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Jusqu’où le gouvernement Trump peut-il aller en Iran?

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En dehors des normes du droit international, les États-Unis et Israël ont porté un violent coup au régime iranien après une salve de frappes militaires lancées samedi sur le pays, qui ont mené à la mort du guide suprême, Ali Khamenei. Les hostilités — et les représailles annoncées de l’Iran — font craindre une escalade des tensions, qui risque de prendre en étau la population iranienne. Le Devoir fait le point sur la situation avec la politologue Hanieh Ziaei et le professeur Thomas Juneau, spécialistes de l’Iran.

Les craintes d’un embrasement au Moyen-Orient étaient toujours vives dimanche après que les frappes israélo-américaines eurent frappé l’Iran et tué l’ayatollah Ali Khamenei, qui a imposé un régime de terreur sur le pays depuis 37 ans.

Le président américain, Donald Trump, a déclaré dimanche au Daily Mail qu’il s’attendait à ce que l’opération américaine contre Téhéran dure « quatre semaines ou moins », sans fournir de détails sur son plan. Quelques heures plus tôt, il avait affirmé au magazine The Atlantic qu’il « allait parler » aux dirigeants iraniens, sans s’avancer sur une date précise ni sur l’identité de ses interlocuteurs.

En représailles de la mort de Khamenei et de plusieurs hauts responsables iraniens, la République islamique a revendiqué son « droit » à la vengeance et a lancé des frappes contre plusieurs pays voisins, notamment ceux abritant des bases américaines, ainsi qu’en Israël, où neuf personnes ont été tuées.

En amont de l’offensive de samedi, le Pentagone a annoncé dimanche avoir « décapité » le quartier général des Gardiens de la Révolution, l’armée idéologique de la République islamique. Un navire de guerre iranien dans le golfe d’Oman aurait aussi été coulé.

Au moment où ces lignes étaient écrites, le bilan des morts en Iran était difficilement vérifiable de manière indépendante. Le Croissant-Rouge iranien faisait état samedi de 200 morts, tandis que le pouvoir judiciaire évoquait au moins 108 morts dans une école de filles. Un média iranien a quant à lui rapporté le décès de 43 membres des forces de sécurité.

Washington, pour sa part, a fait état dimanche de trois soldats américains tués dans l’opération. « Malheureusement il y en aura probablement d’autres avant la fin. C’est comme ça », a lancé Donald Trump dans une vidéo publiée sur Truth Social, dans laquelle il justifie l’opération militaire au nom de la sécurité à long terme de l’Amérique.

Des intentions floues

« Sur le plan tactique, [l’opération] est un succès retentissant pour les États-Unis et Israël », résume Thomas Juneau en entrevue au Devoir.

« Le problème ici, c’est qu’on ne sait pas quel est l’objectif stratégique. Est-ce que c’est vraiment la chute du régime, ou simplement son affaiblissement pour mieux placer les États-Unis dans les négociations avec l’Iran ? Ce n’est pas nécessairement mutuellement exclusif. Mais dans les deux cas, ça demande de la patience et […] une finesse que le gouvernement Trump n’a absolument pas démontrée [jusqu’à présent]. »

Difficile alors, selon lui, de déterminer quelles sont les intentions de Washington ou de juger dans quelle mesure l’offensive lancée samedi s’inscrit dans une stratégie méticuleuse et réfléchie. M. Juneau fait remarquer d’ailleurs que le président américain est resté évasif sur ses intentions envers l’Iran, auquel il n’a accordé que quelques minutes dans son récent discours sur l’état de l’Union.

Hanieh Ziaei, chercheuse associée à la Chaire Raoul-Dandurand, avance que l’offensive militaire lancée samedi traduit la volonté du gouvernement Trump de défendre l’hégémonie américaine face à l’influence croissante de la Russie et de la Chine. Les frappes viseraient ainsi à fragiliser le régime iranien, à le désarmer militairement et à mettre fin à la progression de ses capacités nucléaires.

