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On trouve toutes sortes de merveilles dans les bacs à 2 euros. Des chefs-d'œuvre de la littérature y côtoient des livres qui n'ont pas trouvé leur public. Il ne faut pas présager de la qualité des ouvrages présents dans cette section; au contraire, c'est l'endroit parfait pour effectuer des découvertes incroyables et se laisser surprendre. Mais dans certaines enseignes de la vente d'occasion, le bac à 2 euros n'est pas le boss final. Il existe parfois des bacs à 1 euro, voire à 50 centimes. Et là, ça n'est plus la même chose.
Dans le bac à 50 centimes se trouvent des livres qui, même à très bas prix, n'ont pas trouvé preneur. Même si la boutique proposait soudain de nous les offrir pour s'en débarrasser, on refuserait probablement, à part pour fabriquer notre propre papier mâché. Le bac à 50 centimes, c'est quasiment une benne à ordures. Si vous y trouvez un bon livre, c'est qu'il y a eu une erreur: à ce stade, tous les bouquins de qualité ont été repêchés depuis longtemps.
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Indéfendable ou presque
J'aurais donc dû me douter de quelque chose lorsque, pour les besoins de cette série estivale qui s'achèvera la semaine prochaine avec un gros morceau, j'y ai déniché Ma Biographie officielle de Jeremstar, dont je me suis dit qu'elle ferait une lecture rafraichissante. En toute honnêteté, je ne connaissais cette personne qu'à travers les mots-clés baignoire, téléréalité et people. C'était donc l'occasion de me cultiver un peu et de faire connaissance de ce jeune homme (30 ans au moment de la parution de cette version du livre, en 2017).
Mal m'en a pris. À dire vrai, je ne me suis pas du tout amusé à la lecture de ce livre. Déjà, le chroniqueur people (qui s'est fait aider par une certaine Clarisse Mérigeot, autrice de ce livre au titre me laissant pour le moins circonspect) appelle son lectorat «mes Jeremstarlettes» ou «les vermines». C'est dur à encaisser. Mais ça n'est rien par rapport au reste, car cette autobiographie est un condensé de bêtise, de rancoeur et de médiocrité, que rien ne peut sauver ou presque.
Le «presque», c'est la description des jeunes années de Jérémy Gisclon, adolescent lyonnais rapidement épinglé comme le gay de service. «Le pire monde dans lequel j'ai évolué n'est pas celui de la téléréalité, les vermines: c'est celui du lycée. J'étais le “sale pédé”.» Il décrit ensuite un quotidien passé à se cacher. À trouver des ruses pour éviter les regards. À survivre d'attente dans la file menant à la cantine. À manger un sandwich aux toilettes quand la pression était trop forte.
La réaction du jeune Jérémy a fini par avoir lieu: «Je souffrais, puis un jour, c'est aussi bête que ça, je me suis réveillé», écrit-il. «Moi qui me taisais sans arrêt, moi qui me planquais, j'ai décidé que j'allais exister, hurler, rire, montrer qui j'étais.» Au programme: extravagance et extraversion. Y a-t-il façon plus flamboyante de réagir face à la haine ambiante? Nous nous trouvons alors dans l'un des premiers chapitres du livre et on n'a alors qu'une envie: dire bravo à cet ado.
Misogynie, putophobie, mépris
Cette jeunesse passée à subir les humiliations et les quolibets marque bien évidemment au fer rouge et peut expliquer nombre de comportements, y compris à l'âge adulte. Pour autant, doit-on tout pardonner à Jeremstar au motif qu'il lui a fallu se forger une carapace contre l'homophobie décomplexée? La réponse est non.
La lecture du reste du livre est une épreuve car on peine à y distinguer ce qui relève de la plus pure idiotie, de la plus sincère méchanceté ou de la maladresse stylistique. Dès l'entrée du chapitre 2, on peut par exemple lire la chose suivante: «C'est le mystère de la vie: tu tombes dans le ventre de quelqu'un que tu ne connais pas. Si tu as de la chance, tant mieux pour toi. Si tu n'en as pas… tu finis dans une poubelle ou dans un congélateur, après avoir été expulsé du corps d'une folle.»
