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Inondations : comment un ancien YMCA est devenu un modèle de résilience climatique

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L’ancien bâtiment du YMCA de la rue Décarie, dans l’arrondissement de Saint-Laurent, se trouve au cœur d’une zone cuvette, inondée à répétition au fil des années. À l’été 2024, des pluies diluviennes frappent particulièrement fort : les résidents de ce secteur vivent deux inondations coup sur coup, dont celle survenue après le passage de la tempête Debby.

Lors des pluies abondantes, les trottoirs deviennent complètement impraticables, la rue est complètement inondée, décrit Catherine Franzidis, directrice générale du Collectif 1745. Tous les bâtiments sont victimes de ces inondations-là : autant nous que les écoles d'à côté et les résidents en face.

Le Collectif 1745 est un regroupement d’organismes locaux qui s’est récemment porté acquéreur de l’immeuble qui appartenait au YMCA. Datant de 1959 et nécessitant des rénovations majeures, le bâtiment d’une superficie de 26 000 pieds carrés (environ 2400 mètres carrés) est entouré de deux écoles primaires et de plusieurs immeubles d'appartements.

Catherine Franzidis dans un corridor.

Catherine Franzidis, directrice générale du Collectif 1745

Photo : Radio-Canada / Denis Wong

Devant les problèmes de ruissellement des eaux qui reviennent aux trois mois, le concept d'adaptation climatique a guidé le collectif dans la planification de ses travaux.

Cet automne, le gravier et le goudron de la toiture ont déjà fait place à une membrane blanche qui réduit les effets d’îlot de chaleur. Le plancher du sous-sol a été rénové avec du matériel non putrescible au contact de l’eau.

Au printemps prochain, le chantier sera consacré à la gestion des eaux sur le terrain, fortement minéralisé.

Ainsi, les conduites des eaux pluviales et celles des eaux usées seront séparées, pour éviter qu’elles ne se déversent en même temps dans le réseau d'égouts. Deux bassins de rétention pouvant contenir 95 mètres cubes d’eau seront aussi installés, soit l’équivalent d’environ deux piscines creusées résidentielles.

On va réduire la pression sur les eaux municipales dans notre secteur. On n’a pas hâte de voir [une autre inondation], mais on a quand même hâte de voir les améliorations et les impacts réels que ça va amener.

Si ces travaux ne sont pas une solution miracle, ils représentent une contribution parmi des millions de contributions qui sont nécessaires, selon la directrice générale du collectif.

On prend cette occasion pour s'ancrer dans le développement durable, ajoute-t-elle.

Baptisé « Canaux solidaires », ce projet de résilience à l’échelle locale attire l’attention, notamment parce qu’il émane du milieu communautaire.

En août dernier, Environnement et Changement climatique Canada et la Fédération canadienne des municipalités (FCM) ont accordé une somme de 800 000 $ pour la réalisation de ce plan d’adaptation, par l’entremise du Fonds municipal vert. Ce projet est l’un des sept au Québec à avoir obtenu un soutien financier de la FCM, et l’investissement représente plus de 25 % du coût des travaux prévus.

Vue en contre-plongée d'un immeuble de logements.

Plusieurs immeubles de logements sont situés dans le secteur Norgate.

Photo : Radio-Canada / Denis Wong

Conseillère d’arrondissement dans le district Norman-McLaren, Annie Gagnier salue les efforts de l’organisme. Selon elle, ces mesures d’adaptation seront bénéfiques pour le secteur Norgate, une zone cuvette considérée comme prioritaire par l’arrondissement de Saint-Laurent.

On n'a malheureusement pas toutes les solutions, on aimerait bien avoir une baguette magique, admet la conseillère à propos des répercussions des changements climatiques dans son arrondissement.

Il faut qu'il y ait des contributions à tous les niveaux : la Ville, l'arrondissement, les citoyens eux-mêmes. Et là, ce qui est fantastique, c'est qu'on a un organisme qui va s'impliquer pour son bâtiment, mais aussi auprès des autres.

L’arrondissement s’est aussi impliqué financièrement dans l’initiative, en accordant 400 000 $ pour les rénovations du bâtiment communautaire.

