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À Cambridge, 90 minutes pour apprendre à penser correctement : l’université recule devant la polémique

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Microagressions, micro-inégalités : à Cambridge, même votre visage risque de ne pas être suffisamment inclusif.

Cambridge : bienvenue à l’école de la bonne pensée

Fondé en 1348, le Gonville and Caius College compte parmi les établissements historiques de la prestigieuse université britannique. Un endroit où l’on pourrait raisonnablement espérer apprendre à remettre les idées en question. Mais en cette rentrée d’octobre 2026, les étudiants ont découvert un programme supplémentaire : une formation de 90 minutes consacrée à l’inclusion.

L’organisme chargé de ces séances, Stop Hate UK, propose des enseignements sur les discriminations, les préjugés, les comportements inclusifs et les fameux biais inconscients.

Dans un courriel adressé aux étudiants, l’administration précisait initialement que leur présence était obligatoire, afin d’obtenir une réponse « collective et unifiée » de la communauté universitaire.

Une formule merveilleuse. On entre à Cambridge avec des opinions différentes, on en ressort idéalement avec une réponse collective. L’université, cette formidable fabrique d’esprits indépendants, à condition qu’ils soient tous indépendants dans la même direction.

Un paradoxe qui rappelle la tentative de censure visant Jonathan Haidt à l’université de New York. Là aussi, certains défenseurs de la diversité semblaient nettement moins enthousiastes devant la diversité des opinions.



Attention, votre expression du visage pourrait vous trahir

L’affaire devient franchement savoureuse lorsqu’on examine les documents pédagogiques publiés par Stop Hate UK.

L’association utilise notamment les concepts de « microagressions » et de « micro-inégalités ». Ces dernières pourraient se manifester par des expressions du visage, des gestes, le ton de la voix ou le choix des mots.

Autrement dit, une grimace, un soupir ou une intonation pourraient désormais faire l’objet d’une interprétation idéologique. À ce rythme, froncer les sourcils devant une absurdité deviendra bientôt une discipline universitaire à haut risque.

Attention cependant : rien ne prouve que tous ces éléments figuraient effectivement dans la séance prévue à Cambridge. Ils appartiennent aux ressources publiques de l’organisme.

Le problème dénoncé par Frederick Attenborough, membre du Committee for Academic Freedom, dépasse néanmoins la question des grimaces.

Selon lui, certains supports de Stop Hate UK présentent de manière inexacte plusieurs dispositions du droit britannique concernant les discriminations et les caractéristiques légalement protégées.

Confondre une opinion contestable avec une infraction, ou présenter une notion militante comme une obligation légale, n’a pourtant rien d’anodin. Surtout lorsqu’on prétend enseigner aux étudiants ce qu’ils peuvent dire ou non.

La liberté d’expression, cette vieille habitude encombrante

Les universités britanniques ont des obligations légales en matière de liberté d’expression. Le régulateur de l’enseignement supérieur précise notamment qu’une formation ne doit pas contraindre un participant à approuver activement une opinion ou un jugement de valeur.

Une précaution élémentaire. Lutter contre le harcèlement et les discriminations réelles est une chose. Transformer des convictions idéologiques discutables en vérités indiscutables en est une autre.

En France, l’affaire Pierre Gentillet à la Sorbonne avait déjà montré comment des désaccords politiques pouvaient déboucher sur des demandes d’exclusion universitaire.

Le principe devrait pourtant être simple : une université accueille des convictions contradictoires, elle n’organise pas leur disparition.



Cambridge fait finalement marche arrière

Heureusement, l’histoire possède un dernier épisode.

Le 7 octobre 2026, après une intervention de la Free Speech Union, le directeur de Gonville and Caius College, Richard Gilbertson, a clarifié la situation : contrairement au premier courriel, la formation n’était pas obligatoire.

Selon la correspondance publiée par l’organisation, aucun étudiant ne doit justifier son absence ni adhérer à des convictions imposées pour intégrer l’établissement.

La direction parle d’un problème de communication. Une explication commode pour une consigne qui utilisait pourtant explicitement le mot « obligatoire ».

Les étudiants pourront donc finalement choisir de participer ou non à ces séances.

Reste une question particulièrement embarrassante pour Cambridge : comment une institution chargée de former des esprits critiques a-t-elle pu envisager de rendre obligatoire une formation aussi controversée sans s’interroger davantage sur son contenu ?

Pendant quelques jours, l’une des universités les plus prestigieuses du monde aura donné une bien étrange leçon : pour apprendre à penser librement, commencez par vous présenter au cours obligatoire.

Heureusement, le bon sens n’aura pas eu besoin de 90 minutes pour reprendre ses droits.

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