Sacré sens de la psychologie. Sacrée misogynie aussi. Un peu plus loin, Loana est qualifiée de «cagole ordinaire» sur un ton absolument dépourvu de tendresse ou d'empathie; et ce n'est rien par rapport aux propos suivants: «Vous pensez que les candidates de téléréalité sont des prostituées? C'est vrai. Je compte sur les doigts d'un moignon les filles qui n'ont jamais tapiné. Vous pensez que ce sont des droguées? C'est également vrai. La plupart d'entre elles sont des sacs à vin, doublées de skieuses de haut niveau.»
De tels propos sont difficilement supportables, tenant à la fois du cynisme mal maîtrisé et de la provocation à deux balles. Je m'attendais à trouver en Jeremstar un fan de téléréalité ayant réussi à faire de sa passion un métier; or le livre dresse juste le portrait d'un horrible bonhomme qui crache sur tout et tout le monde, méprisant les candidates (des «grognasses» et des «greluches») et candidats qui lui permettent de faire son beurre.
Chaque page est insupportable. Dans toutes les franges de la société, on peut croiser des gens bêtes qui se croient intelligents, des médiocres qui se pensent brillants –généralement des hommes. C'est exactement cela, Jeremstar: quelqu'un qui, certes, a été assez malin pour faire sa place et vivre de son business, mais qui pense que cela lui donne le droit de pérorer et d'insulter au nom de son effroyable sentiment de supériorité.
Que faire d'un tel livre?
Et puis, par moments, il y a l'envie ou le besoin de se justifier. «J'aimerais mettre les choses au clair. Malgré la réputation lamentable qu'on me prête, je n'ai jamais eu l'intention de nuire à qui que ce soit. Je suis peut-être maladroit, mais jamais méchant gratuitement.» Puis vient un semblant de prise de conscience: «Peu importe à quel point je me démène, je n'ai jamais la satisfaction d'avoir achevé quoi que ce soit de concret.»
La lecture de l'ensemble du livre montre à quel point ces considérations sont purement du vent. Chez Jeremstar, la méchanceté est un carburant et un gagne-pain, la vacuité un sacerdoce. N'espérez même pas trouver dans cette Biographie officielle des anecdotes croustillantes autour du monde des médias ou des people: hormis cet épisode dans lequel il est parvenu (avec une certaine habileté) à faire gober à tout le monde son amitié avec Paris Hilton, il n'y a rien à se mettre sous la dent.
Voilà tout de même un livre où Jean-Marc Morandini est cité à de nombreuses reprises sans jamais être égratigné –certes, la publication date de 2017, soit très peu de temps après la publication des premières enquêtes à charge contre l'animateur condamné, entre autres, pour «corruption de mineur aggravée» et de «travail dissimulé». Voilà aussi un livre dont l'auteur peut passer plusieurs pages à évoquer son attirance pour les «rebeus sexy» sans se dire que cette fétichisation a quelque chose de problématique. Mais c'est une autre histoire.
Terminer ce livre a été une véritable épreuve. J'ai d'ailleurs passé le plus clair de ma lecture à me demander si j'en avais le courage (réponse: oui, sous vos applaudissements). J'ai aussi tenté de réfléchir à ce que j'allais en faire à l'issue de l'écriture de cet article. Jeter un bouquin à la poubelle? L'idée me déplaît fortement. Le glisser dans une boîte à livres? Cadeau empoisonné. Le ramener dans une solderie? Aucune envie qu'il finisse par être remis dans un bac à 50 centimes et, qu'un jour ou l'autre, un individu aussi désœuvré ou désespéré que moi finisse par jeter son dévolu sur ce concentré de bile.




























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