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Bio-ingénieure de formation, Inge Neven dirige aujourd'hui Vito, le principal centre de recherche flamand consacré à l'innovation technologique, à la transition énergétique et au développement durable. Rien ne la destinait pourtant à devenir l'un des visages les plus connus de la pandémie en Belgique.
En 2020, au moment où le Covid frappe le pays, elle est appelée à prendre la tête de la cellule de crise de la Commission communautaire commune (Cocom). Pendant trois ans, celle que certains Bruxellois surnommeront "Madame Covid" coordonne la stratégie sanitaire de la capitale. Une mission qui bouleverse sa carrière, mais aussi son regard sur la Belgique.
Car derrière la gestion d'une crise sans précédent, la scientifique découvre un autre pays : celui de la coopération quotidienne entre Flamands et francophones.
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Habituée à évoluer dans un univers où l'organisation, la méthode et la planification occupent une place centrale, Inge Neven se retrouve soudain plongée dans un environnement où les cultures administratives et politiques se croisent en permanence.
Au fil des réunions avec les ministres, les administrations, les hôpitaux et les experts des deux communautés, ses certitudes évoluent. "Avec les francophones, j'ai pratiqué une approche plus spontanée des relations humaines. C'était une manière moins formelle d'aborder les réunions ou les négociations", expose-t-elle.
Son constat ne relève ni du cliché ni du jugement. Au contraire. La scientifique observe avant de conclure. Et ce qu'elle retient surprendra peut-être certains Flamands.
"Les francophones avec qui j'ai travaillé étaient capables de relativiser les choses lorsque les circonstances l'exigeaient."
Cette capacité à prendre du recul ne l'empêche pas de reconnaître les qualités de sa propre culture. "Les Flamands apportent une organisation rigoureuse, une planification méthodique et une attention particulière à la mise en œuvre concrète des décisions."
Pour elle, les deux approches sont complémentaires. Et c'est précisément cette complémentarité qui permet d'avancer lorsque les circonstances l'exigent.
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La pandémie lui fait aussi découvrir ce qui rend Bruxelles si singulière et si compliquée à la fois.
"C'était au début du Covid, je venais de prendre mes nouvelles fonctions. Nous étions responsables des maisons de repos sur le territoire bruxellois. Or, je l'ignorais, certaines dépendaient de la Région flamande. Chaque intervention supposait de se coordonner, de s'accorder sur les procédures et de déterminer qui faisait quoi", observe Inge Neven.
Ce qui pourrait passer pour une absurdité administrative devient pour elle, avec le recul, une leçon sur le fonctionnement du pays. La Belgique est complexe, parfois déroutante. Mais elle fonctionne parce que ses acteurs apprennent à travailler ensemble.
"On parle souvent des différences entre Flamands et francophones. Pourtant, lorsqu'un objectif commun s'impose, comme c'était le cas lors de la campagne de vaccination pendant la pandémie à Bruxelles, elles s'effacent beaucoup plus vite qu'on ne l'imagine. Le Covid m'a fait découvrir une autre Belgique", lance-t-elle.
Les années Saint-Géry
Bien avant le Covid, Bruxelles occupait déjà une place particulière dans sa vie.
Après ses études, elle y partage un appartement avec plusieurs amis. Les jeudis soir commencent invariablement place Saint-Géry, avant de se prolonger dans les cafés de la capitale. Chaque mois, la bande choisit une autre commune à explorer.
"Mon plus beau souvenir reste ces années passées avec mes amis, nos soirées à Saint-Géry, la découverte des différents quartiers, mais aussi la verdure de Bruxelles, souvent sous-estimée, et son incroyable patrimoine Art déco", s'enthousiasme Inge Neven.
La Capitale où elle a travaillé pendant la pandémie n'était plus celle de sa jeunesse. Pourtant, derrière les institutions et les cabinets ministériels, elle y a retrouvé ce qui l'avait séduite autrefois : une ville profondément humaine où les langues, les cultures et les parcours se rencontrent chaque jour.
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Le même regard nuancé guide son analyse de la Wallonie. "On parle souvent de ses difficultés économiques. Beaucoup moins de ses capacités d'innovation", constate-t-elle.
La Limbourgeoise parle des universités, des centres de recherche, des biotechnologies, du secteur spatial dans la région de Charleroi, des matériaux innovants ou encore de l'aéronautique comme autant de secteurs d'excellence.
Les défis restent importants (emploi, infrastructures, formation) mais l'optimisme de Inge Neven demeure intact. Selon elle, l'économie de demain reposera davantage sur la recherche, la connaissance et les technologies propres que sur les industries traditionnelles. Sur ce terrain, la Wallonie possède de solides atouts.
Trois années passées au cœur de la plus grande crise sanitaire qu'ait connue le pays, lui ont finalement appris une leçon simple. On ne dépasse pas les préjugés en les commentant, mais en partageant des expériences. Une conclusion qui résume autant son expérience bruxelloise que sa vision de la Belgique.
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