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Le seul Belge à évoluer au Kazakhstan est un ex-Rouche, Senna Miangue (29 ans) : il y joue depuis peu pour le FC Aktobe, l'actuel quatrième du classement. Almaty, l'adversaire d'Anderlecht, est 2e.
C'est au cours de l'une de ses nombreuses escales que nous avons pu interviewer l'ex-défenseur du Standard pour discuter de ses aventures insolites à plus de 5 000 kilomètres de la Belgique.
Dix ans exactement après avoir fait ses débuts professionnels à l'Inter Milan, Miangue évolue désormais donc en "Premjer Liga", la D1 kazakhe. "Je comparerais le niveau des meilleurs clubs d'ici à celui du milieu de tableau en Belgique, confie l'Anversois. Le football vit énormément ici. On trouve beaucoup de petits terrains en ville, et des clubs comme Astana ont de plus beaux stades qu'en Belgique."
"Sept heures de car dans le désert"
La lutte, la boxe, l'haltérophilie et, bien sûr, le cyclisme sont également très populaires au Kazakhstan. "Mais le football est de loin le sport numéro 1. L'Ouzbékistan s'est qualifié pour la Coupe du monde, et le Kazakhstan est conscient qu'il peut aussi le faire. Nos matchs à domicile se jouent à guichets fermés à chaque rencontre, il y a 20 000 à 30 000 personnes sur liste d'attente. Mon club va d'ailleurs construire un nouveau stade."
Miangue n'a disputé pour l'instant que deux matchs avec son nouveau club. Samedi, il a dû suivre la rencontre depuis les tribunes en raison d'une suspension suite à un carton rouge léger reçu lors de son deuxième match. Cela ne l'a pas empêché de faire le déplacement à Kyzylorda, une ville du sud du Kazakhstan. "Quel voyage de fou ! Nous avons joué trois matchs à l'extérieur, à peu près dans la même région. Pourtant, il y avait encore 7 heures de car depuis notre hôtel à Chimkent, une autre ville."
Le Kazakhstan est connu pour ses steppes infinies. Miangue raconte : "Mais là, nous avons roulé pendant des heures à travers un désert où il faisait environ 40 degrés. À un moment donné, il y avait une trentaine de chameaux le long de la route. Pour le reste, nous faisons tous nos déplacements en avion."
"Il était en larmes dans le bureau" : le départ déchirant de Kevin De Bruyne de Manchester City"17 heures de vol pour voir ma fille"
Pour arriver au Kairat Almaty, l'adversaire d'Anderlecht qui se trouve à 300 kilomètres de la frontière chinoise, les joueurs d'Aktobe voyagent bien sûr en avion. "Mais nos supporters, eux, s'y rendent principalement en train et en bus (NdlR : des trajets qui durent entre 30 et 40 heures). J'ai entendu dire qu'ils étaient près de 7 000 à faire le déplacement. Le Kairat et Aktobe sont deux clubs historiques. L'essence est très bon marché au Kazakhstan."
"Après le match de samedi, j'ai pris un taxi pour l'aéroport de Chimkent car je voulais rendre visite à ma petite fille de quatre ans. Elle va bientôt aller à l'école pour la première fois et elle me manque énormément. Kyzylorda-Chimkent, c'était 450 kilomètres, et je n'ai payé que… 70 euros. Ensuite, le voyage a été très long. Je reviens mercredi. Au retour, mon périple durera 17 heures."
Fedde Leysen laisse un énorme vide à combler rapidement"Du spaghetti à la viande de cheval"
Le Kazakhstan se trouve en effet à l'autre bout du monde, et la culture y est totalement différente. À l'époque, le Brésilien Vagner Love, alors au Kairat Almaty, avait reçu de la part de son président toute une cargaison de saucisses de viande de cheval en guise de prime d'encouragement.
Miangue sourit : "Oui, la viande de cheval est une délicatesse ici. On m'a déjà servi des spaghettis à la viande de cheval ici." Une autre tradition locale est le sacrifice d'un mouton afin de s'attirer la chance. En août 2013, l'équipe kazakhe du Shakhter Karagandy avait même sacrifié un mouton dans un coin du terrain avant son match de Champions League contre le Celtic Glasgow. Karagandy avait gagné 2-0. L'UEFA avait immédiatement interdit cette pratique pour les matchs suivants après les protestations des associations de défense des animaux, et le club a finalement été éliminé au match retour.
Miangue : "Je ne la connaissais pas, celle-là. Ce que je sais, c'est que le pays est en grande partie musulman. Même si je ne suis pas musulman, je salue les gens avec un 'Salem aleykoum' !"
Lorsqu'on l'interroge sur une autre coutume locale, il rigole : "Après l'échauffement, le nom de chaque joueur est appelé et on doit s'avancer seul face à la tribune. Comme à Fenerbahçe. C'était spécial."
"Mon 'vieux' ici, c'est Nani"
Et le niveau du football ? "Il n'est vraiment pas mauvais. Anderlecht ne doit pas s'imaginer que ce sera une simple formalité. Contre Sofia, le Kairat a eu le désavantage de ne pas pouvoir jouer dans son propre stade à cause d'un concert de Kanye West qui s'y déroulait. Dans chaque bonne équipe, il y a quelques bons joueurs étrangers. Le Kairat a un Espagnol, plusieurs Portugais et quelques Finlandais."
