Les requérantes estiment que le ministère de la Culture a laissé perdurer les agissements de l’ancien haut fonctionnaire, mis en examen pour avoir drogué près de 250 femmes afin de les contraindre à uriner devant lui.

La rédaction avec AFP - Hier à 19:34 | mis à jour hier à 19:48 - Temps de lecture :

La cour du Palais Royal à Paris, siège du ministère de la Culture. Photo d'illustration Sipa/Adil Benayache La cour du Palais Royal à Paris, siège du ministère de la Culture. Photo d'illustration Sipa/Adil Benayache

Cinq femmes ont demandé ce jeudi au tribunal administratif de condamner l'État, reprochant au ministère de la Culture d'avoir été inactif face à Christian Nègre, un ex-haut fonctionnaire mis en examen pour avoir drogué près de 250 femmes afin de les forcer à uriner en sa présence. À l'audience, leurs avocates ont demandé une indemnisation de 90 000 à 180 000 euros. Mais la rapporteure a préconisé une réparation à une dizaine de milliers d'euros chacune. « Le comportement détestable de Christian Nègre » relève d'une « faute personnelle » d'un « homme avec ses faiblesses, ses passions, ses imprudences », a fait valoir la rapporteure, écartant la responsabilité du ministère. 

Elle a recommandé au tribunal d'ajouter 1 000 euros pour « les difficultés » persistantes « de la vie quotidienne », comme le « manque de confiance » et estimé à 10 000 euros le préjudice moral, comme « la panique bien réelle » ressentie par les plaignantes. En revanche, la rapporteure a « écarté les autres préjudices », comme « l'arrêt des activités sportives » ou « le préjudice sexuel » évoquée pour l'une d'elles, estimant là aussi ces effets non « établis ». La présidente du tribunal a indiqué que la décision serait rendue « dans deux, trois semaines ».

Des indemnisations jugées insuffisantes par les plaignantes

Des sommes insuffisantes, aux yeux des avocates. « Il a été question d'administration de diurétique pour contraindre à uriner et à exhiber son sexe. Ce n'est pas juste une blague, c'est la violation de l'intimité de toutes ces femmes », a fustigé Me Lisanne Chamberland-Poulin. Cette « méthode de prédation a pu être mise en place grâce aux moyens du ministère », a insisté le conseil. Il faut avoir « une vision sérielle » des faits: sur « huit ans », « une à trois femmes par semaine », « sur les heures de service », avec « une circulation » au sein et en dehors du ministère « où on le voyait », abonde Me Capucine des Ligneris.

À l'issue de l'audience, Caroline Darian, cofondatrice de l'association M'endors pas et fille de Gisèle Pélicot, venue au tribunal « en soutien » aux requérantes, a fustigé « 10 ans d'errance ». « Il n’y a pas eu de gestion » au sein du ministère, dénonce-t-elle. L'affaire Nègre repose sur « la perversion », a-t-elle poursuivi, estimant que « les victimes (avaie)nt été humiliées ».

Le récit d’une victime qui dit avoir été « piégée »

« J'ai l'impression d'avoir été piégée à différents niveaux », confie à l'AFP Sylvie Delezenne, aujourd'hui âgée de 45 ans.Par Christian Nègre, d'abord. Sur les réseaux, Mme Delezenne avait indiqué être en recherche d'emploi et celui-ci l'avait contactée pour « un accompagnement ». En 2015, il la reçoit au ministère où elle présente à l'accueil ses papiers d'identité et la raison de sa venue, selon sa version.

Lors de l'entretien, où Christian Nègre lui « parle pendant deux heures » d'une opportunité au mont Saint-Michel, le haut fonctionnaire la conduit hors du ministère. Ne tenant plus à force de marcher, sans toilettes à proximité, Sylvie Delezenne urine « dans un tunnel ». Christian Nègre « la gronde », s'approchant d'elle « en prétextant la cacher avec une veste ». En 2023, plusieurs femmes avaient obtenu une indemnisation, mais sans reconnaissance d'une responsabilité du ministère. La clôture des investigations pénales est attendue fin 2026, d'après la procureure de Paris.

3919 - Violences femmes info

En France, un numéro d'appel national, le 3919, est dédié à l'écoute et à l'orientation des femmes victimes de violences. Appel gratuit et anonyme, service accessible 24h/24 et 7 jours sur 7.

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