de personnes et permet une incursion en musique derrière les barreaux, dans leur vie et leurs rêves.
Tout part d’ateliers donnés par D-Track au Centre de détention de Hull en 2025. Les ateliers ont été organisés en collaboration avec le LAB-CIPTO (Centre d'intervention et de prévention en toxicomanie de l'Outaouais), dont la mission est d’offrir un espace de création artistique.
Au départ, le LAB m'a mandaté pour donner des ateliers d'écriture. C'est une chose que je fais beaucoup dans ma carrière artistique, explique D-Track, ou David Dufour de son vrai nom.

David Dufour alias D-Track a travaillé près de deux ans avec des détenus lors d’ateliers de création, avant l’enregistrement de l’album.
Photo : Radio-Canada / Maxim Saavedra-Ducharme
Le rappeur concède qu’au départ, les ateliers d’écriture attirent peu de monde, mais il constate un réel engouement des détenus dès l’ajout de la musique.
C’est à ce moment que l’idée germe dans son esprit d’enregistrer sur place les voix des participants incarcérés et de produire un album avec leurs textes.

La pochette de l’album a été conçue par les détenus ayant contribué au disque «Un jour en prison».
Photo : Offert par le LAB-CIPTO / Sasha Yakimishan
Les thématiques abordées par les participants à ces ateliers sont diverses, de la famille à la vie en prison, de l’insomnie à la consommation de drogues, comme dans Ça va tu arrêter?, une des 10 chansons de l’album qui aborde le fléau des surdoses.
Réalisateur et producteur de l’album, D-Track ajoute avoir été étonné par l'ouverture et la vulnérabilité dans l’écriture des chansons.
C'est sûr qu'on avait des restrictions, parce que l'album s'est quand même fait dans le cadre d'une prison. Tout ce qui sort doit être passé au peigne par les autorités de l'établissement. On avait une liberté d'expression, mais en même temps, il fallait faire attention.
Sur une trentaine de textes produits, seuls 10 ont été approuvés par les autorités de la prison. Exit les sacres et les propos liés à la criminalité et aux gangs de rue.
L’ajout de la musique et des photos

En plus d’être compositeur de musique, Quest se passionne pour la photographie.
Photo : Radio-Canada / Maxim Saavedra-Ducharme
Une fois les textes écrits et enregistrés, vient la participation de David Leclerc, ou Quest, de son nom d’artiste. Ce dernier compose la musique pour l’album à partir des écrits rédigés en prison.
L’artiste explique que pour faciliter le processus, D-Track a utilisé des beats pour l’enregistrement. Quest devait ensuite écouter la composition originale et enlever le beat, avant d’en ajouter un nouveau en dessous des paroles, comme pour offrir une trame sonore sur-mesure aux participants.

C’était une première séance photo pour plusieurs des détenus impliqués dans le projet selon Quest.
Photo : Radio-Canada / Maxim Saavedra-Ducharme
La participation de Quest ne s’arrête pas à la production musicale. Il s’est rendu en prison pour photographier des participants. Les clichés nourrissent une exposition en lien avec l’album, présentée au Centre culturel Jacques-Auger jusqu’au 4 octobre.
Un album thérapeutique
Intervenante artistique pour le LAB et travailleuse de rue pour le CIPTO, Sasha Yakimishan a accompagné D-Track lors des ateliers en prison. Elle témoigne de l’effet positif du projet sur les détenus.

Sasha Yakimishan est intervenante de rue depuis huit ans. Elle couvre le secteur du Vieux-Hull.
Photo : Radio-Canada / Maxim Saavedra-Ducharme
Certains n'ont jamais rappé, n'ont jamais écrit de leur vie, puis aujourd'hui, c’est devenu une passion , lance-t-elle avec fierté.
Ce qui m'a le plus touchée chez les gars, c’est cette liberté de s'exprimer sur leur vie et la manière dont ils vivent la détention.
De son côté, D-Track voit tous les bénéfices des ateliers qu’il propose. Quand tu te retrouves enfermé, je pense que l'art devient une thérapie, observe-t-il.

Les portraits des détenus sont exposés au Centre culturel Jacques-Auger jusqu’au 4 octobre.
Photo : Offert par le LAB-CIPTO / Quest
D-Track souligne aussi le côté unificateur du projet. Ça rassemble des gens de différents milieux sociaux, de différentes cultures autour d’un point commun : faire du hip-hop.
Le temps d’un album, les détenus auront l’oreille du public pour faire entendre leur voix. Sasha Yakimishan invite les curieux à aller au-delà de leurs préjugés. Il faut comprendre et écouter l'histoire de la personne. C'est aussi ça qu'on souhaite apporter avec ce projet, conclut la travailleuse sociale.
L’album est disponible à la vente sur le site Internet Bandcamp, au prix de 10 $.


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