"Samedi, Victor Moses, l'ancienne vedette de Chelsea, a marqué un but splendide face à nous. Il a maintenant 35 ans. Chez nous, le joueur phare est le Portugais Nani (ex-Manchester United). Il approche des 40 ans, mais qu'est-ce qu'il est encore affûté ! Ici, c'est déjà 'mon vieux' (rires). Un gars formidable. Mais les Kazakhs, eux aussi, sont super amicaux et pas du tout froids. Les gens s'imaginent peut-être que c'est un pays du tiers-monde, mais non. C'est d'ailleurs un pays magnifique."
Après la génération dorée (Hazard, De Bruyne), la Belgique voit arriver celle en diamant"À l'Inter, je mettais de l'eau partout sauf dans ma bouche"
Pour aller jouer au football à des milliers de kilomètres de la Belgique, il faut avoir l'âme d'un aventurier. Miangue l'avait déjà à l'âge de 12 ans, puisqu'il était parti en stage de football au… Ghana. "Le Ghana est le pays de mon beau-père. J'y suis allé à 12 et 14 ans pour des stages de 5 à 6 semaines, et cela a forgé la personne que je suis aujourd'hui. À mon retour, j'ai pulvérisé tous les records à l'école "Topsportschool", et c'est ainsi que le Beerschot est venu me chercher à l'Antwerp. À 16 ans, j'ai été repéré par l'Inter Milan et là aussi, j'ai accepté l'aventure."
Miangue pendant son fameux match avec l'Inter contre Palerme en août 2016. ©BelgaTrois ans plus tard, il faisait ses débuts lors d'un match Palerme - Inter. Il garde une belle anecdote de cette rencontre : "J'étais tellement stressé que, lorsque Jovetic m'a lancé une bouteille d'eau depuis le banc, je tremblais tellement que pas une goutte n'a fini dans ma bouche."
Il a d'abord eu Mancini comme entraîneur, puis de Boer. "Le départ de de Boer a sonné la fin pour moi. Mais j'y ai vécu des moments formidables."
"J'ai gâché ma chance tout seul au Standard, un club magnifique"
De l'Inter, il est parti à Cagliari. Miangue y a joué plusieurs matchs. "À Cagliari, j'étais très courtisé. Beaucoup de clubs me voulaient, dont Anderlecht et Feyenoord. Anderlecht commençait doucement à penser à la succession de Deschacht. Mais le Standard s'est montré beaucoup plus concret. Michel Preud'homme me voulait absolument."
Son passage au Standard n'a pas été un succès. ©BelgaimageMiangue n'a pas réussi au Standard. "Ce n'était pas la faute du Standard, mais la mienne. Je pensais que ce serait trop facile après avoir joué en Serie A. J'ai vite été ramené à la réalité. Je n'étais pas titulaire. J'ai tout gâché. J'avais 21 ans et je me suis retrouvé sous l'aile de joueurs d'expérience comme Mpoku, Cavanda et Carcela, mais je considérais leurs remarques comme des attaques."
"Parfois, je réussissais à séduire Michel Preud'homme avec un bon match, mais cela ne suffisait pas. Dommage. Le Standard était un club fantastique."
"Oui, j'étais au bord de la dépression"
Mentalement, Miangue a traversé une période très difficile à ce moment-là. Il était au bord de la dépression, expliquait-il alors dans des interviews. "C'est vrai. Je ne me sentais pas bien dans ma peau. J'ai même pensé à arrêter le football."
Miangue a été sauvé… "par la période du Covid ! Cela m'a fait du bien de débrancher un moment. J'ai pu me vider la tête et repartir de zéro. C'est là que j'ai réalisé à quel point le football allait me manquer."
Miangue a ensuite rejoint Eupen. "Je pouvais aussi aller en 2e Bundesliga ou aux Pays-Bas, mais je ne voulais pas quitter la Belgique sur un échec. Finalement, j'ai connu par la suite trois belles saisons au Cercle, où j'ai joué tous les matchs de Conference League. Savez-vous que j'ai joué pendant deux ans avec une rupture des ligaments croisés ? Les gens disent que c'est impossible, mais Senna est un tank, hein (rires). Quand j'ai voulu être transféré, j'ai été recalé à la visite médicale et j'ai dû me faire opérer. Six mois plus tard, je jouais à nouveau. Et la saison dernière, j'ai remporté le titre avec le club hongrois ETO FC Győr."
"Papa a joué à Bastia et m'a nommé d'après Ayrton"
Miangue a joué… 41 fois pour les équipes nationales de jeunes. "Ce qui m'a fait le plus de mal, c'est de ne pas avoir été sélectionné pour l'Euro U21. C'était pendant ma période au Standard. Depuis lors, je n'ai plus jamais été Diablotin."
Son papa, Boniface, a quant à lui joué pour l'équipe nationale, mais celle du Congo. "C'était un numéro dix avec de longues jambes. Plus tard, il a joué à Bastia. J'ai hérité de ses gènes de footballeur, mais aussi de sa fragilité face aux blessures."
C'est son papa qui l'a prénommé Senna, par amour pour le pilote de Formule 1 Ayrton, décédé tragiquement. "Mais moi, je n'ai aucune affinité avec la Formule 1…"
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