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FIGAROVOX/CHRONIQUE - Pour Gilles-William Goldnadel, la marche d’hommage à Quentin qui s’est déroulée à Lyon ce samedi a été bien plus scrutée, et critiquée, que toutes les manifestations d’extrême-gauche.
Gilles-William Goldnadel est avocat et essayiste. Chaque semaine, il décrypte l’actualité pour FigaroVox. Il a publié récemment Vol au-dessus d’un nid de cocus (Fayard, 2025). Il est également président d’Avocats sans frontières.
Je ne sais ce qui me révulse le plus dans la mort de ce jeune patriote catholique français de 23 ans nommé Quentin Deranque. La violence d’abord de ce lynchage par des nervis de cette Jeune Garde, proche de la France insoumise. Les crachats sur son cadavre ensuite. Les mêmes que ceux lancés sur celui de Charlie Kirk de l’autre côté de l’océan. Les deux jeunes hommes tués par la même extrême gauche intolérante puis traités de nazis parce qu’ils avaient le tort impardonnable d’être chrétiens, blancs et de vouloir défendre leur nation sans concessions.
Échantillons de crachats venimeux : pour Ségolène Royal, Quentin était un «militant présumé néo-nazi et antisémite». L’ancienne candidate socialiste revenait depuis peu d’un voyage en Algérie où elle avait fait allégeance obséquieuse à un dictateur preneur d’otages français, soutien indéfectible de ce Hamas dont la charte prône la mort du Juif. Sur France Inter, l’éditorialiste Claude Askolovitch compare Quentin à un jeune nazi allemand assassiné dont les hitlériens avaient instrumentalisé le trépas. Allez savoir pourquoi, le même Askolovitch avait pris la défense publique de Mehdi Meklat, du Bondy Blog et de France Inter réunis, quand ses tweets sous pseudo, favorables au nazisme, avaient été révélés.
Dans exactement la même veine venimeuse, Annie Ernaux et d’autres personnalités d’extrême-gauche ont signé une tribune dans L’Humanité dans laquelle ils dressent un parallèle entre la situation actuelle et la mythification par Goebbels de la mort du militant nazi Horst Wessel. Il ne me faudrait pas moins d’un livre entier pour recenser les tentatives de nazification posthume, que le jeune nationaliste catholique ne pourra évidemment jamais réfuter.
Il faut dire que venir protéger le collectif féministe Némésis venu protester contre la présence de Rima Hassan dans une faculté lyonnaise est la marque indiscutable d’un antisémitisme virulent. C’est ainsi encore, entre mille insultes, que deux enseignants de Science Po Paris, sans doute forts cultivés, ont défendu l’idée que le lynchage de Quentin était mérité : «ces nazillons ont récolté ce qu’ils cherchaient». On ignore le sort professionnel qui leur sera réservé, nul à gauche n’en étant troublé.
La troisième cause de révulsion que me provoquent les suites de la mort de ce jeune homme de France est la différence de traitement entre la droite extrême et l’extrême gauche, ointe de l’huile protectrice du privilège rouge sang. L’une des preuves de cet avantage s’appuie sur la différence de traitement entre les nombreuses manifestations en mémoire de Clément Méric, militant d’extrême-gauche tué lors d’un affrontement avec des skinheads d’extrême-droite le 5 juin 2013 à Paris, et la marche lyonnaise en hommage à Quentin. De nombreuses manifestations en faveur du premier ont eu lieu sans faire de questions, contrairement à la marche lyonnaise en hommage à Quentin Deranque qui a fait l’objet de multiples critiques. D’abord sur sa légitimité même : le maire EELV de Lyon, Grégory Doucet, dont l’un des adjoints aurait «travaillé» avec la Jeune Garde, a cru devoir s’opposer au principe de la manifestation. En utilisant le prétexte hypocrite et, on l’a vu, imaginaire des risques qu’elle présentait tout en l’enrobant de considérations historiques et morales assez indécentes : Lyon étant d’abord «celle de Jean Moulin, la capitale de la Résistance».
Les manifestations d’extrême-gauche auxquelles participe activement La France insoumise comportent aussi des organisations tout aussi peu recommandables
Ici encore, l’élu écologiste aurait dû craindre la pollution mensongère pour cause de falsification de l’Histoire : tous les résistants n’étant pas à gauche et les collaborateurs à droite. Les noms d’Estienne d’Orves, de Déat et de Doriot devant suffire à démasquer la contre-vérité.
Mais plus révulsante encore aura été la manière dont la Marche en hommage à Quentin aura été observée à la loupe et commentée médiatiquement, tandis que les manifestations d’extrême gauche en faveur de Clément Méric n’avaient donné lieu à la moindre polémique. Observons tout d’abord, pour la moralité du débat, que la victime a appartenu tout au long de sa trop courte vie à la mouvance identitaire catholique et nationaliste. Il était donc logique que de nombreuses personnalités et organisations d’extrême-droite participent à la Marche. Parmi celles-ci, je ne veux pas cacher ma prévention, pour écrire par euphémisme. Il en est ainsi de l’ancien président de l’Œuvre Française, Yvan Benedetti, d’obédience pétainiste.
Mais les manifestations d’extrême-gauche auxquelles participe activement La France insoumise comportent aussi des organisations tout aussi peu recommandables, comme, par exemple, le CAPJPO dont la présidente comparait cette semaine devant le tribunal correctionnel de Paris pour apologie du terrorisme. Il en est de même du Collectif Palestine Vaincra dissout en 2022. Sans parler des black blocs ou du Parti des Indigènes de la République qui dissimule à peine son antisémitisme et son racisme anti-blanc.
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Ce sont ces proximités que l’on évoque discrètement, ou même absolument pas. Jamais, au grand jamais, une télévision publique ne se sera émue de la participation à des manifestations d’extrême-gauche des organisations précitées. La différence de traitement entre la manifestation de samedi et celles d’extrême-gauche qui l’ont précédée est donc littéralement stupéfiante. C’est le fossé qui sépare la focalisation de l’occultation. J’affirme que jamais une manifestation n’aura été auscultée avec autant de malsaine curiosité médiatique et de commentaires idéologiques négatifs que la marche pour Quentin. Jusqu’à remarquer les bras portant des tatouages ! Le préfet du Rhône aurait signalé des saluts nazis et des cris homophobes. Combien j’aurais souhaité que les manifestations organisées par la France Insoumise en faveur de la Palestine, où les «morts aux Juifs» et «Hamas vaincra» ont été poussés à foison, provoquent les mêmes indignations médiatiques et préfectorales.
On peut penser qu’au-delà des injustices idéologiques et des manipulations médiatiques, le peuple français ne s’en laisse plus compter. La responsabilité de membres de La France insoumise dans la mort d’un malheureux jeune homme est difficilement contestable. Les liens idéologiques entre la Jeune Garde passionnément violente et agressive et le parti de Jean-Luc Mélenchon sont indéniables. Ce dernier a exalté ses mérites et ses actes et combattu sa dissolution dans la logique conflictuelle qu’il revendique brutalement chaque mois davantage, de la racialisation jusqu’au Grand remplacement du vieux peuple par un plus jeune. À ce stade de domination idéologique et arithmétique de son parti sur ses alliés ou plutôt sujets socialistes et écologistes, il serait logique qu’Olivier Faure et Marine Tondelier fassent l’économie de la réflexion. Pour autant qu’ils réfléchissent encore. Je leur épargnerai la question morale, il y a longtemps qu’elle n’est plus posée. Y compris par les donneurs médiatiques de leçons de morale.


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