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Journée internationale des droits des femmes: «Il n’y a pas de repos possible»

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À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, Le Devoir a rencontré quatre femmes qui, chacune à leur manière, travaillent à soutenir et à défendre les femmes au Québec. Dans les milieux communautaire, policier ou de l’accompagnement, leur engagement se déploie souvent loin des projecteurs. Voici les portraits de femmes pour qui cet engagement est devenu une mission, par Sarah Collardey.

Amélie Bois, de la Sûreté du Québec (SQ)

Amélie Bois est conseillère experte en pratiques policières au sein de l’équipe de lutte contre la violence entre partenaires intimes de la SQ. Dès l’âge de 21 ans, elle a travaillé dans un centre d’hébergement pour femmes victimes de violence conjugale, en parallèle de ses études, et elle s’est ensuite jointe à l’équipe de SOS violence conjugale. « À partir du moment où on comprend l’ampleur de ce que ces femmes traversent, on ne peut pas détourner le regard », estime-t-elle.

Depuis 2019, au sein de la SQ, elle fournit aux policiers les outils nécessaires pour intervenir auprès des victimes de violence : déconstruire les mythes et les relations de pouvoir ou encore amener la perspective des personnes victimes dans la réflexion sur les pratiques policières font partie de son quotidien.

Amélie Bois souhaite faciliter le passage des femmes dans le système judiciaire. Elle précise que l’intervention policière peut être un réel « point tournant » dans le processus, pouvant « fragiliser encore plus » la victime. « Ça ne fait pas si longtemps que ça qu’au Québec on considère la violence conjugale comme quelque chose qui est du domaine public, comme un enjeu collectif », affirme-t-elle, évoquant un « changement de mentalité majeur » dans les cinq dernières années.

Toutefois, « ce combat n’est pas terminé », soutient celle qui est aussi membre du conseil d’administration du Carrefour sécurité en violence conjugale, une cellule d’action concertée. « Pour moi, le droit fondamental, c’est celui de vivre librement et en sécurité. »

Sonia Côté, du Chaînon

Sonia Côté a fait ses premiers pas au Chaînon, un centre d’hébergement pour les femmes en situation de vulnérabilité à Montréal, entre 1987 et 1997 comme coordonnatrice des services. « J’ai tout de suite eu envie de travailler ici, se souvient-elle. Je suis tombée sur une ressource qui m’allait comme un gant. »

Elle raconte avoir su très tôt qu’elle voulait travailler auprès des personnes vivant des inégalités sociales, elle qui est née d’une mère haïtienne s’étant installée au Québec dans les années 1960. « Ça laisse des marques quand on est différent », soulève-t-elle.

Après 25 années dans le réseau public et le milieu communautaire, elle est revenue au Chaînon, cette fois à la tête de l’organisme. « Depuis cinq ans, tous les matins, je sais ce que je viens faire ici », dit-elle, ajoutant sans détour qu’elle a « le plus beau métier du monde ».

Plus de la moitié des femmes accueillies au Chaînon sont victimes de violence, ce qui les mène à une instabilité résidentielle. Le « dénominateur commun » demeure la précarité économique. « Souvent, elles sont dans un mode de survie », explique la p.-d.g., précisant que depuis « au moins trois ans », le centre reçoit plus de femmes issues de l’immigration qu’avant.

Malgré l’agrandissement continuel de sa capacité d’accueil, l’organisme fonctionne toujours au maximum de sa capacité, et se voit obligé de refuser près de 25 femmes par jour. « Il faut continuer sans fin à trouver des opportunités, […] pour [leur en] offrir mille », affirme celle qui a aussi contribué au projet Chez soi, financé par la Commission nationale de la santé mentale. « Nous devons continuer à nous rassembler, à être ensemble, à défendre les droits, il n’y a pas de repos possible. »

Jess Legault, de la FQPN

Dans les années 1980, Jess Legault a été imprégnée par la vision du féminisme de sa mère, qui avait fait le choix de rester à la maison pour éduquer ses six enfants et qui faisait face aux critiques des féministes de l’époque. « L’idée du choix est restée centrale pour moi », dit-elle, en précisant qu’elle prône un « féminisme inclusif ».

D’abord infirmière pendant cinq ans, elle a commencé à s’impliquer dans des organismes communautaires après avoir été, elle aussi, mère au foyer pendant huit ans. C’est en 2020 que Jess a passé la porte de la Fédération du Québec pour le planning des naissances (FQPN), car « la défense des droits en santé sexuelle et reproductive, c’est vraiment la pierre angulaire du choix de parcours de vie des femmes », selon elle.

En tant que coordonnatrice générale et responsable du dossier de l’avortement, elle s’occupe principalement de réaliser une veille politique sur la défense du droit et l’accès à l’avortement au Québec et au Canada. Par exemple, elle et son équipe se sont mobilisées pour demander le retrait de l’article 29 du projet de constitution du ministre de la Justice, Simon Jolin-Barrette.

« On est peut-être dans un moment de retour en arrière », dit-elle en évoquant la montée d’un « discours antiféministe », « mais ça ne veut pas dire qu’on ne va pas continuer d’avancer ». Elle en appelle aussi à une solidarité entre les différents mouvements féministes : « On avancera mieux ensemble. »

La FQPN a été fondée en 1972, peu de temps après la légalisation de la contraception et de l’avortement, pour informer la population. À partir des années 1980, elle est devenue un regroupement féministe de défense des droits organisé autour de trois grands dossiers : la contraception, l’avortement, et l’éducation à la sexualité.

Claudine Thibaudeau, de SOS violence conjugale

Très jeune, Claudine Thibaudeau a été sensibilisée aux inégalités vécues par les femmes. Sa tante, Susan Thibaudeau, avait contesté l’obligation de payer de l’impôt sur les pensions alimentaires touchées par les femmes pour leurs enfants. En 1995, celle-ci perd devant la Cour suprême du Canada, mais, deux ans plus tard, une loi rend non imposables les pensions destinées aux enfants. Ce chapitre « a habité [l’]enfance » de Claudine.

Quelques années plus tard, pendant ses études, une petite annonce sur un babillard de son université a attiré son attention : une maison d’hébergement cherchait des bénévoles. Pour elle, c’était une suite logique. Au même moment, sa meilleure amie était victime de violence conjugale. « Je pense que c’est [dans ce domaine] que je peux faire une différence », s’est-elle dit à l’époque.

Depuis 15 ans, elle œuvre pour SOS violence conjugale « pour changer les choses ». « Il y a beaucoup de travail à faire pour mieux rejoindre les gens », constate-t-elle. Elle y a créé deux outils d’autoexploration en ligne pour aider les femmes à reconnaître les comportements violents et les dynamiques de pouvoir dans leur relation. Ensemble, ils ont été utilisés plus de 400 000 fois, depuis leur création. « Ma mission, c’est de redonner du pouvoir aux femmes victimes de violence conjugale », affirme-t-elle. Elle insiste toutefois : rien n’aurait été possible sans la confiance qu’on lui a accordée et sans le travail de ses collègues.

Actif depuis 40 ans, l’organisme est « la porte d’entrée vers tous les services qui peuvent aider une victime de violence conjugale », explique-t-elle. « La violence conjugale touche absolument n’importe quelle femme. […] Personne n’est à l’abri », selon elle.

En 2026, la travailleuse sociale s’inquiète de « la montée des discours masculinistes ». Elle espère un jour « collectivement réussir à arriver à une masse critique de gens qui sont au clair avec c’est quoi la violence conjugale et qui se positionnent contre ».

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