Un secteur à risque « extrême »

Les cuvettes sont des zones topographiquement basses susceptibles d'accumuler les précipitations lors de pluies intenses, selon la Ville de Montréal.

Dans le secteur Norgate, il faudrait plus de 300 mm d’accumulation d’eau afin de remplir cette cuvette, en excluant la capacité du système d'égouts. À cet endroit, le risque associé aux inondations par ruissellement est extrême, indique une étude sur la résilience climatique commandée par le Collectif 1745.

Un secteur particulièrement exposé

L’arrondissement de Saint-Laurent est un moteur économique au sein de la métropole : une proportion de 70 % de son territoire est consacrée à des activités industrielles et commerciales. En contrepartie, ses nombreuses surfaces minéralisées rendent le secteur particulièrement exposé aux changements climatiques.

Notre plan d'urgence climatique, c'est vraiment d'essayer sur tous les fronts, souligne Annie Gagnier. On a effectivement un gros secteur industriel, mais ça peut être du commercial ou du multilogement. Là, c'est d'autant plus pressant et urgent. Quand c'est déjà bâti et existant, c'est plus difficile d'aller sous la surface.

On a un plan directeur de gestion de l'eau qui a été soumis à la Ville de Montréal et qui a été accepté, souligne à ce sujet Catherine Franzidis. Donc, nos ingénieurs travaillent pour que notre projet réponde aussi aux normes municipales.

Une entrée de garage dont l’accès est en pente.

De nombreux immeubles résidentiels de l’arrondissement sont dotés de garages dont l’accès est en pente.

Photo : Radio-Canada / Denis Wong

Par ailleurs, l’arrondissement a assoupli ses règlements d’urbanisme afin de faciliter des interventions, telles que le remblayage des accès de garage en contre-pente. Datant de juin 2025, ces nouvelles dispositions s’intègrent au Plan d’urgence climatique de l’arrondissement et, plus largement, à la stratégie montréalaise face aux inondations.

Après des inondations répétées, trois citoyens de l’arrondissement de Saint-Laurent ont déposé en février 2025 une demande d’autorisation d’action collective contre la Ville de Montréal. Ce groupe l'estime responsable de la gravité de ces événements climatiques à cause d’infrastructures insuffisantes. Cette demande d’autorisation est toujours à l’étude, selon la Cour supérieure du Québec.

Lorsque le Collectif 1745 s’est porté acquéreur de l’immeuble du YMCA en 2024, au coût de 3,4 millions de dollars, le milieu communautaire a poussé un soupir de soulagement. On craignait que la mise en vente de cet immeuble entraîne un manque de services pour la population. Aujourd’hui, on y retrouve plusieurs organismes jeunesse, une cuisine collective et un CPE.

Quand les partenaires ont décidé de se mobiliser pour le projet, il y avait l’occasion de l'édifice, mais il y avait aussi le fait qu'il était au cœur du secteur ici, un des plus défavorisés de Saint-Laurent.

Dans le quartier, des propriétaires, mais aussi de nombreux nouveaux arrivants, subissent les contrecoups des aléas climatiques. Au-delà des infrastructures, le projet du Collectif 1745 vise ainsi à développer la résilience communautaire du secteur face aux inondations.

Vue d'un immeuble abritant de multiples logements.

Le Collectif 1745 sert un quartier particulièrement défavorisé dans l’arrondissement.

Photo : Radio-Canada / Denis Wong

Les scientifiques estiment que les événements climatiques extrêmes, tels que des pluies torrentielles, deviendront de plus en plus fréquents. La directrice générale du Collectif 1745 s’attend à ce que son quartier vive d’autres épisodes d’inondations.

À terme, l’organisme aimerait travailler en complémentarité avec la Ville en temps de crise. Doté de génératrices, son immeuble pourrait ainsi servir de pôle de résilience et soutenir les sinistrés en mettant à profit son gymnase, ses installations sanitaires, sa cuisine communautaire ou encore sa chambre froide.

Cette bâtisse-là, ce milieu de vie là, est comme un parapluie à projets, illustre Catherine Franzidis. Chaque espace a le potentiel de servir la communauté.

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