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Les bulldozers n’avaient pas réussi à abattre ce marché historique, mais les flammes ont terminé le travail.
Un incendie dévastateur au cœur de Paris
Vers 4 heures du matin, les flammes embrasent le marché historique situé au 39, rue de Bretagne, dans le IIIe arrondissement. Près de 150 pompiers et une cinquantaine de véhicules sont mobilisés. Environ 1 000 m² sont détruits, les étals disparaissent et une partie de la structure métallique s’effondre.
Le maire de Paris Centre, Ariel Weil, annonce un marché « totalement sinistré ». Les secours parviennent néanmoins à empêcher la propagation du feu aux immeubles voisins. Aucun décès n’est à déplorer.
Pour les commerçants, c’est une catastrophe. Leurs outils de travail, leurs marchandises et parfois plusieurs décennies d’activité disparaissent en quelques heures. Le parquet de Paris a ouvert une enquête afin de déterminer l’origine du sinistre, encore inconnue.
Mais cette catastrophe prend une dimension particulière lorsqu’on se penche sur l’histoire du bâtiment. Car ce marché avait déjà failli disparaître. Et cette fois, les flammes n’y étaient pour rien.
🇫🇷🚒 Un incendie spectaculaire a détruit, sans faire de victime, le marché historique des Enfants rouges, situé dans le Marais à Paris. 17 commerces sont partis en fumée, provoquant une vive émotion dans ce quartier touristique de la capitale ⤵️ https://t.co/fSk7Mum5YE
— Agence France-Presse (@afpfr) October 12, 2026
1994 : quand la mairie voulait remplacer 400 ans d’histoire par un parking
Retour en 1994. Jacques Dominati, maire UDF du IIIe arrondissement, soutient un projet pour le moins audacieux : démolir le marché des Enfants-Rouges et construire à sa place un parking souterrain de sept niveaux, accompagné notamment d’une crèche.
Sept étages pour stationner des voitures à la place d’un marché fondé en 1615. Voilà une certaine idée du progrès municipal. Après tout, pourquoi conserver quatre siècles de patrimoine lorsque quelques centaines de places de stationnement peuvent faire l’affaire ?
Le projet, documenté dans la presse, provoque une mobilisation des habitants. Le cinéaste Bertrand Tavernier rejoint la contestation. Les riverains se relaient pour défendre le bâtiment et empêcher sa disparition.
Aux élections municipales de 1995, Pierre Aidenbaum, qui s’était engagé à sauver le marché, remporte la mairie d’arrondissement. Le projet de démolition est abandonné. Après rénovation, les Enfants-Rouges rouvrent en 2000.
Trente-deux ans plus tard, le marché que les habitants avaient sauvé des bulldozers vient donc de disparaître sous les flammes. Une terrible ironie de l’histoire.
Un monument historique protégé depuis 1982, mais désormais en ruines
Le marché des Enfants-Rouges n’était pourtant pas un bâtiment quelconque. Il est inscrit au titre des monuments historiques depuis le 8 mars 1982 et appartient à la Ville de Paris.
Cette protection rend d’autant plus urgente la question de sa reconstruction. Que restera-t-il de la structure historique ? Quels éléments pourront être restaurés ? Et surtout, la municipalité s’engagera-t-elle à conserver intégralement la vocation commerciale du site ?
La défense du patrimoine ne peut pas se résumer à quelques discours émus devant les caméras. Comme nous l’avions déjà évoqué à propos des controverses entourant la restauration de Notre-Dame de Paris, reconstruire un monument ne signifie pas nécessairement préserver tous ses éléments historiques.
Après l’incendie, les vieux soupçons immobiliers refont surface
L’histoire du projet de 1994 nourrit aujourd’hui les interrogations sur l’avenir de cette parcelle convoitée autrefois pour une opération d’aménagement. Sur les réseaux sociaux circulent déjà des soupçons de spéculation immobilière.
La vigilance est légitime. À Paris, où les décisions d’aménagement urbain suscitent régulièrement des critiques, les habitants sont en droit d’exiger des garanties précises avant tout nouveau chantier.
Les commerçants retrouveront-ils leurs emplacements ? Le marché conservera-t-il sa superficie, son architecture et son caractère populaire ? Les projets seront-ils présentés publiquement avant toute décision ? Et qui surveillera les conditions de sécurité d’un futur bâtiment ?
Autant de réponses que la Ville devra apporter, au-delà des traditionnelles déclarations de circonstance.
Le marché a brûlé, son avenir ne doit pas partir en fumée
Les causes de l’incendie restent à établir. Les soupçons ne remplacent ni une enquête ni des preuves. Mais l’ancien projet de démolition est, lui, parfaitement documenté.
En 1994, les habitants avaient empêché la disparition des Enfants-Rouges. En 2026, ils doivent pouvoir obtenir la garantie que cette catastrophe ne changera pas définitivement la destination du lieu.
Car après avoir échappé aux bulldozers, ce marché mérite mieux que de finir en souvenir sur une plaque commémorative, entre deux opérations immobilières. On lui souhaite longue vie, ainsi qu’un prompt rétablissement à Emmanuel Grégoire, maire de Paris élu en mars 2026, qui est arrivé sur les lieux blessé à la main gauche.


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