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Aux Argoulets, à Toulouse, un projet de démolition partielle de la cité-jardin Georges-Hyon inquiète les habitants, installés ici depuis parfois plus de 50 ans.
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Par Mariane RIAUTE Publié le 10 août 2026 à 6h04
Aux Argoulets, au nord de Toulouse, l’avenir de la cité-jardin Georges-Hyon suscite de vives inquiétudes. Toulouse Métropole Habitat envisage de démolir une partie des 32 maisons individuelles qui composent cet ensemble historique afin de construire un immeuble de logements plus dense et répondant aux normes actuelles. Si le projet est encore en cours d’étude, l’annonce a provoqué un véritable choc chez de nombreux habitants, majoritairement âgés de 70 à 90 ans et installés ici depuis parfois plus d’un demi-siècle. Ils redoutent de devoir quitter ce quartier auquel ils sont profondément attachés.
17 maisons ouvrières en sursis
La cité-jardin Georges-Hyon – originellement appelée cité-jardin Juncasse – comprend 32 maisons ouvrières : des logements individuels, doubles ou quadruples. Elles ont été construites en 1930 par l’architecte Jean Montariol qui a fait construire dix cités-jardins dans la Ville rose.
Ses habitants, majoritairement âgés de 70 à 90 ans, ont appris, en février 2026, l’existence d’un projet immobilier soutenu par Toulouse métropole habitat (TMH), bailleur social de la cité-jardin, de manière fortuite lors d’une réunion avec la maire de quartier. Jean-Pierre Viguier, qui vit dans l’avenue de Juncasse, raconte à Actu Toulouse, venu à sa rencontre : « J’ai entendu dire »pas besoin d’entretenir ces maisons, car on va les démolir ». Quand vous êtes là depuis plus de 50 ans, ça vous fait mal au ventre d’entendre ça. »
En effet, le projet de TMH prévoit « que 17 de ces logements soient démolis afin de revaloriser son patrimoine », explique Jean-Baptiste de Scorraille, élu à l’urbanisme à la mairie de Toulouse.
Démolition, oui ou non ?
TMH a redirigé la rédaction vers un entretien donné à La Dépêche du Midi et publié le 6 juillet 2026. Dans celui-ci, Laurence Katzenmayer, à la présidence du conseil d’administration de TMH depuis fin mai, avance qu’une étude de l’Auat (Agence d’urbanisme de l’aire toulousaine) va être lancée et affirme au passage : « Au départ, TMH proposait de démolir certains de ces logements et d’en conserver et réhabiliter d’autres. Sur l’ensemble des logements, nous allons nous laisser le temps de voir avec l’Auat ce qu’il est décidé de faire ou non. »
Les habitants affirment quant à eux rester dans le flou au quotidien. Ils ont donc lancé une pétition pour sauver leur cité qui recueille plus de 2000 signatures (552 en ligne et le reste est manuscrit).
Un choc pour les habitants
Pour les riverains qui habitent dans ces maisons ouvrières, la nouvelle est un véritable choc, comme le fait remarquer Eloïse Esquerre, qui réside dans le quartier depuis qu’elle a 6 mois : « Nos maisons sont patinées comme nos corps et nos visages. J’y suis née et j’ai vécu toute mon enfance ici. Ma famille était là également et alors que les repères partent peu à peu, c’est aujourd’hui encore un deuil qui s’ajoute aux autres. » La cité-jardin est « un quartier de cœur », renchéri Daniel Antoniazzi qui y vit depuis une soixantaine d’années.
