Une plante de plus de trois mètres de haut, aux ombelles blanches larges comme une table basse, capable de brûler la peau au troisième degré. Ce portrait n’a rien d’un scénario catastrophe : c’est celui de la berce du Caucase, une espèce qui prolifère chaque été sur les berges de rivières et dans certains jardins français, au point que l’Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSES) publie régulièrement des mises en garde. Le paradoxe est là : cette plante spectaculaire, importée pour sa beauté, est devenue l’une des espèces végétales les plus surveillées du territoire.
À retenir
- Une belle importée du XIXe siècle cache une sève capable de brûler la peau au troisième degré
- Les symptômes apparaissent sournoisement, 15 minutes après contact, décuplés par l’exposition solaire
- Chaque pied produit jusqu’à 120 000 graines : la prolifération s’accélère vers le sud-ouest
Sommaire
- Une importée de luxe devenue fléau invasif
- Une géante facile à repérer, une sève qui ne l’est pas
- Des brûlures qui peuvent marquer pendant des années
- Que faire face à la berce, et pourquoi juillet-août concentre les risques
Une importée de luxe devenue fléau invasif
Originaire du Caucase, elle a été introduite au 19ème siècle en France et en Europe à des fins ornementales. Les jardins botaniques et les grands parcs paysagers de l’époque s’en sont entichés : sa silhouette monumentale et ses ombelles généreuses en faisaient une curiosité végétale du plus bel effet. Plusieurs jardins botaniques font mention d’une grande ombellifère lors de cette période d’introduction. Elle a même laissé une trace artistique inattendue : la berce du Caucase est un symbole de l’École de Nancy et du mouvement Art nouveau, qui l’a représentée dans de nombreux éléments décoratifs.
Le problème, c’est qu’une plante ornementale ne reste pas toujours cantonnée aux massifs qu’on lui destine. Il s’agit d’une plante toxique devenue invasive au milieu du 20ème siècle, dont la prolifération pose aujourd’hui des problèmes environnementaux et de santé publique. Introduite en Europe au XIXe siècle dans des jardins botaniques, puis distribuée comme plante ornementale pour jardins et parcs, elle est devenue invasive dans les années 1950-1960. Depuis, elle a pris ses aises : on la trouve dans un large quart nord-est de la France, notamment dans les Hauts-de-France, ainsi que dans les Alpes, et elle progresse désormais vers le sud-ouest, où les conditions climatiques lui sont favorables. Chaque pied adulte produit une descendance impressionnante : une seule plante peut donner jusqu’à 120 000 graines, certaines restant en dormance dans le sol pendant des années avant de germer.
Une géante facile à repérer, une sève qui ne l’est pas
Impossible de la manquer une fois qu’elle a atteint sa taille adulte. La berce du Caucase peut atteindre à la floraison 2 m à 3 m de hauteur, voire 5 m. Ses feuilles sont profondément découpées et d’aspect brillant, pouvant mesurer entre 0,5 m et 1 m de longueur. Ses tiges florales sont épaisses, de 4 à 10 cm d’épaisseur, creuses et souvent tachetées de pourpre, et ses fleurs sont blanches, disposées en ombelles de grande taille de 50 cm de diamètre. Un détail permet de la différencier de sa cousine indigène, la berce commune, bien moins problématique : la tige de la berce du Caucase est recouverte de poils urticants violacés à noirs, contrairement à la berce commune qui a des poils blancs doux.
Ce que l’œil ne voit pas, c’est le danger contenu dans sa sève. Incolore, inodore, elle passe totalement inaperçue au moment du contact. Même si le contact avec la sève de la plante ne provoque pas de douleur immédiate, elle contient des toxines, les furanocoumarines, qui engendrent des photo-phytodermatites au contact de la peau ou des muqueuses. Le mécanisme est presque sournois : les réactions apparaissent dès 15 minutes après exposition des zones ayant été en contact avec la plante aux rayons ultraviolets du soleil. On touche la plante en pleine matinée, on continue sa balade, et c’est seulement au soleil de l’après-midi que la peau commence à réagir.
Des brûlures qui peuvent marquer pendant des années
La suite est nettement moins anecdotique qu’une simple irritation. Les premiers symptômes se poursuivent par des brûlures cutanées apparaissant entre un et trois jours après le contact avec la sève, pouvant être du premier, deuxième voire troisième degré. Des cloques peuvent se former, parfois volumineuses : l’apparition d’ampoules étendues et suintantes, parfois nombreuses, avec un diamètre pouvant atteindre plusieurs centimètres. Et la zone touchée ne récupère pas immédiatement sa tranquillité : la sève est phototoxique, ce qui signifie qu’après un contact, la peau devient hypersensible au soleil pendant plus d’une semaine, et cela malgré un bon rinçage. Les cicatrices, elles, peuvent s’installer durablement : des marques ou des taches sombres peuvent apparaître sur la peau et rester visibles pendant plusieurs années.
Les enfants figurent parmi les plus exposés, pour une raison assez logique : la tige creuse et démesurée de la berce fascine, et sert parfois de jouet ou de cachette improvisée. Les animaux domestiques ne sont pas épargnés non plus : les chiens et les chats peuvent présenter des brûlures après un contact avec la sève, et leur pelage contaminé peut ensuite transmettre la substance à leurs propriétaires. Une caresse anodine après une balade en forêt peut ainsi suffire à déclencher une réaction, plusieurs heures plus tard, sans que le lien de cause à effet soit évident.
Que faire face à la berce, et pourquoi juillet-août concentre les risques
La période estivale n’a rien d’un hasard dans le calendrier des alertes sanitaires. La floraison intervient de juillet à août, après plusieurs années, généralement une à quatre, passées au stade végétatif. C’est précisément à ce moment que la plante atteint son développement maximal, avec des tiges gorgées de sève, et que le soleil, plus intense, active la toxicité des furanocoumarines de la manière la plus violente. Randonneurs, pêcheurs et jardiniers amateurs se retrouvent alors en première ligne, sans forcément savoir à quoi ils ont affaire.
En cas de contact avéré, les gestes à adopter sont bien codifiés par les autorités sanitaires. Il faut laver soigneusement la peau à l’eau froide et éviter toute exposition au soleil pendant plusieurs jours. On applique un papier absorbant sur la peau aux endroits où se trouve la sève sans frotter, pour éviter d’étendre la zone touchée, et l’on évite l’exposition de la zone touchée à la lumière pendant au moins 48 heures. Si les symptômes s’aggravent, en particulier chez un enfant, un avis médical ou un appel au centre antipoison s’impose sans délai.
Sur le terrain, la lutte contre l’espèce reste largement manuelle et fastidieuse. Sa vente est interdite depuis son inscription sur la liste européenne des espèces exotiques envahissantes préoccupantes en 2017, mais les populations déjà installées en France constituent aujourd’hui la principale source de dissémination, portée par les crues et le transport de terre. Un détail à retenir avant de vous aventurer près d’un cours d’eau cet été : la présence d’une tige tachetée de pourpre, épaisse comme un poing, doit suffire à faire garder ses distances, appareil photo à la main plutôt que main tendue.
Sources : auvergne-rhone-alpes.ars.sante.fr | especes-risque-sante.info


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