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L'ex-chef de la police de Montréal Jacques Duchesneau, à l'origine de l'implantation des postes de quartier, a reçu le 1er avril dernier, lors d'une cérémonie privée, la toute première distinction de chef de police émérite des mains de l'actuel directeur Fady Dagher.
M. Duchesneau a changé le visage du Service de police de la communauté urbaine de Montréal (SPCUM), l'ancêtre du SPVM, en mettant en place 49 postes de quartier dans la métropole durant son mandat, de 1994 à 1998.
Plus qu'un simple changement de bureaux et d'adresses, M. Duchesneau voyait son projet phare comme une refonte complète de la mission policière dans la métropole, qui en devenait une de concertation. Il voulait inciter les policiers à s'impliquer dans les communautés, au lieu de simplement circuler dans les quartiers en voiture, en attente d'appels.
Les commandants de postes de quartier ont ainsi commencé à siéger à des comités mixtes avec des directeurs d'école, des groupes communautaires et des commerçants locaux.
Notre journaliste s'est entretenu avec Jacques Duchesneau.

L'ex-chef de la police de Montréal Jacques Duchesneau a reçu le 1er avril dernier la distinction de chef de police émérite des mains du directeur actuel, Fady Dagher.
Photo : Service de police de la Ville de Montréal (SPVM)
Radio-Canada : Si on revient à l'époque, dans les années 1990, qu'est-ce qui vous avait amené à implanter des postes de quartier?
Jacques Duchesneau : Mon mandat a commencé avec une crise : vous vous rappelez l'affaire Barnabé?* Je suis assermenté le 7 janvier 1994, et, 7 jours plus tard, je suspends les 6 policiers qui sont impliqués.
Après la conférence de presse, la présidente de la Communauté urbaine de Montréal [Vera Danyluk] me dit qu'on a un problème avec la police : "Où est-ce qu'on va être dans cinq ans?" Je n'avais pas la réponse à sa question, mais il fallait rapprocher la police des citoyens.
* En décembre 1993, un homme, Richard Barnabé, s'était retrouvé dans le coma après une arrestation brutale. Il ne s'est jamais réveillé et est mort trois ans plus tard.
R.-C. : Combien de temps a-t-il fallu pour abolir les gros postes de police qui desservaient les districts, et ensuite implanter des postes de quartier?
J. D. : C'est un projet qui a duré cinq ans. On [M. Duchesneau et son état-major] est allés voir ce qui se faisait partout dans le monde pour rendre la police plus accessible. Donc, on a développé le concept.
Puis, la deuxième année, ça a été l'année que je qualifierais de politique. On est allés voir tous les élus pour les convaincre que c'était le nouveau modèle à adopter. Et, pour la première fois à la Communauté urbaine de Montréal [l'ancêtre de la Communauté métropolitaine de Montréal], les 116 élus avaient voté à l'unanimité pour transformer la police de Montréal en police de quartier.
Ensuite, on a envoyé tous nos futurs commandants de postes de quartier faire des études universitaires. À la quatrième année, on a ouvert nos 23 premiers postes de quartier. L'année suivante [la 5e année], on a ouvert les 26 autres postes de quartier.

L'ex-chef de la police de Montréal Jacques Duchesneau (à droite), ici avec André Durocher, a dû gérer des enjeux de sécurité majeurs dans la métropole, notamment durant la guerre des motards des années 1990, mais il a aussi apporté l'une des plus importantes restructurations de l'organisation au cours des 50 dernières années avec la police de quartier. (Photo d'archives)
Photo : Gracieuseté
R.-C. : Cela a-t-il fonctionné rapidement, selon vous?
J. D. : Mon mandat s'est fini avec une autre crise, celle du verglas de 1998. Et tout le concept qu'on avait créé avec la police de quartier a pris son sens.
Sur l'île de Montréal, on avait 250 000 foyers privés d'électricité depuis plusieurs jours, et j'avais donné l'ordre à tous les postes de quartier d'aller faire du porte-à-porte pour visiter toutes les adresses.
La police allait chez les gens par bienveillance. On a trouvé des gens dans leur maison, dans le froid; d'autres dans leur garage, dans leur voiture en marche pour se réchauffer. On a sauvé des vies.
R.-C. : Et aujourd'hui? Comment trouvez-vous que la police communautaire a évolué au fil du temps?
J. D. : Le modèle est toujours là. La police communautaire s'est adaptée. La direction qui marque le pas va être dépassée par les suivantes. Les directeurs qui se sont succédé ont tous apporté des changements, selon l'évolution des besoins de la population.
Ça fait 28 ans que j'ai pris ma retraite comme chef de police, mais je suis encore policier dans l'âme. Et, avec le recul, je persiste à croire que, comme police, il faut s'ouvrir sur le monde. La communauté, la population, il faut s'y intéresser.
C'est le vieux principe de Peel : la police, c'est la population, et la population, c'est la police (ceux qui portent l'uniforme font partie de la population, donc la population fait partie de la police).
Les propos ont été édités par souci de clarté et de concision.


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