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Ce que les Libanais, et plus particulièrement le million de déplacés du sud du Liban, redoutaient depuis le début de la guerre entre le Hezbollah et Israël le 2 mars, est finalement arrivé. Lundi matin, l'armée israélienne a déclaré avoir entamé des "opérations terrestres limitées et ciblées contre des bastions clés" du mouvement chiïte, le long de la frontière, "dans le but de renforcer la zone de défense avancée".
Une offensive qui fait craindre le pire aux habitants des villages libanais frontaliers, déjà détruits à plus de 80 % par la multiplication des attaques israéliennes depuis l'entrée en vigueur du cessez-le-feu signé fin novembre 2024 – quelque 15 000 violations de la trêve ont été documentées par la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul).
"Les centaines de milliers d'habitants chiïtes du sud du Liban, qui ont été évacués et continuent d'être évacués de leurs maisons dans le sud du Liban et à Beyrouth, ne retourneront pas dans leurs foyers au sud de la zone du Litani (une zone allant jusqu'à 30 km de profondeur jusqu'à la frontière avec Israël, NdlR) tant que la sécurité des habitants du nord d'Israël ne sera pas garantie", a prévenu le ministre israélien de la Défense, Israël Katz. Des instructions ont été données à Tsahal, a-t-il ajouté, de "détruire les infrastructures terroristes près de la frontière afin d'empêcher le retour du Hezbollah, comme cela a été fait contre le Hamas à Rafah, Beit Hanoun et avec les tunnels à Gaza".
Ces villes de l'enclave palestinienne avaient fait l'objet de pilonnages massifs de l'aviation israélienne et de dynamitages de grande ampleur.
À Tripoli, les immeubles tuent sous le poids de la négligence : "Nous avons vécu ici, nous mourrons ici"De quoi alimenter les craintes d'une invasion plus large au Pays du cèdre, dont l'histoire est douloureusement marquée par les occupations successives israéliennes.
En 1982, l'État hébreu avait ainsi envahi le territoire libanais jusqu'à Beyrouth pour "neutraliser" les groupes palestiniens armés, dont l'OLP de Yasser Arafat, alors que la guerre civile libanaise (1975-1990) faisait rage. C'est d'ailleurs à cette époque que le Hezbollah a vu le jour, sous l'impulsion des Gardiens de la révolution iraniens. L'armée israélienne ne s'était retirée de la plus grande partie du pays qu'en 1985, conservant une "zone de sécurité" dans le sud du pays, déjà occupé depuis 1978, jusqu'au 25 mai 2000.
"À l'époque, l'objectif affiché était également de créer une profondeur de sécurité au nord d'Israël en repoussant la menace armée à l'intérieur du territoire libanais", rappelle l'analyste militaire et ancien général libanais André Bou Maachar. Néanmoins, observe-t-il, "le contexte actuel est différent : Israël fait face à un acteur non étatique profondément enraciné dans la société locale, doté d'une longue expérience de la guerre asymétrique".
Malgré sa supériorité militaire, notamment aérienne et technologique, l'armée israélienne a plusieurs fois buté, lors des conflits précédents, sur la guerre d'usure de type guérilla pratiquée par le Hezbollah. Lundi, une source du Hezbollah affirmait à la chaîne Al-Jazeera que "la Résistance est bien préparée et attend l'ennemi de pied ferme". Le mouvement islamiste affirme également avoir lancé une salve de roquettes et de drones sur la ville de Nahariya, dans le nord d'Israël.
Le Liban dans l'impasse face à l'intensification des frappes israéliennes : "Les Libanais sont dans une position impossible"Des combats au sol déjà engagés à la frontière
Au sud du Liban, alors que le pilonnage aérien israélien se poursuit, des combats au sol font déjà rage depuis début mars, notamment dans le village de Khiam, dans le district de Marjeyoun, entre les combattants d'élite de la force Al-Radwan déployés par le Hezbollah et les soldats israéliens, selon plusieurs médias locaux.
Lors du précédent conflit de l'automne 2024, l'armée israélienne avait tenté, en vain, de prendre ce village, nœud stratégique permettant d'ouvrir une voie à l'est vers la Békaa, dont une partie est également considérée comme un bastion du Hezbollah, mais aussi au nord en direction de Marjeyoun. D'autres combats seraient également en cours à Maroun el-Ras, dans le district de Bint Jbeil, un village situé sur une colline surplombant le Doigt de la Galilée dans le nord d'Israël, que l'armée israélienne avait déjà tenté, sans succès, d'occuper lors de la guerre de juillet 2006, lui valant le titre de "symbole de la résistance". Ce conflit avait fait plus de 1 200 morts au Liban, essentiellement des civils, et 160 en Israël, dont 121 soldats.
André Bou Maachar estime que, pour l'heure, l'offensive israélienne s'apparente plutôt à "une opération terrestre limitée, centrée sur les zones frontalères et menée notamment par la 91ᵉ division israélienne". À ce stade, poursuit-il, "la qualification d'opération 'limitée' porte aussi un message politique clair à l'adresse de Washington, dont rien n'indique qu'il ait donné un feu vert à une invasion terrestre générale du Liban".
Pour l'ancien général et expert militaire Hicham Jaber, une invasion israélienne de toute la zone au sud du fleuve Litani s'avérerait "trop coûteuse" pour Israël. "Ils peuvent entrer, occuper, mais peuvent-ils rester ? Et combien de temps ?", observe-t-il. "Les Israéliens essaient de mettre la main sur les collines côté libanais qui surplombent le nord de la Galilée", estime-t-il, afin "d'occuper davantage de positions", obtenir de nouveaux gains territoriaux et "créer une zone tampon de 5 km de profondeur environ, qui servirait de nouvelle carte dans le cadre de futures négociations".
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