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Pour une première édition avec Éric Noël comme directeur artistique et codirecteur général du Jamais lu Montréal, c’en est tout une : le 25eᵉ festival compte autant de projets que d’années d’existence.
L’événement a grossi pour célébrer son 25e, mais aussi en raison de l’offre. « Il y avait vraiment de très bons textes cette année, alors j’ai choisi d’en prendre un peu plus que d’habitude », explique M. Noël. On entendra ainsi 13 lectures théâtrales de textes inédits, choisis parmi 178 soumissions — un record.
Les festivités sont lancées le 1er mai à 10 h, au théâtre Aux Écuries, par Un quart de siècle au quart de tour, un spectacle anniversaire de huit heures portant un regard rétrospectif sur l’histoire du festival. Éric Noël, le metteur en scène Martin Faucher et l’ex-directrice Marcelle Dubois ont choisi un texte marquant par année, dont sera joué un court extrait. Il y aura aussi des surprises. Façon « d’honorer l’héritage » de sa prédécesseuse, ce collage d’auteurs, dont plusieurs sont implantés dans le milieu, confirmera à quel point le Jamais lu a été un « incubateur » de la dramaturgie québécoise.
Toujours le 1er mai, cette fois à 21 h, le festival débutera vraiment avec un tout premier spectacle extérieur gratuit, Jamais lune, au parc Frédéric-Back. Dans ce paysage aux allures futuristes — où Éric Noël a donné rendez-vous au Devoir —, le « rituel d’ouverture » sera baigné, espère-t-on, par la pleine lune. Le directeur a demandé à des autrices, des musiciennes et des performeuses (Gabrielle Chapdelaine, Xenia Gould, Soleil Launière, Brigitte Léveillé, Marie-Louise Bibish Mumbu, Nukad, Elena Stoodley et Mireille Tawfik) d’écrire un texte ou un chant qui révélerait quelque chose qu’elles n’ont jamais osé dire à haute voix. Bref, une confession offerte à la Lune.
Cette expérience collective accessible à tous permettra « peut-être d’ouvrir le Jamais lu à des gens qui ne sont pas habitués de le fréquenter », espère M. Noël.
Le spectacle de clôture, Cimetière des chars à gaz et espèces en voie d’apparition, réunira quatre duos de créateurs qui paraissent plutôt improbables et invités à décider ce qu’ils aimeraient voir disparaître — ou, au contraire, naître — dans le futur. Animé et dirigé par Nathalie Claude, ce cabaret comporte aussi des performances d’artistes émergents ayant une « pratique très nouvelle, spéciale ou étrange », selon M. Noël. « J’ai dit : “montrez-nous ce qui s’en vient”. »
Transmettre ou pas
Replonger dans les textes passés du Jamais lu aura permis à Éric Noël de dresser quelques constats. « Il y a des obsessions qui traversent notre dramaturgie, dont l’importance du territoire. Les textes sont très enracinés. Ils veulent vraiment parler de notre monde. Et je pense que c’est pourquoi notre dramaturgie est forte. »
On note aussi une symbolique très présente : le feu. Comme dans tout jeter au feu. « Il y a une grande envie révolutionnaire dans les textes — peut-être parce qu’on a de la misère à la faire dans la vie réelle. Mais dans les œuvres, les auteurs rêvent de grands changements. Et ça a guidé la ligne éditoriale de cette année : “Réparer nos transmissions”. Est-ce vraiment ce qu’il faut faire ? Est-ce qu’il ne faut pas plutôt essayer de voir comment on évolue, ce qu’on garde de bien et ce qu’on change dans ce qui l’était moins ? J’ai invité les auteurs à réfléchir à ça. Et c’était déjà dans les textes de cette année, beaucoup. »
Les dernières années ont vu éclore une profusion de récits apocalyptiques, « très déprimants », par rapport à la crise climatique. « C’est comme si là, on dépassait ça et qu’on se disait : on le sait, c’est la catastrophe. (Rires.) Comment je réagis par rapport à cet état des choses ? Je me suis surpris à voir beaucoup d’humour dans les propositions, un regard un peu décalé, léger, qui veut trouver des solutions créatives à ce qu’on vit. »
Mais la transmission de la direction du Jamais lu, elle, n’a pas eu à être réparée, souligne M. Noël en riant. « C’est un bonheur. J’ai hérité d’un organisme en pleine santé. Pour moi, il n’y a rien à changer dans l’ADN du Jamais lu. »
Dans les prochaines années, il projette toutefois d’essayer d’amplifier l’appui de l’organisme aux auteurs de la relève. « En ce moment, il y a une explosion. On a reçu 30 projets de plus que l’an dernier. Et ça continue d’augmenter chaque année. Beaucoup de gens veulent écrire du théâtre. Et il y a de moins en moins d’espace avant les scènes pour qu’ils puissent travailler. Plein d’auteurs n’ont pas nécessairement de formation — le seul programme d’écriture, c’est l’École nationale de théâtre : deux étudiants par an. »
Éric Noël voit souvent la création de textes qui « auraient eu besoin encore de temps, de travail ». « Alors je réfléchis à comment on peut, quand on programme un texte, accompagner l’auteur un peu plus, pour que son œuvre arrive au festival dans une forme encore plus [aboutie]. Et après, peut-être le suivre un peu. »
D’autant que le dramaturge constate avec plaisir un retour des paroles d’auteurs sur scène, même si elles prennent souvent la forme d’adaptation de romans. « Ce n’est pas anodin pour moi à un moment où on a l’impression de ne plus trop savoir où s’en va le monde. On a envie que les auteurs nous racontent des histoires qui ont du sens. »
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