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Infirmières violentées par des patients, la CNESST intervient à l’urgence de Rouyn-Noranda

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Des travailleuses en sous-effectifs, des salles insuffisantes pour traiter les patients en crise et des plans toujours inexistants pour encadrer les violences physiques et psychologiques.

Une intervention de la Commission des normes, de l'équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) a été nécessaire pour diminuer les risques auxquels s'expose la centaine de travailleuses affectée à l’urgence de l’hôpital de Rouyn-Noranda.

Une infirmière frappée au torse par un patient. Des fractures aux côtes. C’est l’un des incidents que documente un rapport de la CNESST, rédigé en décembre 2024.

Selon les deux inspecteurs dépêchés sur les lieux, ce genre de violence survenait chaque semaine à l’époque. La violence verbale, qui prend la forme de menaces, d’insultes et de gestes intimidants, était quant à elle vécue chaque jour.

Beaucoup de cette violence, qui se déroule dans la salle d’attente, est de la violence “contrôlée” et dirigée vers le personnel. Elle est faite en pleine conscience [par les patients], il ne s’agit pas d’une personne qui se désorganise.

La CNESST est intervenue dans ce contexte à l’urgence de Rouyn-Noranda pour aider l'employeur à réduire les menaces auxquelles s’exposent les infirmières et les préposées aux bénéficiaires, majoritairement des femmes, de par la nature de leur profession.

L'entrée principale du centre hospitalier de Rouyn-Noranda.

Le Centre hospitalier de Rouyn-Noranda. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Emily Blais

Un second rapport de la Commission, produit en janvier 2026, confirme que plusieurs correctifs ont été mis en place pour réduire les risques dans la dernière année, comme l’ajout d’un agent de sécurité le soir et la nuit.

Cet ajout est sans doute celui qui fait le plus de différence. Une employée parle de deux agents de sécurité qui sont excellents avec la clientèle et très aidants dans certaines situations, confirme le nouveau rapport.

Des données colligées par le Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de l’Abitibi-Témiscamingue montrent que les événements violents ont diminué entre l’année financière 2024 et l’année financière 2025, passant de 293 cas répertoriés à 195.

Correctifs en cours

Lors de sa première intervention, la CNESST avait ordonné au CISSS de l’Abitibi-Témiscamingue d'apporter six correctifs dans ses établissements pour rehausser la sécurité de son personnel.

Chacun d’eux est en cours de réalisation. Ces correctifs auraient dû entrer en vigueur dès mai 2025, mais l’organisation a obtenu des délais supplémentaires pour se conformer.

Les six correctifs demandés par la CNESST

Nature des correctifsÉtat
Verrouiller avec des lecteurs magnétiques les portes menant au poste ambulatoire (correctifs 1 et 2)Entrée en vigueur le 12 mars 2026. En attente de validation de la CNESST
Établir une procédure formelle pour encadrer les interventions dans la salle d’isolementEffectuée
Verrouiller avec des lecteurs magnétiques la porte menant au poste infirmierEntrée en vigueur le 12 mars 2026. En attente de validation de la CNESST
Définir des moyens formels d’intervention auprès des patients volontairement violentsEn cours de réalisation
Établir des mesures pour protéger les travailleurs exposés à une situation de violence physique et/ou psychologiqueEn cours de réalisation

Le président du Syndicat interprofessionnel en soins de santé (FIQ-SISSAT), Jean-Sébastien Blais, croit que ces changements auraient dû être apportés bien plus tôt, mais les représentants de l’employeur assurent qu’il était impossible de les instaurer rapidement.

Je pense qu’on a été très patients du côté de la CNESST et qu’il va falloir éventuellement tracer une ligne pour que les délais soient respectés et que les mesures soient mises en place pour la sécurité de nos professionnels, mentionne M. Blais.

Jean-Sébastien Blais est devant l'hôpital de Rouyn-Noranda.

Jean-Sébastien Blais, président de la Fédération interprofessionnelle de la santé de l'Abitibi-Témiscamingue. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Gabriel Poirier

Notre objectif, comme je l’ai mentionné, c’est de toujours nous assurer que le milieu de travail est sécuritaire. On y travaille au quotidien avec nos différents collaborateurs, dont le syndicat de la FIQ, indique Hélène Larose, adjointe au directeur des ressources humaines dans le volet talent.

Les dérogations proposées par la CNESST répondent aux problèmes de santé et de sécurité du travail, et non aux problèmes qui relèvent de la gestion administrative et budgétaire, comme les manques d’effectifs et de ressources.

La CNESST a jugé en 2024 que le personnel de l’urgence est en nombre insuffisant pour la quantité de patients à traiter. La Commission estimait aussi qu’il manque de locaux et d’équipements pour soigner les patients, en particulier lorsqu’ils sont en crise. Sur ces points, la Commission n’a rien ordonné. Aucun délai n’a été fixé.

Plan d’intervention à venir

Le CISSS de l’Abitibi-Témiscamingue s’est autorisé à adopter d’autres mesures pour redresser la situation. C’est le cas, par exemple, avec l’agent de sécurité cité plus haut. Des efforts importants sont également déployés au triage pour diminuer les codes blancs, ces situations d’urgence décrétées lorsqu’un patient agit violemment.

Le CISSS de l’Abitibi-Témiscamingue compte enfin déployer son Cadre de référence l’été prochain, un document concocté pour encadrer adéquatement les gestes de violence. Ce cadre a été conçu pour répondre aux deux dernières exigences de la CNESST.

On est en train de travailler avec les différents partenaires, internes et externes, pour outiller les intervenants et les professionnels sur la prévention de la violence. On veut aussi leur montrer comment repérer les comportements à risque d’escalade et comment adapter les interventions, explique Julie Lamontagne, directrice adjointe des soins infirmiers pour le volet soutien à la pratique professionnelle et qualité des soins infirmiers.

Le cas de Rouyn-Noranda n’est pas une anomalie. Entre 2019 et 2022, près du tiers des dossiers de violence psychique soumis par des travailleurs de la santé de partout au Québec ont donné lieu à des indemnités et plus de la moitié pour les violences physiques. Selon la CNESST, le milieu de la santé demeure le secteur le plus touché par ce type de violence.

– Avec les informations obtenues par Marie-Christine Rioux

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