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Dans une lettre publiée dans Le Devoir du 1er septembre dernier, un lecteur s’interrogeait sur « la prolifération de ceux que l’on appelle les “candidats poteaux” ». Pour lui, ces « candidats poteaux sont là pour la forme, pas pour le fond ; la quasi-totalité d’entre eux n’[ayant] aucune chance d’être élu ».
Je comprends l’agacement que peut susciter le vocabulaire électoral lorsqu’il réduit des personnes à une fonction décorative. Mais cette image rate à mon avis l’essentiel : même lorsqu’elle ne gagne pas, une personne candidate aux élections générales québécoises peut bel et bien éclairer un choix collectif.
Ma candidature n’est pas différente des autres. Comme les autres candidats, j’apporte mon éclairage à moi, avec le programme de mon parti, dans ma communauté, dans mon quartier, à tous les électeurs. Je ne suis pas un poteau, je suis un réverbère !
Dans notre système électoral actuel, il est impossible d’appuyer un parti qui n’a pas de candidat local. Au cours des dernières années, nous sommes progressivement passés, à partir des années 1980, de deux partis recueillant ensemble plus de 95 % des votes à maintenant cinq partis qui recueillent chacun plus de 5 % des suffrages. Si l’on veut que le droit fondamental de l’électorat de voter pour le parti de son choix soit respecté, chacun des cinq partis doit présenter une candidature dans chacune des 127 circonscriptions que compte le Québec.
En résulte une multiplication de personnes en lice « à la probabilité marginale d’être élues », pour utiliser un euphémisme commun ces jours-ci.
Il m’apparaît donc extrêmement réducteur de limiter le rôle d’un candidat à ses probabilités de victoire dans sa circonscription.
Les motivations de ces personnes pour se présenter sont multiples. Outre donner la possibilité à l’électorat de voter pour le parti de son choix, des gens s’investissent au nom d’une cause à laquelle ils croient, d’autres cherchent à acquérir une précieuse expérience pour une élection ultérieure, peut-être dans un autre ordre de gouvernement.
Sur le plan humain, je peux témoigner que c’est aussi une formidable expérience que d’aller à la rencontre de parfaits inconnus pour discuter avec eux des questions qui les préoccupent. Ce n’est pas dans la vie de tous les jours que l’on a l’occasion de multiplier de telles rencontres.
Les plus motivés et les plus engagés des candidats permettent aux citoyens de participer plus activement au débat démocratique local. Durant leurs activités de campagne, ces candidats abordent des enjeux nationaux auxquels ils donnent une résonance locale. S’il n’y avait pas de candidature péquiste dans ma circonscription, qui porterait la question de l’indépendance du Québec dans le débat local ? Les candidatures locales contribuent, chacune à leur manière, à éclairer le choix de l’électorat.
Quant à l’affirmation selon laquelle les partis traditionnels semblent avoir « atteint les limites de leur réservoir de talents politiques », je répondrai simplement par une analogie sportive. Au hockey, la profondeur d’une équipe se mesure surtout à la qualité de son quatrième trio.


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