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Israël a affirmé mercredi avoir tué une nouvelle figure du pouvoir iranien, le ministre du Renseignement Esmaïl Khatib, et donné carte blanche à son armée pour abattre tout haut responsable de la République islamique dans sa ligne de mire.
Le gouvernement de Benjamin Nétanyahou poursuit, avec son allié américain, l’anéantissement des autorités iraniennes, au 19e jour d’une guerre qui embrase le Moyen-Orient, déstabilise le Liban et paralyse la production et le transport des hydrocarbures de la région.
Esmaïl Khatib « a lui aussi été éliminé la nuit dernière », a déclaré le ministre israélien de la Défense, Israël Katz. « Il était à la tête de l’appareil interne du régime en charge des assassinats et de la répression en Iran, ainsi que de la promotion des menaces extérieures. »
Sa mort a ensuite été confirmée par le président iranien, Masoud Pezeshkian.
Le gouvernement israélien, a conclu M. Katz, a « autorisé l’armée à éliminer tout haut responsable iranien » pouvant être tué sans dommages collatéraux majeurs, « sans qu’une approbation supplémentaire soit nécessaire ».
Allié de Téhéran, Moscou a condamné, dans une intervention plutôt rare depuis le début du conflit, les actions « visant […] à tuer les dirigeants de l’Iran indépendant et souverain ».
Foule aux obsèques de Larijani
Cette nouvelle perte très lourde pour l’Iran intervient alors que le pouvoir a rendu un dernier hommage à Ali Larijani, puissant chef du Conseil suprême de sécurité nationale, tué dans une frappe israélienne.
Ses obsèques étaient associées à celles du dirigeant de la force paramilitaire Bassidj, Gholamreza Soleimani, et des plus de 80 militaires de la frégate coulée par les États-Unis début mars au large du Sri Lanka.
Une foule importante s’est rassemblée à Téhéran pour la cérémonie. Des camions transportant des cercueils recouverts de drapeaux iraniens avançaient dans le cortège, cernés de personnes en deuil portant des portraits de feu l’ayatollah Ali Khamenei et se frappant la poitrine.
Une « manifestation de l’unité entre la culture iranienne et l’islam », selon un reporter de la télévision d’État sur place.
Le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, a promis pour sa part de poursuivre un conflit aux « répercussions mondiales […], sans distinction de richesse, de croyance ou de race ».
« Inverser le rapport de force »
En attendant, la liste des dirigeants iraniens qu’États-Unis et Israël ont tués s’allonge depuis le premier d’entre eux, le guide suprême Ali Khamenei, au premier jour de la guerre le 28 février.
Israël a promis le même sort à son fils Mojtaba, qui lui a succédé le 8 mars mais n’est pas apparu en public depuis. Des responsables américains et israéliens le disent « défiguré », d’autres le disent blessé à la jambe. Donald Trump met même en doute le seul fait qu’il soit vivant.
Israël veut « désarticuler l’architecture politico-sécuritaire du régime pour le faire vaciller sur ses bases », estime sur X David Khalfa, cofondateur du centre de recherches Atlantic Middle East Forum. Il s’agit « d’inverser le rapport de force entre régime et société iranienne, dans la perspective d’un après-guerre très incertain ».
« Pour venger le sang » des « martyrs », les Gardiens de la Révolution, armée idéologique du pouvoir iranien, ont salué des frappes qui ont fait au moins deux morts près de Tel-Aviv.
Au Liban, « ils visent de plus en plus les civils»
Au Liban, Israël poursuit aussi son offensive, cette fois contre le mouvement pro-iranien Hezbollah, en visant là encore ses hauts responsables. Le directeur des programmes politiques de la télévision al-Manar, affiliée au groupe chiite, est mort dans une frappe israélienne à Beyrouth, selon la chaîne.
Plusieurs frappes avaient visé à l’aube des quartiers du centre-ville, dont des zones densément peuplées. Un bilan provisoire fait état d’au moins 12 morts et 41 blessés.
Les images de l’AFP ont montré d’épais panaches de fumée après une attaque près du front de mer, où des déplacés dormaient dans leurs voitures.
L’armée israélienne a aussi annoncé avoir frappé le Hezbollah dans la région de Tyr (sud), cité classée au patrimoine mondial de l’UNESCO.
Des habitants ont fui au milieu d’embouteillages monstres, selon Bilal Kashmar, un porte-parole des secours locaux.
« On est très résilient, on est habitué aux bombardements », assure à l’AFP Mustapha Khairallah, réfugié à Saïda. Mais « ils visent de plus en plus les civils. J’ai été obligé de partir », conclut le vieillard juché sur deux cannes.
Un site gazier iranien frappé
Mais l’enjeu économique mondial de la guerre se joue dans le Golfe, où les installations pétrolières et gazières essuient des frappes iraniennes, ainsi qu’aux alentours du détroit d’Ormuz, par lequel transite en temps normal un cinquième du commerce mondial de pétrole brut et de gaz naturel liquéfié (GNL).
Arabie saoudite, Émirats arabes unis, Qatar et Koweït ont fait état de projectiles tombés près de bases abritant des soldats américains, ou interceptés au-dessus de zones civiles et industrielles. Et une frappe israélo-américaine a touché des installations iraniennes sur un important site gazier du Golfe, provoquant un incendie, selon la télévision d’État.
Depuis le 1er mars, 21 navires, dont dix pétroliers, ont été attaqués ou ont signalé des incidents dans le Golfe, le détroit d’Ormuz ou le golfe d’Oman, selon l’agence maritime britannique UKMTO.
Et Donald Trump a de nouveau dénoncé le refus des alliés des États-Unis d’aider son pays à sécuriser le détroit.
« Je me demande ce qui se passerait si on “en finissait” avec ce qu’il reste de l’État terroriste iranien, et qu’on laissait les pays qui s’en servent — pas nous — être responsables du soi-disant “détroit” ? Ça ferait se bouger certains de nos “alliés” non réactifs, et vite !!! » a écrit le président américain sur son réseau Truth Social.
L’Irak, qui espérait échapper au conflit, continue pour sa part d’y plonger chaque jour un peu plus.
Au moins quatre fortes explosions ont été entendues à Erbil, au Kurdistan autonome (nord), selon des journalistes de l’AFP, des groupes armés pro-iraniens enchaînant les attaques de drone contre militaires et intérêts américains.


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