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  • Implants anti-hernie : une association va être créée « pour poursuivre le combat ...

Le comédien Arnaud Denis sera inhumé ce jeudi à Paris, plus d’une semaine après avoir été euthanasié en Belgique à la suite de douleurs liées à un implant anti-hernie. Très engagé contre ces prothèses en polypropylène, le dramaturge de 43 ans a chargé Julie Canon, elle-même victime, de reprendre son combat. Dans une interview accordée au groupe EBRA, dont fait partie notre journal, cette dernière annonce qu’une association va être créée pour défendre les patients victimes.

Propos recueillis par Alexandra Simard - Aujourd'hui à 07:10 - Temps de lecture :

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« Le groupe t’appartient en titre maintenant. C’est toi la cheffe » : dans l’un de ses derniers messages, le comédien Arnaud Denis, qui sera inhumé ce jeudi à Paris, a chargé Julie Canon de reprendre la gestion de sa page Facebook dédiée aux victimes de prothèses anti-hernie. Elle-même victime d’un implant en polypropylène, Julie Canon coordonnait déjà avec le lanceur d’alerte ce groupe. Créée en 2023 par Arnaud Denis, cette page compte plus de 9 000 abonnés. Dans une interview accordée au groupe EBRA, dont fait partie notre journal, Julie Canon annonce qu’elle s’apprête à créer une association afin de poursuivre le combat du dramaturge de 43 ans, qui s’est éteint le 22 septembre à Namur en Belgique après avoir choisi de recourir à l’euthanasie.

C’est vous qui allez reprendre le combat d’Arnaud Denis pour les victimes de prothèses anti-hernie…

« Oui. C’était quelque chose de naturel pour Arnaud Denis de me donner le relais dans le combat, parce que je me suis énormément investie depuis un an à ses côtés. On travaillait tous les deux main dans la main. Une confiance s’est très vite installée entre nous. »

Julie Canon et Arnaud Denis. Photos DR

Julie Canon et Arnaud Denis. Photos DR

Aujourd’hui, votre page Facebook rassemble plus de 9 000 personnes…

« Depuis le départ d’Arnaud, on a eu énormément de personnes qui se sont rendu compte qu’il était parti à cause d’une prothèse de hernie. Cela a permis à des victimes de se rendre compte de l’origine de leurs douleurs. J’ai reçu près de 200 mails depuis son euthanasie. Parmi eux, des personnes qui étaient isolées depuis 10 ans, 15 ans, parfois même des proches de victimes qui sont décédées après une pose de prothèse. J’ai aussi lu dans les commentaires la solidarité de médecins de la douleur, de neurologues, d’anesthésistes, d’urologues et de psychiatres. »

« Je comprends entièrement la décision d'Arnaud Denis » 

Comment avez-vous vécu le décès choisi d’Arnaud Denis ?

« Je comprends entièrement sa décision. On en a beaucoup parlé, tous les deux. J’étais au courant depuis août de la date. Donc, j’ai eu le temps de me préparer à ce qu’en septembre, il ne soit plus là. Mais cela reste un choc. Sa décision, je la comprends. Je l’ai vu se dégrader depuis novembre 2025. Ces derniers temps, quand je l’avais au téléphone, il faisait beaucoup de pauses entre les mots. Il était très fatigué. Il avait beaucoup de mal à tenir. Il perdait du muscle et avait du mal à tenir sa tête droite. Il était très pâle, très cerné… »

Quand avez-vous pu lui parler pour la dernière fois ?

« Je l’ai eu la veille de son départ. On a pu se dire au revoir. On a reparlé du collectif, comment j’allais gérer… Il avait peur pour moi. "Il y aura probablement beaucoup de chrétiens qui ne seront pas d’accord avec ma décision. J’espère que tu arriveras à faire le tri, etc.", m’a-t-il dit. "Je te promets que je vais gérer. Je te l’ai promis", lui ai-je répondu. Il était quand même dans la positivité malgré son départ. »

« On aimerait appeler l'association le collectif d’Arnaud Denis »

Quels sont désormais vos objectifs ?

