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« J’ai vécu toute la gamme des émotions » - Valérie Maltais

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Valérie Maltais a connu des Jeux olympiques de rêve à Milan-Cortina, qui lui ont valu d’être co-porte-drapeau à la cérémonie de clôture. La patineuse de vitesse sur longue piste commence à réaliser l’ampleur de ce qu’elle a accompli. Chacune de ses trois médailles a une histoire particulière. Elle en a discuté mercredi au micro de Patrick Masbourian à Tout un matin, sur ICI Première.

J’ai vécu toute la gamme des émotions à ces Jeux, a confié la Québécoise de 35 ans, de retour au pays.

Sa toute première médaille olympique individuelle, le bronze au 3000 m, elle l’avait travaillée avec beaucoup d’intentions. Le contexte dans lequel elle l’a décrochée a été dur sur ses nerfs. Elle devait attendre le résultat de la dernière paire et aurait pu être éjectée du podium.

Après, j’avais beaucoup d’émotions en me disant : "Oui, c’est arrivé, enfin!" Mais quand je regardais la dernière course avant qu’on annonce que j’étais 3e, j’étais en train de me dire que j’allais terminer 4e. Il y a eu un mélange de déception pendant que je regardais la course. Après, j’étais euphorique.

Sa médaille de bronze au 1500 m est un cadeau inespéré pour la patineuse de La Baie. Elle n’était jamais montée sur le podium dans cette épreuve au cours de sa carrière.

Le 1500 m, ça a été une grande surprise, a-t-elle lancé. J’ai peine à y croire que c’est arrivé. C’est arrivé au moment qu’il fallait, de faire la performance que tout athlète espère.

Entre ses deux médailles individuelles, il y a eu celle en or en poursuite par équipe avec Isabelle Weidemann et Ivanie Blondin. Elles défendaient leur titre des Jeux de Pékin, mais ce n’était pas dans la poche, insiste Valérie Maltais.

Il y a eu des doutes, qui sont à l’origine de la fameuse expression gang de madames, que la Québécoise a lancée devant les micros pour décrire son trio. En additionnant leurs âges, Maltais (35 ans), Blondin (35) et Weidemann (30) ont 100 ans.

Les "madames", ça vient d’un moment de vulnérabilité avec un de mes entraîneurs, Gregor Jelonek, a-t-elle indiqué. Je lui disais que je me sentais très nerveuse pour la poursuite. Il m’a dit : "Vous êtes toutes expérimentées, vous savez quoi faire. Vous êtes comme des madames." Ça a pris une tournure très drôle.

L’humour a dédramatisé la situation.

Quand on se prépare pour une performance, ce n’est pas toujours une ligne droite. Il peut y avoir de petites embûches. Aux Jeux olympiques, ces doutes ne doivent pas durer longtemps. Ça a duré seulement quelques heures. Cette légèreté a vraiment fait du bien, a précisé Maltais.

On était comme : "On en a de l’expérience, on sait quoi faire. Il faut juste se concentrer sur ce qu’on a à faire. Les autres, on les laisse faire."

Les trois patineuses croquent dans leurs médailles.

Valérie Maltais, Isabelle Weidemann et Ivanie Blondin ont défendu avec succès leur titre de championnes olympiques.

Photo : afp via getty images / DANIEL MUNOZ

À la lumière du résultat de la finale de cette poursuite – les Canadiennes ont devancé les Néerlandaises par près d’une seconde –, il est difficile de croire que Maltais, Blondin et Weidemann ont douté. Pourtant, c’était bien le cas.

C’était surtout la manière de patiner ensemble, a révélé Maltais. Patiner six tours le plus vite possible, ce n’est pas facile et il faut le faire d’une manière efficace, sinon ça peut dégringoler.

Mais surtout, je venais de faire le 3000 m. Isabelle avait fait le 5000 m deux jours avant le quart de finale de poursuite par équipe. On n’a pas eu le temps de beaucoup patiner ensemble avant. Il y avait une part d’insécurité.

La confiance n’était pas toute là. Et il y avait une fatigue d’installée. Surtout une fatigue mentale après le tourbillon des émotions vécues lors de ma médaille de bronze au 3000 m.

Il faut des changements

Laurent Dubreuil y est allé d’une sortie publique, mardi, pour dénoncer le manque de financement des athlètes olympiques. Valérie Maltais adhère à ses propos. Si elle a pu décrocher trois médailles en Italie, c’est parce qu’elle a trouvé des ressources dans le secteur privé pour compléter ce que lui offre sa fédération.

Quand je suis arrivée en 2022 à Québec au centre national, on n’avait pas de physiothérapeute attitré à nous, a-t-elle donné en exemple. Il fallait faire affaire avec une organisation à Québec qui supporte les athlètes à côté des fédérations. Par la suite, Patinage de vitesse Canada nous a fourni un physiothérapeute. Mais jusqu’à maintenant, je n’avais pas de physiologiste, de nutritionniste ou de préparateur mental. Ça a été comblé au privé avec l’organisation B2dix.

Il y avait des manques à gagner. J’ai réussi à le faire grâce à ma notoriété, mais les jeunes de 20-25 ont aussi ces manques. Il faut que ce soit fourni.

Valérie Maltais plaide aussi pour un changement de culture dans le financement du sport.

À l’échelle nationale, il faut des changements, c’est clair. Il faut du soutien aux athlètes, et aussi aux fédérations. Il y a eu des coupes et il y a un manque d’accès à des professionnels, a-t-elle conclu.

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