Jean-Pierre Viguier, ne peut pas s’empêcher de penser à d’autres voisins, comme il raconte : « Il y a un monsieur de 90 ans qui a déjà été muté il y a quelques années. Et là ils veulent le muter de nouveau ? Ils vont le tuer – ils vont nous tuer – c’est intolérable. Si j’avais 20 ans ça ne me gênerait pas, mais après 50 ans de vie dans ce quartier… »
Il poursuit en soulignant l’élan de solidarité qu’il partage avec ses voisins : « C’est dommage, ici c’est comme un village. Tu as besoin de tondre ta pelouse, tu demandes à Daniel ; quand tu as trop de courgettes, tu partages avec les voisins… »

Une remise aux normes
Le projet immobilier dont il est question prévoit sur ce terrain la construction d’un immeuble « dans des normes plus qualitatives que les maisons existantes, avec des logements prêts à affronter le réchauffement climatique », avance l’élu à l’urbanisme avant de préciser : « Je comprends la difficulté des habitants et leur désarroi car ils vivent ici depuis très longtemps maintenant, mais ces logements ne sont plus en phase avec les normes actuelles. »
Un argument qui ne contente pas l’association Toulouse 7 notre quartier qui accompagne les riverains, comme avance Robert Sarcos : « Faire installer une isolation extérieure est possible et ça coûtera sûrement moins cher que de faire démolir une maison. »
Dans son entretien donné à La Dépêche du Midi, Laurence Katzenmayer, met cependant le doigt sur ce point : « Il faut quand même savoir que, pour un bailleur, rénover ce type de maison, c’est trop coûteux, parce qu’elles n’ont pas été construites pour être réhabilitées avec les normes d’aujourd’hui. »
Mais pour Jean-Pierre Viguier, les conditions de vie au sein de son habitation – où Actu Toulouse a rencontré le groupe d’habitants – démontrent le contraire : « Aujourd’hui, la fenêtre et la porte sont ouvertes, il fait 35 °C dehors. Et vous voyez, à l’intérieur ça va. Ce n’est pas le cas pour beaucoup de locataires qui vivent dans de nouveaux immeubles. »
Densification et manque de logements
Pour Jean-Baptiste de Scorraille, l’objectif est clair : « Il faut que les gens prennent conscience qu’à Toulouse, il y a 40 000 demandeurs de logements ou logements sociaux. Il faut être capable de répondre favorablement à ces demandes, en construisant en hauteur. » Il poursuit : « C’est dans ce cadre que PMH souhaite revaloriser son foncier pour garantir de loger plus de monde. La densification est indispensable, on préfère le dire clairement. »
Un argument qui ne convainc pas les riverains de la cité-jardin qui voient déjà certaines maisons autour d’eux être laissées à l’abandon. « Quand quelqu’un décède dans le voisinage, sa maison est réhabilitée puis fermée et murée. Ils disent qu’il y a un manque de logements sociaux, sauf que la maison voisine est fermée depuis au moins six ans ; alors même qu’un couple de jeunes voulait s’y installer », s’interroge Jean-Pierre Viguier.
Des riverains qui observent déjà une certaine densification de leur quartier depuis plusieurs années, comme l’explique Robert Sarcos : « Ils prévoient de détruire moins d’une vingtaine de logements et ils veulent en reconstruire 60. Donc, tout ça ce n’est que pour 40 logements de plus ; alors que ces dernières années, des centaines de logements sont créées tout autour. »
Patrimoine et biodiversité
Au-delà de leur logement, les riverains disent vouloir préserver un patrimoine et un cadre de vie unique. Chaque maison dispose d’un jardin, où certains cultivent leurs légumes, comme c’est le cas de Jean-Pierre Viguier : « Derrière la maison je fais pousser des poivrons, des aubergines et des tomates. On a de petites retraites et ça, c’est notre pouvoir d’achat. »
L’association Toulouse 7 notre quartier met également en avant la présence « d’arbres remarquables vieux de 30 ans, d’un tilleul centenaire… » et l’intérêt historique de la cité-jardin Georges-Hyon.
De son côté, Jean-Baptiste de Scorraille assure qu’une « partie de ces maisons sera conservée car elles ont un intérêt patrimonial ». L’élu défend également son projet de densification : « Ma politique c’est qu’en montant plus haut, on va dégager de l’espace de pleine terre pour rendre les quartiers plus verts et aérés. »
Relogement ou expulsion ?
« Aujourd’hui, c’est leur vie qui est en jeu. Quand on a 70 à 90 ans et qu’on vous dit que vous allez devoir déménager, c’est une expulsion, pas un relogement », estime Robert Sarcos.
La mairie assure qu’aucun habitant ne sera contraint de quitter son logement sans solution de relogement. « On ne chassera pas les habitants de chez eux, ils restent dans leur maison jusqu’à ce que commence le projet. On ne les fera sortir que si on a de quoi les reloger. Certes, ce ne sera plus des maisons individuelles, mais ils auront de meilleures conditions au niveau de la qualité de l’urbanisme. Hors de question qu’ils soient laissés à l’abandon. »
Ces garantis ne suffisent pas à convaincre les riverains, qui redoutent une hausse de leur loyer dans leur futur logement, mais surtout, de devoir partir. Pour appuyer leurs craintes, ils évoquent le cas de deux retraités qui avaient quitté leur maison dans le quartier. « Ils ont vécu un an dans un autre logement et ils sont morts de chagrin », raconte Jean-Pierre Viguier. Pour lui, comme pour ses voisins, l’idée même de quitter la cité-jardin est « inenvisageable ». « On fait un trou et on reste là, on n’a rien à perdre vu notre âge », lâche-t-il. Eloise Esquerre confie, elle aussi, son attachement au lieu : « On voulait garder notre petit coin tranquille jusqu’à la fin de nos jours. »
Des échanges à venir
« Nous avons mis en place un dossier pour réfléchir sur le devenir du quartier : on veut recevoir chaque habitant pour avoir les éléments et demandes de chacun. Puis il y aura une réunion collective lors de laquelle on expliquera le résultat de cette étude », présente l’édile.
Quant aux riverains rencontrés, ils refusent que les discussions se fassent sans la présence de l’association Toulouse 7 notre quartier.
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