« Arnaud aurait aimé faire une association pour le collectif, mais il n’en avait pas la force. Son départ a remis une pièce dans la machine. Nous allons nous lancer à 11 dans la création d’une association. On aimerait l’appeler le collectif d’Arnaud Denis ou l’association d’Arnaud Denis. Je demanderai bien sûr l’autorisation à sa famille. On voit que les personnes sont très motivées pour nous aider. Alors qu’au début, avec Arnaud, on était agacés de savoir qu’il y avait autant de personnes souffrantes, mais que personne ne bougeait. On va se battre pour lui. Et Arnaud sera la figure de ce collectif. En tant que lanceur d’alerte, il a sauvé plus d’une personnes. Il a aidé énormément de monde en informant sur les prothèses, les effets secondaires, la réalité. »

En quoi consistera le travail de cette association ?

« Tout le travail qu’on fait depuis des années, on va le structurer. Il va y avoir un cadre. On sera aussi beaucoup plus pris au sérieux par les institutions. Nous serons une ressource pour toutes les victimes et les personnes qui s’interrogent sur la pose d’un implant anti-hernie. On est en train, par exemple, de regarder pour faire une liste de chirurgiens susceptibles d’opérer par shouldice [technique chirurgicale utilisée pour traiter la hernie inguinale sans utiliser de prothèse (filet), NDLR]. »

« On est nombreux à ne pas réussir à récupérer notre dossier médical » 

Vous avez conscience que vous portez un discours opposé à celui des autorités de santé ?

« Je ne me mets pas du tout à la place du médecin. Nous apportons des informations liées aux effets secondaires, orientons vers des chirurgiens ou des structures, notamment en Allemagne, qui pratiquent une autre technique que l’implantation, mais chacun reste libre de prendre sa propre décision. Car on constate que les patients ne reçoivent pas toutes les informations de la part des médecins avant de se faire opérer. »

D’autres patients en sont-ils aujourd’hui au point d’Arnaud Denis à envisager l’euthanasie ?

« Malheureusement oui. Nous avons le cas d’un homme de 35 ans qui s’est rapproché d’une association sur la fin de vie pour se renseigner. Nous avons aussi une victime qui souffre depuis 15 ans et qui l’envisage. »

Sur le volet judiciaire, une plainte collective est en préparation et 215 signalements ont été adressés en juillet auprès de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM)…

« Notre avocat Me Pierre Debuisson a élaboré un formulaire très simplifié pour les victimes, parce qu’on est nombreux à ne pas réussir à récupérer notre dossier médical. L’ANSM devra investiguer et retrouver les informations de chaque personne : où elle a été opérée, ce qu’on lui a implanté, quel est le numéro de référence de sa prothèse… Si la traçabilité n’a pas été faite convenablement, ce sera au chirurgien de rendre des comptes. »

« Le frère d'Arnaud Denis m'a remercié » 

Quelques jours avant son décès, Arnaud Denis nous avait annoncé le classement sans suite par le parquet de Paris de sa plainte contre X déposée en janvier 2026. Comment avez-vous réagi à cette décision de justice ?

« Je le prends comme Arnaud. C’est une humiliation avant son départ. Il aurait mieux valu que ce résultat arrive après, pour qu’il puisse partir réellement en paix. Parce que là, il était vraiment très mal par rapport à ça [l’enquête va être relancée après que l’avocat d’Arnaud Denis Me Phillippe Courtois a saisi le doyen des juges d’instruction avec constitution de partie civile, NDLR]. »

Avez-vous eu des contacts avec la famille d’Arnaud Denis ?

« Ils sont très reconnaissants envers mon engagement. Son frère m’a remercié. Il m’a dit "merci pour tout ce que tu as fait pour Arnaud et ce que tu fais". S’ils ont besoin de quoi que ce soit, ils peuvent compter sur moi. Mais discuter avec eux du combat aujourd’hui, je trouve que c’est encore trop frais. »

Pour rendre hommage à Monsieur Arnaud DENIS, vous pouvez déposer un message de condoléances ou partager un souvenir en sa mémoire sur le site Libra Memoria.
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