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Plus d'une douzaine de chefs des Premières Nations et de conseillers des bandes ont franchi, lundi, les portes de l’Assemblée législative de l’Alberta, où ils ont réclamé, à l’unisson, le vote d’une motion de censure contre le gouvernement de Danielle Smith. Ils le tiennent pour responsable de la poussée du mouvement sécessionniste dans la province.
Selon eux, le fait que le Cabinet Smith a ouvert la porte à la tenue possible d’un référendum sur l’avenir de l’Alberta dans l’ensemble canadien viole les traités signés avec la Couronne.
Nos droits sont minimisés, notre peuple est minimisé à tous les niveaux, affirme le grand chef Trevor Mercredi, de la Confédération des Premières Nations du Traité n° 8.
La délégation autochtone explique que c’est pour cette raison qu’elle a lancé un appel aux membres de l'Assemblée législative afin qu'ils votent une motion de défiance contre le gouvernement conservateur, dont les chefs autochtones désapprouvent la façon de gérer le mouvement séparatiste.

La motion déposée par le chef de l'opposition néo-démocrate Naheed Nenshi, visant à organiser un vote de défiance contre le gouvernement majoritaire de Danielle Smith, a été immédiatement rejetée.
Photo : La Presse canadienne
Un geste symbolique, mais solennel
C’est le chef de l'opposition néo-démocrate de l’Alberta, Naheed Nenshi, qui a déposé la motion visant à organiser un tel vote. Sa motion a été immédiatement rejetée.
Les chefs autochtones savaient qu’ils n'obtiendraient pas la tête du gouvernement du Parti conservateur uni (PCU), celui-ci détenant la majorité parlementaire. Leur geste, bien que symbolique à cet égard, avait cependant une portée précise, comme l’a expliqué Kelsey Jacko, chef de la Première Nation de Cold Lake, dans le nord-est de l’Alberta.
Selon lui, il s'agissait d'une tentative solennelle pour demander des comptes à la première ministre, qu’il accuse de faire la sourde oreille aux appels de collaboration des Autochtones.
Peu importe ce que nous disons, [Danielle Smith] ne semble pas nous entendre. [...]. Elle ne cesse de dire que nous avons une excellente relation, mais comment avoir une excellente relation avec quelqu'un qui n'écoute pas?

Kelsey Jacko, chef de la Première nation de Cold. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Paula Duhatschek
Des comportements jugés irrévérencieux
Les membres de la délégation autochtone présents dans l'hémicycle du parlement provincial ont exprimé leur frustration avant de quitter la salle.
Certains, excédés par ce qu’ils ont considéré comme une complaisance des parlementaires du PCU envers les sécessionnistes, ont crié aux traîtres.
D’autres ont dénoncé ce qu’ils ont qualifié de manque de respect. C’est le cas du grand chef Trevor Mercredi.
Nous l'avons vu maintes et maintes fois : le manque de respect des députés [conservateurs] envers notre peuple dans ces salles, lorsqu'ils bâillent, envoient des textos, se penchent en arrière sur leur chaise et sourient. C'est très peu professionnel.

Le grand chef des Premières Nations du Traité 8 de l'Alberta, Trevor Mercredi, au centre. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada
De l’Assemblée législative au palais de Buckingham
Dans le cadre de leur opposition ouverte au mouvement séparatiste en Alberta, plusieurs Premières Nations contestent déjà devant les tribunaux la législation provinciale autorisant les pétitions citoyennes visant à organiser des référendums, comme celle en cours pour faire inscrire l’option indépendantiste sur les bulletins de vote en octobre prochain, quand les Albertains auront à se prononcer sur neuf questions référendaires.
Pendant que des chefs autochtones se trouvaient à l’Assemblée législative, une délégation de la Confédération des Premières Nations du Traité n° 6 se trouvait en Angleterre pour rencontrer le roi Charles III.
Le grand chef Joey Pete, de la Première Nation de Sunchild, a fait savoir dans un communiqué qu'il prévoyait de discuter du sujet du mouvement indépendantiste avec Sa Majesté et lui rappeler que la relation des Autochtones n'est pas avec les provinces ou le Canada, mais avec la Couronne.
Les traités sont reconnus par le droit international et toute tentative de les passer outre constitue une violation des accords initiaux conclus entre les Premières Nations et la Couronne.

Joey Pete, chef de la Première Nation de Sunchild, appelle la province à respecter l'esprit et la lettre des traités. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Nadeer Hashmi/CBC
Les indépendantistes doivent avoir voix au chapitre
Le leader du gouvernement à la Chambre, Joseph Schow, s’est montré remonté contre Naheed Nenshi pour avoir endossé le rôle de porte-voix des chefs autochtones à l’Assemblée législative.
Qui pensez-vous être pour dire que les Albertains n'ont pas le droit de faire entendre leur voix?, a-t-il tancé le chef de l’opposition officielle, à qui il a demandé s’il croyait en la démocratie directe.
Interpellée à cette occasion sur la manière dont elle rendrait constitutionnelle une pétition indépendantiste, la première ministre Danielle Smith a répondu qu'il ne s'agissait pas de sa pétition.
Nous répondons aux griefs réels de l'Alberta concernant les dix années de mauvais traitements infligés par Ottawa.

Le gouvernement de Danielle Smith promet d'ajouter le sujet sur l'indépendance de l'Alberta sur les bulletins de vote lors des référendums d'octobre prochain, si le mouvement séparatiste parvient à réunir et faire valider le nombre de signatures requis. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Maxime Lamache
Mme Smith, qui faisait référence à son combat pour une Alberta plus souveraine vis-à-vis du gouvernement fédéral, a fait valoir que la souveraineté n'est pas synonyme de séparation.
Par ailleurs, il y a quelques mois, des experts avaient fait remarquer qu'un vote en faveur de la séparation déclencherait des négociations tripartites avec les groupes autochtones, durant lesquelles la propriété de vastes étendues de terres publiques, dont les parcs nationaux Banff et Jasper, par exemple, serait un point de discorde.
Ils ont également fait savoir que des questions subsisteraient aussi quant au statut d’une éventuelle monnaie albertaine, aux accords commerciaux, aux aides fédérales et aux paiements de transfert, ainsi qu'à la mobilité transfrontalière.
En attendant, les sécessionnistes continuent de sillonner la province pour récolter le nombre de signatures requis pour faire valider leur pétition en faveur de la séparation de l’Alberta du Canada.
Avec des informations de La Presse canadienne


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