La politologue explique que les États-Unis voient historiquement la République islamique comme un « État perturbateur », rappelant que Téhéran finance et soutient des groupes armés à l’extérieur de sa frontière, à commencer par le Hezbollah, au Liban, et le Hamas, dans la bande de Gaza. Ces groupes ont d’ailleurs été largement fragilisés par des opérations militaires israéliennes au cours des deux dernières années.

Aux yeux de Mme Ziaei, la contestation populaire en janvier contre le régime iranien et la sanglante répression politique qui a fait des milliers de morts ont offert une « fenêtre d’opportunité » au gouvernement Trump pour qu’il agisse en Iran en utilisant la « carte du sauveur » auprès de la population locale.

Quant à Israël, l’experte soutient que le gouvernement de Benjamin Nétanyahou, avec son offensive commune avec les États-Unis, ne fait ici que poursuivre son offensive dans la région afin d’assurer la « sécurité » de l’État hébreu face à des pays voisins qui lui sont hostiles.

« Aucune limite »

Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a affirmé dimanche que l’Iran ne se fixait « aucune limite » dans son droit à se défendre, au cours d’un entretien avec la chaîne de télévision américaine ABC. « Ce que font les États-Unis est un acte d’agression. Ce que nous faisons, c’est nous défendre. »

Téhéran a jusqu’ici répliqué de façon dispersée en ciblant différents pays alliés des États-Unis, dont le Koweit, le Qatar, les Émirats arabes unis ou le Liban, de même qu’Israël, faisant au total plus d’une dizaine de morts selon les dernières estimations, dimanche.

« Ce qui est frappant jusqu’ici, […] c’est à quel point l’Iran n’a pas réussi à faire mal aux États-Unis, à Israël et aux partenaires américains dans la région », observe Thomas Juneau, sans minimiser les pertes de vie humaines occasionnées jusqu’ici.

Pour lui, les suites de l’offensive de samedi ont surtout révélé la limite des capacités d’attaque iraniennes et l’étendue des moyens défensifs des alliés américains, qui ont intercepté plusieurs missiles iraniens. « Ce n’est pas fini. L’Iran pourrait encore réussir à faire mal ailleurs dans la région. [Mais] le déséquilibre de force est vraiment frappant. »

« Ma crainte, c’est que l’Iran réveille ce qu’on appelle les cellules dormantes dans les pays occidentaux [un groupe inactif de personnes restreint appartenant à une organisation terroriste, qui attend des ordres pour passer à l’action] », dit Mme Ziaei, qui évoque de possibles cyberattaques, voire des attentats, prenant pour cible les pays occidentaux.

Un régime « brutal »

La politologue rappelle que les Iraniens, dont ceux de Téhéran, sont les premiers à payer le prix des affrontements actuels, d’autant qu’ils n’ont bénéficié d’aucun véritable plan d’évacuation de la part des autorités avant les frappes de samedi. Cela est sans compter le rare accès à l’Internet, qui compromet les communications locales et avec l’étranger.

Si plusieurs Iraniennes et Iraniens aspirent à voir la fin de la dictature qui les afflige depuis des décennies, Hanieh Ziaei rappelle qu’une véritable transition politique vers un régime politique ne peut se faire sans ressources et sans encadrement durable. « On parle ici d’un pays de plus de 80 millions d’habitants. Il faut se donner les moyens. »

Dimanche, le président iranien, Massoud Pezechkian, a indiqué qu’un Conseil provisoire de direction était chargé d’assurer la transition après la mort de l’ayatollah Khamenei.

« L’enjeu pour la population iranienne, c’est qu’il n’y a pas de solution de rechange [politique]. Il n’y a pas de gouvernement ni de légitimité à l’intérieur du pays », soutient Thomas Juneau. « Le scénario le plus probable, c’est que la République islamique survive, affaiblie, avec un nouveau leadership. Et la conséquence principale de cela, c’est que la population iranienne continuera à vivre sous un régime extraordinairement brutal et répressif, qui risque de l’être encore plus à l’avenir. »

« Ce qu’il faut aussi comprendre, c’est que la mort du guide suprême ne signifie pas la mort de l’idéologie », conclut Mme Ziaei.

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