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Un nouveau rapport soutient que le marché de l’infonuagique est devenu excessivement concentré, ce qui représente à la fois un problème de concurrence économique et un enjeu de souveraineté numérique pour le Canada, alors que le domaine de l’intelligence artificielle (IA) poursuit son envolée.
Trois entreprises américaines — Amazon, Microsoft et Google — contrôlent environ 85 % du marché canadien du nuage public. À l’échelle mondiale, cette proportion s’élève à 66 %. Le rapport du Projet anti-monopole canadien, publié mardi, qu’un marché si concentré réduit la concurrence, complique les changements de fournisseur et accroît la dépendance des entreprises et des gouvernements envers quelques acteurs dominants.
On n’a pas forcément les moyens de négocier de meilleures conditions auprès de nos fournisseurs, et ceux-ci ne sont pas incités à concurrencer sur la qualité du service ou sur les prix, souligne l’un des auteurs du rapport, Curtis McCord.
Ils peuvent en quelque sorte vous garder prisonnier de leur offre, ce qui rend très difficile de changer de fournisseur.
Le rapport souligne que les grandes plateformes utilisent des technologies propriétaires, des contrats complexes et des coûts de migration élevés qui rendent difficile le passage à un autre concurrent. Cette domination leur permet aussi d’étendre leur influence à d’autres secteurs stratégiques, tels que l’IA.
Une stratégie IA qui se fait attendre
Ottawa compte investir 2 milliards de dollars sur cinq ans afin de développer une puissance de calcul dite souveraine. Après plusieurs mois de retard, le gouvernement Carney doit dévoiler cette semaine sa stratégie nationale en matière d’intelligence artificielle.
La capacité de calcul souveraine du Canada en est à ses débuts, notamment dans le domaine du cloud [infonuagique], et que des investissements considérables seront nécessaires pour réduire la dépendance vis-à-vis des fournisseurs étrangers, selon un brouillon de la stratégie obtenu par CBC News.
Parmi les mesures prévues : la construction d’un supercalculateur public de classe mondiale. Ottawa compte également tirer parti des charges de travail en IA du secteur public et de l’industrie, et mobiliser des capitaux privés afin de développer considérablement les infrastructures informatiques et infonuagiques souveraines. Cette initiative soutiendra la construction de centres de données dédiés à l’IA pouvant atteindre une puissance d’au moins 100 mégawatts, et qui seraient conçus pour répondre aux besoins d’un large éventail de clients canadiens.
Innovation, Sciences et Développement économique Canada n’a pas immédiatement répondu à nos questions envoyées par courriel. Le ministère indique qu’il compte fournir une réponse en début d’après-midi, mardi.
Des champions canadiens avalés
Le rapport du Projet anti-monopole canadien souligne que le marché hyper concentré de l’infonuagique entraîne aussi une capture de l’innovation par l’entremise de fusions, d’acquisitions et du recrutement ciblé de talents, souligne Curtis McCord.
Lorsqu’une entreprise canadienne atteint une taille qui est intéressante et une infrastructure aussi qui est pertinente, elle devient une cible d’acquisition pour des groupes étrangers qui sont mieux capitalisés, explique Ravy Por, spécialiste en IA et en technologies infonuagiques.

La fondatrice de l’organisme Héros de chez nous et spécialiste en intelligence artificielle, Ravy Por.
Photo : Radio-Canada / Jean-Baptiste Demouy
Le mois dernier, une division de la banque américaine Goldman Sachs a acheté QScale, une entreprise de Lévis spécialisée en centres de données IA. Une autre entreprise québécoise du secteur, Enovum, a été avalée par la société américaine Bit Digital (nouvelle fenêtre) en 2024.
Cette situation est devenue un enjeu de souveraineté numérique et de vulnérabilité géopolitique dans un contexte de tensions commerciales avec Washington, selon l’experte.
On ne s’est jamais inquiété face à ça, mais, depuis l’administration Trump, je vous dirais qu’on le regarde d’une autre manière.
Être 100 % souverain, c’est quelque chose que je ne vois aucunement à court terme, avoue-t-elle. Il faut commencer quelque part.
Une véritable souveraineté numérique, ce n’est pas juste de posséder des serveurs sur le sol canadien, c’est la liberté de changer de fournisseur de manière beaucoup moins complexe qu’actuellement, affirme Ravy Por.
Des pistes de solutions
Le rapport du Projet anti-monopole canadien affirme que la solution ne consiste pas simplement à bâtir des alternatives canadiennes. Remplacer un oligopole étranger par un oligopole canadien ne réglerait pas le problème de fond.
Les auteurs proposent plutôt une stratégie de marchandisation du nuage informatique. L’objectif est de rendre les services infonuagiques interchangeables, afin que les organisations puissent déplacer facilement leurs données et leurs applications entre différents fournisseurs.
Le Canada devrait s’aligner à d’autres pays et utiliser ensemble leur pouvoir d’achat pour exiger certaines normes et négocier de meilleurs contrats, souligne M. McCord. Ottawa peut aussi légiférer pour renforcer la concurrence, en interdisant par exemple les frais de résiliation et en exigeant plus de transparence au niveau des prix.
Nous souhaitions voir davantage d’entreprises canadiennes s’implanter dans ce marché, et si nous voulons qu’elles réussissent et qu’elles soient compétitives, c’est la marche à suivre, dit-il.
Le Projet anti-monopole canadien réclame aussi une étude de marché du Bureau de la concurrence. De nombreuses études menées dans d’autres juridictions, notamment aux États-Unis et dans l’Union européenne, ont mis en évidence que certaines pratiques entravent la concurrence. Nous devons absolument commencer à les étouffer dans l’œuf avant qu’elles ne s’ancrent davantage, lance Curtis McCord.
Par ailleurs, une étude publiée par l’Institut C.D. Howe (nouvelle fenêtre) en avril dernier recommande au chien de garde d’éviter une vision trop rigide des marchés de l’IA puisque les technologies et les modèles d’affaires évoluent rapidement, préconisant plutôt une analyse au cas par cas.
L’auteur Daniel Schwanen estime que, malgré la domination de grands acteurs mondiaux dans les puces, les centres de données et les modèles avancés, la concurrence peut demeurer dynamique grâce aux nouveaux entrants, aux modèles ouverts et aux interventions des gouvernements visant à accroître l’accès à la puissance de calcul.


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