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"Je me sentais comme un objet" : deux femmes accusent Julio Iglesias d'agressions sexuelles et de "traite d'êtres humains"

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Un média espagnol et une chaîne de télévision américaine dévoilent une enquête de plusieurs mois sur la star de la chanson. Deux anciennes employées témoignent contre le chanteur, âgé aujourd'hui de 82 ans.

Les révélations sont accablantes : elles sont le fruit d'une enquête de trois ans, publiée mardi 13 janvier publiée par eldiario.es. Deux anciennes employées de Julio Iglesias poursuivent la star espagnole de la chanson en justice : elles l'accusent d'agressions sexuelles et des viols commis par le chanteur, âgé aujourd'hui de 82 ans. Une plainte auprès du parquet de la Cour nationale espagnole a été déposée le 5 janvier pour des faits de "crimes de traite des êtres humains à des fins de travail forcé et de servitude, d’atteintes à la liberté et à l’intégrité sexuelles, de violences et d’atteintes aux droits des travailleurs", a annoncé l’organisation Women’s Link Worldwide, qui les représente. 

Les deux plaignantes, l'une employée pour la cuisine et le ménage, l'autre kiné, accusent le chanteur d'abus et d'agressions. La première raconte une fellation pendant des heures, ainsi que des pénétrations digitales forcées. La seconde, des attouchements. Les deux femmes témoignent d'un climat de terreur, avec des insultes quotidiennes, ainsi qu'un contrôle de leurs mouvements et de leurs communications, ainsi que des journées pouvant atteindre 16 heures sans jours de repos, ni contrat.

Ces faits décrits auraient eu lieu en 2021, dans les maisons privées du chanteur en République dominicaine et aux Bahamas. Le journal, avec l'aide de la chaîne américaine hispanophone Univision, a corroboré leurs versions avec des dizaines de documents et les témoignages d'une quinzaine d'autres employés.

"Je me sentais comme un objet. Je me sentais comme une esclave en plein XXIe siècle. C'était comme de l'esclavage moderne : il me payait un salaire, mais je devais faire tout ce qu'il voulait. Je voyais bien que quelque chose n'allait pas, mais je ne savais pas à quel point. Je savais qu'il m'utilisait, que j'étais fatiguée, que je ne dormais pas, que je ne voulais pas… Ça, je le savais", témoigne l'une des deux plaignantes, identifiée sous le pseudonyme "Rebeca". "Il me mettait les doigts partout", a poursuivi cette jeune Dominicaine, qui avait 22 ans lorsque les faits présumés se sont produits.

L'autre plaignante, sa physiothérapeute identifiée comme Laura, avait 28 ans quand elle a commencé à travailler pour le chanteur.

Le chanteur, né en 1943, interprète de "Je n'ai pas changé", "Pauvres diables" (Vous les femmes), "Manuela", "Viens m'embrasser", n'a pas réagi aux nombreuses sollicitations d'Univision et elDiario.es. Il avait vu sa carrière décoller dans les années 1970 jusqu'à devenir l'artiste latino - et incontestablement l'Espagnol - ayant vendu le plus de disques dans le monde avec des centaines de millions d'albums écoulés.

L'ONG Women’s Link Worldwide, spécialisée dans les recours légaux pour faire avancer le droit des femmes, a par ailleurs recueilli plusieurs témoignages. D’autres femmes en Amérique du Sud et dans les Caraïbes ayant travaillé pour Julio Iglesias ont potentiellement vécu des situations similaires. L’organisation évoque "des profils de jeunes femmes latino-américaines, racisées et économiquement vulnérables, fortement dépendantes de leur salaire".

Après avoir pris connaissance de la plainte, Amnesty International Espagne a annoncé soutenir les plaignantes et appelle à l’ouverture d’une enquête, peut-on lire sur leur site. "La violence exercée par des employeurs contre des travailleuses domestiques constitue une grave violation des droits humains", a déclaré Ana Rebollar, directrice adjointe d’Amnesty International Espagne.

Des membres du gouvernement espagnol ont dénoncé "des témoignages glaçants" dignes d'une "situation d'esclavage", réclamant "qu'une enquête soit menée jusqu'à son terme" sur les faits dénoncés.

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