La révérence du directeur. Parce que Jean Liermier a dirigé avec passion et succès le Théâtre de Carouge pendant dix-huit ans, parce qu’il s’apprête à passer le flambeau – Jean Bellorini lui succédera en janvier –, son ultime mise en scène dans ses habits de patron avait valeur non de testament, mais de signature. Un idéal de théâtre devait se refléter dans La Ménagerie de verre, cette pièce si belle parce que si près des larmes de l’auteur américain Tennessee Williams. On y retrouve ce qui a distingué l’artiste franco-suisse pendant ces dix-huit ans: un alliage de modestie face à l’œuvre et d’attention à la nuance, ce qu’on pourrait nommer l’hommage au texte.
Servir l’œuvre, sans céder jamais à la mode, sans la détourner: ce parti pris est celui du lecteur qui traque le sens sous la peau de la réplique, c’est aussi une forme d’éthique et parfois une limite. On est rarement surpris devant un spectacle de Jean Liermier, mais presque toujours emballé par son plaisir de raconter. C’est là qu’il rencontre Tennessee Williams. Cet Orphée charismatique et tourmenté né en 1911 à Colombus, dans le Mississippi, a su traduire comme peu la neurasthénie d’une Amérique qui s’étouffe derrière son mouchoir de kermesse, sous le poids du puritanisme, de l’obsession de la réussite, du conformisme social.


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